Allemagne : accord entre Merkel et le SPD pour former un gouvernement de coalition
L’accord prévoit un renforcement de la zone euro avec la France, un nombre de réfugiés limité. Jean-Claude Juncker et Emmanuel Macron se disent satisfaits.
Angela Merkel et les sociaux-démocrates ont enfin réussi à s’entendre pour former un gouvernement en Allemagne.
Près de 24 heures après le début de négociations non-stop, les différentes parties ont trouvé un terrain d’entente ce vendredi matin, selon une source proche des négociateurs. Cette source a répondu par l’affirmative à la question de savoir si un compromis avait été obtenu. Un accord approuvé dans son ensemble par la direction du parti social-démocrate allemand. L’instance, comme celle de la CDU/CSU devant donner son aval pour que l’accord soit validé.
Sur la base du compromis obtenu à l’arraché entre les négociateurs des deux camps après plus de 24 heures de tractations, la direction, après s’être réunie à Berlin, « va mandater une commission » chargée de mener les discussions poussées avec les conservateurs sur un contrat de coalition, indique le SPD dans un communiqué. La décision doit toutefois encore être validée par la base du parti. Ce compromis est susceptible de permettre à la première économie européenne de sortir de son impasse politique trois mois et demi après les élections législatives. Et à Angela Merkel d’assurer sa survie politique, avec un possible quatrième mandat après douze ans de pouvoir.
Le président de la Commission européenne a salué dans la foulée le compromis de coalition conclu entre les conservateurs et les sociaux-démocrates. « Je suis complètement satisfait », a ainsi déclaré Jean-Claude Juncker lors d’une conférence de presse à Sofia. C’est « une contribution positive, constructive, orientée vers le futur », a-t-il ajouté. Le président de la Commission européenne répondait à la presse à l’occasion du lancement officiel de la présidence bulgare du Conseil de l’Union européenne. « L’Allemagne est l’un des moteurs de l’UE et la stabilité allemande a un impact sur l’ensemble de l’UE », a ajouté le Premier ministre bulgare Boïko Borissov, espérant que le processus de négociations pour la formation d’un gouvernement allemand « sera bientôt terminé ». « Tous les sujets, tous les problèmes auxquels il faut apporter des solutions dépendent de la collaboration et du soutien de la chancelière Merkel », a-t-il souligné.
Emmanuel Macron « heureux »
Le président français Emmanuel Macron, qui affiche pour ambition de relancer l’Europe, s’est lui aussi dit vendredi « heureux et satisfait » de l’accord de coalition trouvé en Allemagne. « Je suis heureux et satisfait que Mme Merkel puisse avancer vers un gouvernement de coalition qui sera utile et qui est attendu par l’Europe et la France », a déclaré le président de la République lors d’une conférence de presse conjointe à Paris avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz. « Les termes de cet accord provisoire sont plus favorables au projet européen » que les précédents projets d’accord, a développé le chef de l’État, alors que le système institutionnel européen est suspendu depuis des mois au succès ou à l’échec de la chancelière sortante Angela Merkel à se maintenir au pouvoir après des élections qui l’ont placée en minorité au parlement.
Dans le projet d’accord entre conservateurs et sociaux-démocrates (SPD), « je retrouve nombre des convictions défendues et par la chancelière [Angela Merkel] et par Martin Schulz », le dirigeant du SPD, a déclaré le président français. « J’y vois la marque d’une plus grande avancée sur les sujets européens que je porte et que j’ai défendus », a-t-il ajouté, tandis que le chancelier autrichien a adressé à Angela Merkel « tous [ses] vœux de succès pour sa coalition ».
Après un premier échec en novembre pour s’entendre sur une coalition majoritaire avec les écologistes et les libéraux, la chancelière n’avait plus le droit à l’erreur si elle voulait rester à la tête du pays. Mais rien n’est encore définitif. Côté social-démocrate, la décision d’entrer dans un nouveau gouvernement de coalition avec les conservateurs devra aussi recevoir le feu vert des délégués du parti lors d’un congrès extraordinaire le 21 janvier à l’issue très incertaine. Ensuite des négociations détaillées sur un programme de coalition débuteront.
Un renforcement de la zone euro avec la France
Dans le texte de leur accord gouvernemental obtenu par l’Agence France-Presse, les conservateurs d’Angela Merkel et les sociaux-démocrates allemands entendent « renforcer » et « réformer » la zone euro avec la France. « Nous voulons, en étroite collaboration avec la France, renforcer durablement et réformer la zone euro » afin qu’elle puisse « mieux résister aux crises ».
Le document n’entre toutefois pas dans le détail des propositions faites par le chef de l’État français Emmanuel Macron, en vue notamment de la création d’un budget de la zone euro, d’un ministre des Finances pour les pays de l’Union monétaire, voire d’un parlement propre à la zone euro. Il se borne à indiquer que le futur gouvernement « examinera » les différentes propositions sur le sujet, émanant d’Emmanuel Macron et du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Le document se prononce néanmoins d’ores et déjà pour la création d’un Fonds monétaire européen, issu du Fonds de secours déjà existant pour les pays confrontés à des crises de la dette (MES).
Le nombre de réfugiés limité à 200 000 par an
Les différentes parties sont également tombées d’accord sur l’immigration et sur le fait de limiter le nombre de demandeurs d’asile arrivant annuellement à environ 200 000. « Les chiffres de l’immigration (y compris les réfugiés de guerre, ceux concernés par le rapprochement familial, la réinstallation et en faisant la soustraction avec ceux quittant le pays) ne dépasseront pas 180 000 à 220 000 annuellement », dit le document. Cette limite correspond aux souhaits des démocrates-chrétiens d’Angela Merkel, même si le document de travail autorise une flexibilité vers le haut.
Dans le même temps, les négociateurs se sont mis d’accord sur une forte limitation du regroupement familial avec un maximum de 1 000 personnes pouvant prétendre à ce dispositif chaque mois. Il s’agit là aussi d’une mesure plus proche des positions des conservateurs que des sociaux-démocrates.
(AFP)