Taïwan : la Chine annonce la prolongation de ses exercices militaires autour de l’île, en dépit des critiques internationales
Les manœuvres militaires lancées après la visite de Nancy Pelosi, les plus grandes jamais effectuées autour de Taïwan, devaient prendre fin dimanche. L’armée chinoise n’a pas précisé où se déroulaient les nouveaux exercices, ni s’ils étaient « à tir réel ».

Les manœuvres devaient s’achever dimanche, mais l’armée chinoise a annoncé lundi 8 août, qu’elle poursuivait ses exercices militaires près de Taïwan. « L’Armée populaire de libération (…) continue de mener des exercices pratiques interarmées dans l’espace maritime et aérien autour de Taïwan, en se concentrant sur des opérations conjointes anti-sous-marins et d’assaut en mer », a précisé le commandement du théâtre d’opération est. Il n’a pas précisé dans quelles zones se déroulent ces manœuvres, ni si elles sont « à tir réel ».
La Chine avait fait savoir qu’elle comptait effectuer de nouveaux exercices « à tir réel » jusqu’au 15 août dans la mer Jaune, qui sépare la Chine de la péninsule Coréenne.
L’armée chinoise proche du littoral taïwanais
Pékin a lancé les plus grandes manœuvres jamais effectuées autour de l’île après la visite à Taipei de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, jeudi. L’armée chinoise a envoyé avions de chasse, navires de guerre, drones et missiles balistiques dans ce que les analystes considèrent comme une simulation de blocus et d’invasion de l’île.
Le ministère de la défense taïwanais a dénombré dimanche soixante-six avions et quatorze navires opérant dans le détroit qui sépare la Chine continentale de Taïwan, dont vingt-deux ont traversé la ligne médiane qui coupe en deux cet espace maritime.
Pour prouver à quel point elle s’était approchée des côtes taïwanaises, l’armée chinoise a diffusé ce week-end une photo prise selon elle à partir d’un de ses navires de guerre, où l’on voit un bâtiment de la marine taïwanaise à quelques centaines de mètres seulement. Ce cliché pourrait être le plus proche du littoral taïwanais jamais pris par les forces de Chine continentale. La Chine a aussi envoyé un drone survoler l’île taïwanaise de Kinmen, située à une dizaine de kilomètres de la ville chinoise de Xiamen, obligeant l’armée taïwanaise à tirer des fusées éclairantes, selon les autorités locales.
Le ministère des transports taïwanais avait signalé dimanche midi le retour à la normale de six des sept « zones temporaires de danger » que la Chine avait demandé aux compagnies aériennes d’éviter. « Les vols et les navigations concernés peuvent reprendre progressivement », avait-il précisé.
« Disproportion totale » selon les Etats-Unis
Le déplacement de Nancy Pelosi, le plus important d’un élu américain depuis vingt-cinq ans, a fait plonger les relations entre Pékin et Washington au plus bas depuis des années. Pékin, qui a toujours considéré Taïwan comme l’une de ses provinces et interprété toute visite officielle comme une reconnaissance tacite de l’indépendance de l’île, a réagi en suspendant une série de discussions et de coopérations sino-américaines, notamment sur le changement climatique et la défense. Le secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, avait dénoncé la « disproportion totale » de la réaction chinoise et notamment des manœuvres militaires.
Côté taïwanais, le premier ministre, Su Tseng-chang, a estimé dimanche que la Chine « utilisait l’action militaire de façon barbare » afin de perturber la paix dans le détroit de Taïwan. « Nous appelons le gouvernement chinois à ne pas brandir sa force militaire, à ne pas montrer ses muscles partout pour mettre en danger la paix de la région », a-t-il dit devant la presse. Le ministère des affaires étrangères taïwanais a estimé quant à lui que les manœuvres menaçaient « la région et même le monde ».
Ces exercices ont aussi suscité des critiques des chefs de la diplomatique du G7 (Etats-Unis, Japon, France, Allemagne, Italie, Canada, Royaume-Uni), lesquels avaient estimé qu’il n’y avait « aucune justification » à ces manœuvres militaires « agressives ».