Bruyantes manifestations des japonais contre la re-militarisation de leur pays

L’occupation du Japon correspond à la période de l’histoire du Japon de septembre 1945 à septembre 1952.
Le commandant en chef des forces alliés dans le Pacifique, le général Douglas MacArthur, devient gouverneur militaire du Japon après la signature des actes de capitulation du Japon le 2 septembre 1945, mettant un terme à la Seconde Guerre mondiale. Il doit assurer la direction d’un pays exsangue, qui doit rapatrier, au lendemain de la guerre, 6 millions de compatriotes sur l’archipel nippon. De plus, il doit céder les trois quarts des terres que l’Empire du Japon s’était constituées dans le cadre de sa politique expansionniste en Asie (entre 1929 et 1945).
La structure administrative impériale est préservée, quoique les forces d’occupation américaines soient les seules maîtresses à bord jusqu’à la tenue d’élections libres. Mais, la situation du pays est catastrophique, avec des villes en ruine et de faibles récoltes laissant présager une famine imminente. De fait, les autorités d’occupation ont bien du mal à faire face aux problèmes qui lui sont liés : ceux de la misère sociale, du chômage, de la prostitution et du marché noir.
De leur côté, les États-Unis font l’expérience du nation building afin de mettre fin dans la mentalité des vaincus à un militarisme dont la nature radicale avait stupéfié tous les belligérants.
La comparaison avec l’époque des Empires amène les médias à surnommer MacArthur « vice-roi du Pacifique ». Le général américain se comporte dans ce pays en proconsul et son rôle s’avère aussi déterminant que celui d’un Chef d’état.
La période s’achève avec la signature, le 8 septembre 1951, du traité de paix de San Francisco. Le Japon retrouve sa souveraineté et le droit d’assurer sa défense, mais les troupes américaines – à l’exclusion de celles des autres nations alliées, sauf accord du gouvernement des États-Unis – demeurent dans l’archipel japonais. Le contexte de Guerre froide explique largement la politique américaine de présence en Asie. Notons que le traité de San Francisco ne sera pas signé par l’Union soviétique, bien que celle-ci rétablit ses relations diplomatiques avec Tokyo dès 1956. La même année, en décembre, le Japon sera admis à l’ONU.
D’autre part, et alors que se développe la guerre de Corée (1950-51), les Japonais peuvent, dès lors, reconstituer leurs forces militaires, avec le soutien des États-Unis cette fois, qui intègrent leur ancien adversaire dans leur système de défense asiatique (pacte militaire nippo-américain signé en 1951). À l’instar de la République fédérale d’Allemagne, le Japon, dans les conditions particulières créées par la Guerre froide, devient un précieux allié de la politique américaine et bénéficie, en retour, d’une aide financière et matérielle qui lui permet de réaliser son « miracle économique » dès le début des années 1950.
Depuis lors, le Japon a recommencé à figurer parmi les plus grandes puissances économiques mondiales. Mais face à la montée en puissance de la Chine depuis quelques décennies, le Premier ministre Shinzo Abe veut changer cette doctrine défensive en faisant passer en force au Parlement une nouvelle loi modifiant la Constitution..
Mais l’Église du Japon s’oppose à la nouvelle loi sécuritaire
(RV) Un acte « absolument inacceptable » : c’est ainsi que la Commission épiscopale Justice et Paix de l’Église japonaise a défini la décision du Parlement national d’approuver une nouvelle loi sur la sécurité. Selon l’agence Fides, ce projet a été adopté vendredi et il est promu par le gouvernement de Shinzo Abe. Il permet au pays d’engager ses propres forces armées dans des missions militaires à l’étranger, marquant ainsi un changement d’époque pour la Constitution japonaise, qui jusqu’à présent interdisait expressément l’utilisation des forces armées à l’extérieur des frontières nationales.
Les évêques japonais n’acceptent donc pas « qu’un exécutif décide de mettre en acte une réinterprétation qui va contre un principe fondamental de la Constitution », en particulier l’article 9 qui impose au Japon de ne pas maintenir une armée d’agression, mais seulement des « forces d’autodéfense ». La Commission Justice et Paix défend le principe du « renoncement à la guerre », un choix fondamental opéré il y a 70 ans. Grâce à ce choix, rappellent les évêques, « le Japon n’a pas causé de morts en guerre, ni parmi les Japonais ni parmi les étrangers, au cours de ces années, alors que la communauté internationale a subi d’incessants conflits armés. »
Avec cette nouvelle loi, par contre, le pays pourrait participer à des missions de l’Onu qui préviennent l’intervention armée, fournir des supports logistiques et militaires aux États-Unis et à d’autres nations alliées, comme pour participer aux opérations antiterroristes internationales, ou intervenir directement en cas de crise militaire de la Corée du Nord. Au cours des mois écoulés, des manifestations ont eu lieu pour protester contre cette nouvelle loi et défendre l’article 9 de la Constitution.