Erdogan gagne « son » référendum avec un score étriqué
L’opposition dénonce des fraudes massives, contestent les résultats et demandent un recomptage des voix
En Turquie, le « oui » au référendum voulu par le président Recep Tayyip Erdogan a recueilli 51,4% des suffrages, dimanche 16 avril.

Ce référendum vise à remplacer le régime parlementaire par un régime présidentiel, avec notamment la suppression du poste de Premier ministre. L’écart entre le « oui » et le « non » est toutefois « minime« , a déclaré dimanche sur franceinfo Nedim Gürsel, écrivain turc et directeur de recherches au CNRS.
Deux Turquie se font face
Recep Tayyip Erdogan visait une large victoire, un plébiscite, mais selon Nedim Gürsel, la « Turquie est divisée en deux » : « Il n’y a pas vraiment de quoi crier victoire. Quand vous regardez la carte, les cinq grandes villes et les villes côtières ont voté contre ce référendum. »
Nedim Gürsel estime, au vu des résultats, qu’il y a « deux Turquie » : « Il y a une Turquie moderne qui tient à la laïcité et à la démocratie et une Turquie conservatrice qui veut un président fort et anti-européen. »
En ce qui concerne les nouveaux pouvoirs attribués au président turc avec ce référendum, Nedim Gürsel, affirme que le « danger le plus grave » pèse sur « l’état de droit et l’indépendance de la justice ». « Désormais, le président va pouvoir nommer les magistrats, le poste de Premier ministre sera supprimé. Et ce qui m’inquiète le plus, c’est que le président sera en même temps le leader du parti majoritaire », explique le directeur de recherches au CNRS.
Le CHP, principal parti d’opposition en Turquie, va demander l’annulation du référendum. La requête du CHP sera déposée ce mardi après-midi devant le Haut-Conseil électoral (YSK).
Dès le jour du scrutin, le parti social-démocrate CHP et le deuxième parti d’opposition, le HDP pro-kurde, avaient dénoncé des manipulations et annoncé leur intention de contester le résultat.
La Commission européenne a réclamé aujourd’hui une enquête sur ces soupçons de manipulations. «Nous appelons les autorités à lancer une enquête transparente sur les irrégularités présumées qui ont été constatées par les observateurs», a déclaré le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas. La Commission a également mis en garde Erdogan sur sa proposition de référendum sur la peine de mort, qui est «non seulement une ligne rouge, mais la plus rouge des lignes. «Cela serait un signal clair que la Turquie ne veut pas devenir un membre de la famille européenne.»
La Turquie a aussitôt rejeté cet appel : « Une telle déclaration spéculative de la part d’un porte-parole ne peut être acceptée », a déclaré le ministre turc des Affaires européennes, Ömer Çelik, pour qui l’UE se doit de respecter « les processus démocratiques ». « La volonté de la nation s’est (exprimée) librement dans les urnes, cette affaire est terminée », a affirmé mardi le Premier ministre turc, Binali Yıldırım.
(avec AFP)