Jean Pierre Bemba

En RDC, l’ex-chef de guerre Jean-Pierre Bemba devient ministre de la défense

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Condamné en 2016 pour « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité » par la Cour pénale internationale, Jean-Pierre Bemba a été acquitté en 2018 en appel. Sa nomination au gouvernement de RDC est une surprise.

Jean-Pierre Bemba salue ses partisans à son arrivée à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, le 23 juin 2019. KENNY KATOMBE / REUTERS

A huit mois de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo (RDC), le chef de l’Etat, Félix Tshisekedi, candidat à sa succession, se met en ordre de bataille. Le remaniement ministériel annoncé dans la nuit du 23 au 24 mars se lit au travers de ce prisme électoral. Certes, Jean-Michel Sama Lukonde reste premier ministre. Mais la nouvelle équipe s’enrichit du retour sur le devant de la scène de plusieurs poids lourds de la politique congolaise aux carrières tumultueuses, dont certains ont été poursuivis par des juridictions nationales ou internationales.

Ainsi en est-il du nouveau vice-premier ministre et ministre de la défense, Jean-Pierre Bemba, célèbre en RDC mais dont la nomination a constitué une surprise tant il semblait marginalisé politiquement récemment. « Est-ce qu’on peut dire que la page d’un homme politique est définitivement tournée ? J’en sais quelque chose… », déclarait-il allusivement dans un entretien accordé, en 2022, à la chaîne française France 24. Quatre ans auparavant, il tournait encore en rond dans une cellule de la Cour pénale internationale (CPI) de la Haye, où il aura passé dix ans (2008-2018) de sa vie. Jusqu’à ce que les juges internationaux l’acquittent en appel.

Ce fils de Jeannot Bemba Saolona, un puissant homme d’affaires congolais qui fut le patron des patrons de RDC, avait été condamné en première instance par la CPI à dix-huit ans d’emprisonnement pour des « crimes de guerre » et des « crimes contre l’humanité » commis par ses troupes en République centrafricaine en 2002. A l’époque, Jean-Pierre Bemba était à la tête d’une organisation politico-militaire, le Mouvement de libération du Congo (MLC), soutenue et armée par l’Ouganda. Il combattait alors le président congolais Laurent-Désiré Kabila (1997-2001), contrôlait un fief s’étendant entre le nord et l’est du pays.

« J’ai appris à être plus patient »

Lorsque Joseph Kabila prend la succession de son père, en 2001, Jean-Pierre Bemba troque sa casquette de chef de guerre pour un costume de vice-président de la République à la faveur de négociations de partage du pouvoir. Mais Kabila et Bemba se détestent. Lire la suite »