Champagne rosé, cigares et bijoux : le procès des cadeaux du producteur Arnon Milchan au couple Netanyahou
Le premier ministre israélien est soupçonné d’avoir intercédé en faveur de l’homme d’affaires en échange de luxueux présents, d’une valeur de 180 000 euros.

Le producteur de cinéma israélien Arnon Milchan et le premier ministre Benyamin Nétanyahou furent « des amis proches, presque des frères », affirme M. Milchan. D’où sa gêne à désigner celui qu’il nomme affectueusement « Bibi » comme « l’accusé », ainsi que l’y incite la procureure. Depuis le 25 juin et pour dix jours, cet homme à la longue carrière hollywoodienne, producteur de Pretty Woman et de Twelve Years a Slave de Steve McQueen, témoigne au procès de Benyamin Nétanyahou.
Durant des années, jusqu’en 2016, M. Milchan a offert à un rythme régulier au premier ministre et à son épouse, Sarah, du champagne rosé, des cigares et, à l’occasion, des bijoux, pour une valeur totale de plus de 180 000 euros, selon l’accusation. En échange, M. Nétanyahou est soupçonné d’avoir intercédé pour faire renouveler le visa américain de M. Milchan et d’avoir demandé la prolongation d’une loi d’exemption fiscale qui aurait bénéficié à l’homme d’affaires. C’est l’un des trois volets d’un procès pour corruption, fraude et abus de confiance qui se poursuit depuis 2020 avec une extrême lenteur. Le refus de M. Nétanyahou de démissionner pour affronter cette procédure – une première – l’a isolé d’une partie de ses alliés, et a précipité un cycle de cinq élections législatives depuis 2019. Ce dossier illustre crûment le rapport à l’argent d’un premier ministre qui aime à fréquenter les grosses fortunes, et qui a affirmé par le passé qu’il aurait été milliardaire, pas moins, si la chose publique ne l’avait détourné d’une carrière dans les affaires.
M. Milchan comparait comme témoin. Il n’a pas remis les pieds en Israël depuis son premier interrogatoire par la police, en 2016. Il s’exprime par vidéoconférence, depuis un hôtel de Brighton, cité balnéaire du Sussex, située non loin de sa résidence, au sud de Londres. Sarah Nétanyahou, l’épouse du premier ministre, a fait le voyage. La procureure Liat Ben-Ari, présente également à Brighton, lui a rappelé qu’elle n’était pas autorisée à « faire la grimace » au témoin. Fait rare, M. Nétanyahou s’est rendu quant à lui au tribunal de la rue Saladin, à Jérusalem-Est, pour suivre le témoignage sur un écran. M. Milchan l’a salué au premier jour d’un chaleureux « Bonjour Bibi ! ».
« C’était mon initiative, puis c’est devenu des demandes »
A Brighton, le témoin moque la « comédie » de cette procédure et envisage d’en faire « une série télévisée », tandis que son avocat ne cesse d’interrompre les débats. Il s’exprime évasivement, d’une voix rauque et lente en hébreu et en anglais, face à l’accusation qui lui rafraîchit la mémoire, citant ses propres déclarations aux enquêteurs de police.
(source: lemonde.fr)