Coopération internationale : Madagascar prône la non-ingérence

Dans une géopolitique mondiale où les puissances avancent parfois en force, la Grande île tente de jouer sa partition : souveraine.
Le gouvernement tente de mettre fin aux procès d’intention. Devant un corps diplomatique venu nombreux au palais d’Iavoloha le 9 janvier dernier, le chef de l’État, Michaël Randrianirina, a posé les bases de la politique étrangère de son régime avec une déclaration directe et assumée. « Madagascar demeure ouvert à une coopération internationale fondée sur le respect mutuel, la souveraineté des États et le principe du partenariat gagnant-gagnant, sans ingérence dans les affaires intérieures », quasi dans la même lignée que la politique étrangère du régime d’Andry Rajoelina. Le discours de Michaël Randrianirina fixe le cadre et rappelle que le terrain malgache n’est pas en libre-service.
Cette sortie présidentielle ne tombe pas par hasard. Ces derniers mois, Madagascar est redevenu un espace stratégique scruté de près par plusieurs puissances. Certaines presses étrangères évoquent même ouvertement les convoitises qui s’exercent sur la Grande île, tandis que les rencontres diplomatiques du chef de l’État nourrissent toutes les hypothèses. Échanges avec des autorités russes, réunions avec des diplomates occidentaux, dont des Américains, présence constante et structurante de la diplomatie française : chaque rendez-vous est disséqué, chaque image analysée, chaque mot pesé. Dans ce jeu d’influences, les observateurs cherchent à identifier l’obédience du nouveau régime, comme on tenterait de deviner la tactique de la nouvelle équipe aux commandes.
Ambitions territoriales. C’est précisément dans ce climat que la référence explicite à la « non-ingérence » prend une dimension stratégique. Prononcée face aux représentants de la communauté internationale, elle agit comme une ligne rouge tracée par les tenants du pouvoir. Le message est donc limpide : Madagascar accepte les partenariats, mais refuse les pressions, les agendas cachés et les interventions déguisées. Une position qui s’inscrit dans un contexte international marqué par une brutalisation des rapports de force. Car l’actualité mondiale pèse lourd. La capture de Nicolas Maduro, président vénézuélien, par des militaires américains dépêchés par Donald Trump a suscité de vives réactions à travers le monde et ravivé le débat sur le respect de la souveraineté des États. Les cas du Groenland et de l’Iran, devenus des points névralgiques des intérêts diplomatiques américains, illustrent également la manière dont les grandes puissances n’hésitent plus à afficher leurs ambitions territoriales et stratégiques.
Sans évoquer directement ces dossiers brûlants, Michaël Randrianirina a choisi ses mots avec précision, martelant « non-ingérence » et « respect mutuel » comme des principes non négociables. Mais le discours du 9 janvier ne se limite pas à une posture diplomatique. Il s’inscrit dans une plaidoirie politique plus large, celle de la Refondation, que le chef de l’État a tenu à expliciter devant les diplomates. « La Refondation n’est ni une rupture arbitraire, ni une parenthèse politique. Elle est une nécessité nationale, dictée par l’urgence de restaurer la confiance, de redresser les Institutions et de remettre l’État au service exclusif du bien commun », a-t-il affirmé. En clair, le régime refuse d’être perçu comme un accident de parcours ou un simple intérim politique ; il revendique une trajectoire, un projet et une durée. Cette clarification tente de rassurer des partenaires parfois prudents, parfois sceptiques, face aux transitions politiques.
(source: Rija R – Midi M/kara)