Gaza : ce que contient l’accord de trêve entre le Hamas et Israël

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FOCUS – Les deux parties ont accepté ce mercredi un accord de cessez-le-feu, après 15 mois d’une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Israël et le Hamas ont accepté mercredi un accord pour un cessez-le-feu à Gaza et la libération d’otages, après 15 mois d’une guerre qui a fait des dizaines de milliers de morts et plongé dans le chaos le territoire palestinien. Les négociations indirectes qui piétinaient depuis des mois s’étaient accélérées ces derniers jours en vue d’une trêve associée à une libération d’otages retenus dans la bande de Gaza depuis l’attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Trois phases sont prévues dans cette trêve, qui entrera en vigueur le dimanche 19 janvier. La première durera 42 jours et 33 otages seront libérés, dont trois dès le premier jour, puis quatre au bout d’une semaine. La plupart seraient des femmes, des enfants ou des malades.  Lors de cette première phase, «le Hamas libérera 33 captifs israéliens parmi lesquels des femmes (…), des enfants, des personnes âgées, des malades civils et des blessés, en échange de prisonniers détenus dans les prisons israéliennes», a précisé lors d’une conférence de presse à Doha le premier ministre du Qatar. «Un mécanisme de suivi sera mis en place, géré par l’Egypte, le Qatar et les Etats-Unis (les trois pays médiateurs, NDLR). Basé au Caire, ce mécanisme impliquera une équipe conjointe des trois pays pour surveiller la mise en œuvre de l’accord», a déclaré Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani.

En échange, Israël retirera son armée progressivement de la bande de Gaza en conservant le contrôle d’une zone tampon de 800 mètres de profondeur à l’intérieur de l’exclave palestinienne. «Les forces israéliennes seront positionnées le long de la frontière de Gaza, ce qui permettra l’échange de prisonniers, ainsi que l’échange de corps et le retour des personnes déplacées dans leurs domiciles», a affirmé lors d’une conférence de presse à Doha le premier ministre du Qatar. Un responsable israélien a cependant prévenu mardi qu’Israël ne quitterait «pas Gaza tant que tous les otages ne seront pas rentrés, les vivants et les morts».

L’État hébreu aurait également accepté de libérer 1000 prisonniers palestiniens, dont des terroristes. Il en aurait exclu toutefois tout participant à l’attaque du 7 octobre, qui a déclenché la guerre. Les criminels de sang libérés seraient interdits de séjour en Cisjordanie, selon le quotidien israélien Times of Israël .

Les Palestiniens pourraient également rejoindre à pied le nord de la bande de Gaza, où se sont tenus de très durs combats ces derniers mois. Au seizième jour du cessez-le-feu, les négociations reprendraient autour des deuxième et troisième phases. Elles prévoiraient respectivement la libération des otages masculins et un retrait plus important de Tsahal, puis le retour de la totalité des captifs vivants ou morts et le départ de l’armée israélienne.

Le rôle de Donald Trump

Chacune des parties au conflit aurait ainsi cédé sur plusieurs points. Israël rejetait la libération de criminels de sang et le Hamas faisait du départ des troupes israéliennes une condition sine qua non. Donald Trump avait menacé le Hamas le 7 janvier en déclarant que «l’enfer se déchaînera(it) au Moyen-Orient» si les otages israéliens n’étaient pas libérés d’ici son investiture le 20 janvier prochain. Son envoyé pour le Moyen-Orient, Steve Witkoff, a participé aux négociations à Doha.

Dimanche, Benyamin Netanyahou, le premier ministre israélien, a convoqué Bezalel Smotritch et Itamar Ben-Gvir, à la tête de deux partis nationalistes sans qui la coalition au pouvoir peut tomber, pour parler de l’accord, selon Haaretz . Le second a appelé le premier à s’y opposer ce mardi matin, sans réponse. Netanyahou aurait fait miroiter à ses alliés qu’un accord sur les otages à Gaza permettrait de négocier l’annexion d’une partie de la Cisjordanie avec Donald Trump. Le premier ministre israélien devrait réunir son gouvernement dans la soirée de mercredi ou jeudi matin.

Ce dernier souhaitait également parvenir à un accord global autour d’Israël, sur le modèle des accords d’Abraham qui ont vu la reconnaissance de l’État hébreu par les Émirats arabes unis, le Bahreïn, puis le Soudan et le Maroc. Le président américain veut y inclure l’Arabie saoudite.

Enfin, la situation sécuritaire d’Israël s’est largement améliorée depuis le déclenchement de la guerre. «L’axe de la Résistance» iranien a été affaibli. Le Hamas est réduit à peau de chagrin, le Hezbollah libanais a subi les assauts de Tsahal et le régime syrien de Bachar Al-Assad est tombé.

S’il fait taire les armes, le cessez-le-feu laisse en suspens l’avenir politique du territoire où le Hamas, à présent très affaibli, s’était emparé du pouvoir en 2007, chassant l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas. La guerre à Gaza a relancé l’idée d’une solution à deux Etats, israélien et palestinien, pour régler le conflit israélo-palestinien, défendue par une large partie de la communauté internationale mais à laquelle Israël est fermement opposé.

Israël, qui avait promis de détruire le Hamas après l’attaque du 7 octobre 2023, dit refuser un retrait total de son armée, et refuse que Gaza soit administré à l’avenir par le Hamas ou l’Autorité palestinienne. Les Palestiniens quant à eux affirment que l’avenir de Gaza leur appartient et qu’ils ne toléreront aucune ingérence étrangère.

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