Ile Maurice: Les entreprises en situation de monopole dans le viseur du gouvernement

Face à la hausse du coût de la vie et aux préoccupations croissantes autour des prix pratiqués sur le marché, le gouvernement entend renforcer la protection des consommateurs. Le Conseil des ministres a ainsi donné son accord à la mise sur pied d’un comité interministériel placé sous la présidence du Premier ministre afin d’examiner les questions liées aux prix, en accordant une attention particulière aux marchés en situation de monopole ou de quasi-monopole. Ce comité aura pour mission de formuler des recommandations visant à garantir des pratiques tarifaires plus équitables.
Selon la Competition Act, une situation de monopole existe lorsque la vente de biens ou de services est fortement concentrée entre un nombre très limité d’entreprises. Selon la loi, cela se produit lorsqu’une seule entreprise fournit ou achète 30 % ou plus des biens ou services sur le marché, ou lorsque trois entreprises ou moins en contrôlent ensemble 70 % ou plus ce marché. Dans ce cas, la concurrence est faible, car quelques acteurs dominent presque toute l’activité, ce qui leur donne une influence importante sur les prix et les conditions du marché. Mais, selon la loi, une telle situation peut être examinée par la CompetitionCommission lorsqu’il existe des raisons de croire qu’une entreprise en position de monopole adopte des pratiques qui empêchent, restreignent ou faussent la concurrence, ou qui constituent une exploitation abusive de cette position dominante.
Pour revenir à la mise en œuvre du comité interministériel, les associations de consommateurs saluent cette initiative qu’elles estiment importante pour mieux encadrer les prix. Suttyhudeo Tengur, président de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), observe que «bien que l’inflation montre récemment certains signes de ralentissement, la pression sur les ménages reste importante». Il cite les données de Statistics Mauritius qui indiquent que «le taux d’inflation générale s’est établi à 3,7 % en 2025, tandis que l’indice des prix à la consommation a augmenté de 4,5 % entre décembre 2024 et décembre 2025. Les prix des produits alimentaires, du transport, des services publics et des dépenses ménagères continuent de peser lourdement sur le budget des familles mauriciennes».
De ce fait, soutient-il, «la création de ce comité laisse entendre que le gouvernement estime désormais que le problème ne provient pas uniquement de l’inflation internationale, mais également de certaines distorsions au sein même du marché local. Maurice, en tant que petite économie insulaire, possède naturellement des marchés concentrés. Toutefois, lorsque quelques opérateurs dominent l’importation, la distribution ou le commerce de détail, la concurrence s’affaiblit et les consommateurs peuvent se retrouver à payer des prix excessifs».
Suttyhudeo Tengur est d’avis que le gouvernement ne cherche pas seulement à déterminer si certains secteurs continuent de réaliser des marges de profit élevées, malgré une stabilisation des prix sur le marché international, mais que cette décision reflète également des inquiétudes économiques plus larges. «L’International Monetary Fund a récemment averti que Maurice fait face à un contexte mondial incertain lié notamment aux tensions au Moyen-Orient, tandis que la croissance économique devrait ralentir de 3,2 % en 2025 à environ 2,8 % en 2026. Dans le même temps, les consommateurs doivent déjà faire face à une hausse des tarifs de l’électricité ainsi qu’à une pression persistante sur leur pouvoir d’achat.»
Concernant la composition du comité, le président de l’APEC observe donc qu’il est «hautement stratégique. En réunissant les ministères responsables du Commerce, du Travail, de la Sécurité sociale, de la Planification économique, du Commerce international, des PME et des coopératives, le gouvernement reconnaît que la question des prix est à la fois un enjeu économique et de stabilité sociale». D’ajouter que «la présence du ministre des PME et des coopératives est particulièrement significative, car le gouvernement pourrait chercher à réduire la dépendance envers un nombre limité de distributeurs dominants en encourageant des circuits alternatifs d’approvisionnement et des systèmes d’achats coopératifs».
Suttyhudeo Tengur considère que plusieurs mesures pourraient découler des travaux du comité interministériel. Parmi celles-ci figurent un contrôle renforcé des marges d’importation et de distribution, des actions plus fermes contre les pratiques anticoncurrentielles, ainsi qu’une facilitation de l’entrée de nouveaux opérateurs sur certains marchés. Il évoque également la promotion des PME et des coopératives, le renforcement des mécanismes de protection des consommateurs, ainsi que des mesures ciblées de soutien aux ménages vulnérables.
Néanmoins, il estime qu’il faut garder les attentes réalistes, considérant qu’une grande partie des produits alimentaires, du carburant et des biens essentiels du pays est importée et queles chocs externes tels que les prix du pétrole, les coûts du fret maritime ou les fluctuations du taux de change continueront d’influencer les prix locaux.Il affirme toutefois que «si ce comité parvient à améliorer la transparence, renforcer la concurrence et limiter les pratiques abusives, il pourrait contribuer à restaurer la confiance des consommateurs et à alléger progressivement la pression sur les ménages mauriciens».
Cette nouvelle mesure est également accueillie par l’Association des consommateurs de l’île Maurice (ACIM). Son secrétaire général, Jayen Chellum, est aussi d’avis quec’est important d’avoir un comité pour examiner la question des prix en général et la situation de ces entreprises en situation de monopole et le porter au plus haut niveau du gouvernement sous la présidence du Premier ministre. «C’est une très bonne mesure», se réjouit-il, faisant valoir que, par le passé, avec la hausse des prix conséquente de certains produits, l’ACIM a attiré à plusieurs reprises l’attention sur les compagnies en situation de monopole. «Il faut qu’il y ait une forme de maximum mark-up sur leurs produits, à la fois pour la vente en gros et aussi au détail», propose-t-il.
Pour Suttyhudeo Tengur, «en définitive, la population jugera le succès de cette initiative non pas au nombre de réunions organisées, mais à une réalité très simple : voir enfin une baisse concrète des prix dans les supermarchés, les pharmacies et les factures des services essentiels.»
(source: lexpress.mu)