manifestations Pologne
500 000 manifestants contre le gouvernement polonais, et plus
Manifestation monstre à Varsovie : pourquoi l’opposition polonaise fait bloc autour de Donald Tusk
Une grande marche prévue depuis des mois à l’appel de Donald Tusk, le leader de Plateforme civique, le plus grand parti d’opposition libérale, s’est tenue à Varsovie le dimanche 3 juin, soit la date anniversaire des premières élections polonaises partiellement démocratiques de 1989. Et le cortège, fort de 500 000 manifestants, s’est mué en un référendum contre le parti populiste et nationaliste Droit et justice (PiS) au pouvoir, son chef Jaroslaw Kaczynski et ses alliés. « La démocratie en danger ! », « Non à une Pologne autoritaire ! » clamaient, dans une marée de drapeaux blanc et rouge, les pancartes et les banderoles brandies par un demi-million de manifestants, venus de l’ensemble du pays. L’ancien président Lech Walesa, bête noire du régime actuel, défilait aux côtés de Donald Tusk et du maire de Varsovie Rafał Trzaskowski, ex-candidat malheureux à la présidentielle. Les dirigeants de la majorité des partis d’opposition avaient encouragé leurs partisans à rejoindre la grande marche de protestation. L’opposition était pourtant jusque-là divisée, et seuls 100 000 participants étaient attendus.
À l’origine de cette unification imprévue ? Le PiS, qui a cru bon, à quatre mois de législatives cruciales, d’adopter une loi fort décriée, instituant une commission d’enquête sur l’influence russe, qui prévoit de bannir pendant 10 ans de toute fonction officielle ou mandat les personnes jugées coupables d’en être complices.
Une mesure dont l’objectif est transparent : le leader du PiS Jaroslaw Kaczynski ne cesse d’accuser Donald Tusk d’intelligence avec l’ennemi allemand ou russe, le tenant, entre autres forfaitures, responsable de l’accident de l’avion présidentiel polonais, en avril 2010, où périt son frère jumeau Lech. L’opposition a aussitôt jugé que la loi, baptisée « Lex Tusk », visait à exclure du scrutin le leader de l’opposition. Or, Donald Tusk, après avoir été Premier ministre polonais de 2007 à 2014, a tout de même présidé le Conseil européen de 2014 à 2019. Et il n’est évidemment pas d’usage, dans l’Union européenne, d’empêcher un adversaire politique de se présenter à un scrutin en le criminalisant, comme cela s’est récemment passé en Turquie avec le maire d’Istanbul, ou depuis des années en Russie contre toute opposition.
Les réactions internationales ne se sont du reste pas fait attendre. Le commissaire européen à la Justice Didier Reynders et le porte-parole du département d’État américain Matthew Miller se sont dits « préoccupés » par l’adoption de cette loi, qui pourrait « interférer avec des élections libres et équitables » à l’automne et « servir à bloquer les candidatures de personnalités politiques de l’opposition sans procédure régulière ». Le président de la république Andrzej Duda, qui avait motivé sa décision de signer la loi par l’existence d’une commission similaire en France (N.D.L.R. : alors que la commission parlementaire française, crée à la demande de l’opposition, reflète la répartition des forces politiques au sein du parlement, et n’a aucun pouvoir exécutif), fait mine aujourd’hui de vouloir l’amender. Le premier ministre Mateusz Morawiecki, lui, persiste et signe et suggère d’adopter une telle loi au niveau européen.
(source: Mariannet.net)