Romy Voos, « blanchie » autoproclamée

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(crédit: madagascar-tribune.com)

L’interview donnée par Romy Voos Randrianarisoa sur TV5 Afrique est loin d’apporter les clarifications sur les conditions de sa libération. La justice britannique évolue dans un état de Droit et une pleine indépendance. On va donc écarter d’emblée toute suspicion de corruption ou de pressions politiques, suspicions qui auraient été de mise si l’affaire avait été gérée par la justice tropicale d’Anosy. La libération s’est donc faite dans le cadre des lois britanniques, reste à savoir lesquelles.

On écartera d’emblée les tentatives d’auto-blanchiment de la concernée sur TV5. Ses explications peu convaincantes sur l’acte de corruption pour lequel elle a été condamnée n’ont pas permis d’y voir plus clair. On préfère donc attendre que la justice britannique s’exprime sur les conditions de cette libération. Jusqu’à preuve du contraire, le jugement ayant condamné Romy Randrianarisoa reste en vigueur, et sa culpabilité établie à l’issue du procès est un fait juridique. Des déclarations télévisées d’absolution, qui plus est faites par la propre intéressée, sont donc à prendre avec des pincettes. Le clan politique auquel elle appartient est loin d’être un bon exemple d’intégrité, et ses réponses évasives au sujet des enregistrements sonores qui ont permis à la justice britannique de la confondre, n’ont convaincu qu’elle-même et le clan des distributeurs et bénéficiaires de cuvettes.

La nouvelle de la libération a en tous cas réjoui les partisans du pouvoir, qui se sont empressés d’y voir une preuve d’innocence de Romy Randrianarisoa. C’est une posture qui arrange le pouvoir, car derrière le prétendu blanchiment de la dame, c’est le pouvoir qui s’affirme propre. Le clan Rajoelina a donc tout intérêt à véhiculer cette thèse de l’erreur judiciaire. Le chœur des nationalistes par corporatisme y est également allé de son petit trémolo : peu importe que Romy Randrianarisoa soit coupable ou non, en tant que Malgache on doit se réjouir de sa libération car sa mise en détention nuisait à l’image du pays. Ici, une rectification s’impose : ça ne nuisait pas à l’image du pays, car les actes de ceux qui profitent de leur position au pouvoir pour des avantages illicites n’engagent qu’eux, et non tous les Malgaches.

La thèse de l’Early Removal Scheme

Une des informations qui circule beaucoup sur les réseaux sociaux actuellement serait une libération dans les conditions du Early Removal Scheme (ERS), mis en place pour désengorger les prisons. Dans ce cadre, les étrangers éligibles et ayant purgé le quart de leur peine peuvent bénéficier d’une réduction de peine jusqu’à 18 mois, mais acceptent d’être déportés et bannis à vie du Royaume-Uni. Romy Randrianarisoa ayant été condamnée à 42 mois de prison le 10 mai 2024 et en ayant effectué 11, elle y était effectivement éligible. Dans ce cas, cette libération ne signifie en aucun cas relaxe, révision du verdict ou effacement de peine, contrairement à ce qu’elle avance dans son entreprise de blanchiment. Dommage que la journaliste ait été si peu pugnace, et peu préparée à l’interview. Une bonne professionnelle aurait fait référence à l’ERS et aurait demandé à son interlocutrice si elle en avait bénéficié au lieu d’accepter sa propagande emberlificotée.

Romy Randrianarisoa a également bien pris soin de souligner qu’elle était restée pendant tout ce temps et jusqu’à présent en bons termes avec le chef de l’État malgache. On ne sait trop quel était le sens de ce message. Était-ce une manière de rappeler à Andry Rajoelina qu’elle a été loyale en ne crachant pas le morceau, et qu’elle mérite d’être récompensée ? Ou bien est-ce une manière de rappeler aux investisseurs miniers qui auraient besoin d’un « coup de main », comme Gemfields, qu’elle a toujours ses entrées à Iavoloha ?

« Andry Rajoelina, intransigeant dans la lutte contre la corruption » a-t-elle, entre autres déclaré pour tenter de se donner le beau rôle. Il vaut mieux entendre cela que d’être sourd, car cela ne se reflète ni dans les résultats d’Afrobaromètre, ni dans les données de Transparency International. Pendant ce temps, un ministre de la justice démissionnaire a la suite de la révélation de son implication dans une affaire de corruption en février 2022, sans qu’aucune suite judiciaire ou administrative n’ait été donnée, s’est retrouvé candidat du parti présidentiel aux législatives de 2024, et gambade allègrement depuis comme député de la Nation. Fin de parenthèses.

Maintenant, il reste à observer si Gemfields va par coïncidence après cette libération obtenir le marché qu’il convoitait à Madagascar. Alors là, on pourra se poser de vraies questions.

(source: madagascar-tribune.com)

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