Birmanie: le coup d’Etat de trop?

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« Chassons le dictateur ! » : en Birmanie, un appel à « l’arrêt complet » de l’économie.

Permettre aux activités économiques de se poursuivre ne ferait qu’aider l’armée, estiment les principaux syndicats birmans, qui ont appelé à intensifier la grève lundi.

Au lendemain d’une nouvelle journée de répression des manifestations contre le coup d’Etat militaire du 1er février et de raids des forces de sécurité, les principaux syndicats birmans ont appelé à intensifier la grève, lundi 8 mars, pour étouffer la fragile économie du pays et faire pression sur la junte. Les banques, des commerces et des usines sont fermés. Des fonctionnaires, des agriculteurs et des salariés du privé participent à des rassemblements prodémocratie, notamment à Rangoun, la capitale économique. « Chassons le dictateur ! », le chef de la junte, Min Aung Hlaing, lancent certains, d’autres font le salut à trois doigts en signe de résistance.

Neuf des plus importants syndicats ont appelé à « l’arrêt complet et prolongé de l’économie » à partir de lundi. « Le moment est venu d’agir. » Permettre aux activités économiques de se poursuivre ne ferait qu’aider l’armée, qui « réprime l’énergie du peuple birman », ont-ils écrit dans un communiqué commun. Résultat : des usines de textile, un secteur en plein essor avant le coup d’Etat du 1er février, des centres commerciaux, les banques et les postes gardent porte close.

La junte a pour sa part mis en garde les fonctionnaires : ceux qui n’auront pas repris le travail à partir de lundi seront licenciés. Les appels à la grève, lancés dès les premières heures qui ont suivi le coup d’Etat du 1er février, ont déjà eu un impact important sur de nombreux secteurs, avec des banques incapables de fonctionner, des hôpitaux fermés et des bureaux ministériels vides.

Birmanie : pourquoi l’armée s’est-elle toujours sentie autant menacée par Aung San Suu Kyi ?

Le 1er février 2021, les promesses de transition démocratique pour la Birmanie volent en éclats. Les militaires réalisent le quatrième coup d’Etat de l’histoire du pays depuis son indépendance en 1948. Le chef des forces armées conteste les résultats des élections législatives de 2020, remportées, comme les précédentes, par la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dirigée par Aung San Suu Kyi. Un nouveau camouflet pour la junte militaire, qui décide d’imposer l’état d’urgence dans le pays et d’emprisonner ses opposants politiques, le Prix Nobel de la paix en priorité. La Birmanie renoue alors avec un cycle morbide d’espérances démocratiques broyées par l’armée. Mais un mouvement de désobéissance civile se met en place. Plusieurs centaines de milliers de manifestants défilent dans les grandes villes birmanes pour rejeter ce coup d’Etat et demander la libération de « Mère Suu ». Des manifestations réprimées brutalement par l’armée. Alors, pourquoi l’armée, qui détenait une partie du pouvoir politique, a-t-elle décidé de mettre fin à l’apaisement des dernières années ? Le parti d’Aung San Suu Kyi réussira-t-il à négocier avec la junte pour faire revenir le calme ?

 

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