François: trois guerres mondiales en un siècle, un appel au pacifisme

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Lors de la conférence de presse tenue à bord du vol de retour de Bahreïn, le Pape François a parlé de l’Ukraine et des nombreux conflits dans le monde. Il est également revenu sur son amitié avec le Grand Imam d’Al-Ahzar, sur l’importance de donner des droits et l’égalité aux femmes, sur les migrants à bord des bateaux ou la maltraitance des enfants. Le Pape a également évoqué le synode de l’Église catholique en Allemagne, souhaitant ne pas voir se créer «une nouvelle Église évangélique»

Depuis le vol papal

Voici la transcription de travail de la conversation du Pape François avec les journalistes sur le vol de retour de Bahreïn.

1)   Fatema Alnajem (Bahrain News Agency)

Je voudrais vous dire quelque chose avant de vous poser ma question. Vous avez une place très spéciale dans mon cœur, non seulement parce que vous avez visité mon pays mais aussi parce que lorsque vous avez été élu Pape, c’était le jour de mon anniversaire. J’ai une question: comment évaluez-vous les résultats de votre visite historique au Royaume de Bahreïn et comment évaluez-vous les efforts déployés par Bahreïn pour consolider et promouvoir le vivre ensemble, dans toutes les sphères de la société, de toutes les religions, de tous les sexes et de toutes les races?

C’était un voyage de rencontre car le but était de se retrouver dans le dialogue interreligieux avec l’Islam et en dialogue œcuménique avec Bartholomée. Les idées du Grand Imam d’Al-Azhar allaient précisément dans ce sens de la recherche de l’unité, l’unité au sein de l’Islam en respectant les nuances, les différences mais avec l’unité, unité avec les chrétiens et avec les autres religions, et pour entrer dans le dialogue interreligieux ou le dialogue œcuménique, il faut avoir sa propre identité. On ne peut pas partir d’une identité diffuse. Je suis islamique, je suis chrétien, mais j’ai cette identité et je peux donc parler avec cette identité.

Quand on n’a pas d’identité propre, un peu sur l’air du temps, c’est un peu difficile pour le dialogue parce qu’il n’y a pas d’aller et retour, et c’est pour ça que c’est important et ces deux-là qui sont venus, le Grand Imam d’Al-Azhar et le Patriarche Bartholomée ont une forte identité. Et cela fait du bien. En ce qui concerne le point de vue islamique, j’ai écouté attentivement les trois discours du Grand Imam et j’ai été frappé par la manière dont il a tant insisté sur le dialogue intra-islamique, entre vous, non pas pour effacer les différences mais pour se comprendre et travailler ensemble, ne pas être les uns contre les autres.

Nous, les chrétiens, nous avons une histoire des différences assez laide qui nous a conduits à des guerres de religion: les catholiques contre les orthodoxes ou contre les luthériens. Maintenant, grâce à Dieu, après le Concile, il y a eu un rapprochement et nous pouvons dialoguer et travailler ensemble et c’est important, un témoignage du bien fait aux autres.

“C’était un voyage de rencontre. Pour moi, c’est la nouveauté d’apprendre à connaître une culture qui est ouverte à tous. Dans votre pays, il y a de la place pour tout le monde.”

Ensuite, les spécialistes, les théologiens discuteront de choses théologiques, mais nous devons marcher ensemble comme des croyants, comme des amis, comme des frères, en faisant le bien. Moi aussi, j’ai été frappé par les choses qui ont été dites au Conseil des Sages, sur la création et la protection de la Création, et cela c’est une préoccupation commune à tous, musulmans, chrétiens, tout le monde. Maintenant, le Secrétaire d’État du Vatican et le Grand Imam d’Al-Azhar sont dans le même avion, de Bahreïn au Caire, ensemble comme des frères. C’est quelque chose d’assez émouvant. C’est une bonne chose. La présence du Patriarche Bartholomée – il fait autorité dans le domaine œcuménique – a également fait du bien. Nous l’avons vu dans le service œcuménique que nous avons fait et aussi dans les paroles qu’il a prononcées plus tôt. Pour résumer: c’était un voyage de rencontre. Pour moi, c’est la nouveauté d’apprendre à connaître une culture qui est ouverte à tous. Dans votre pays, il y a de la place pour tout le monde. Le Roi m’a dit: ici chacun fait ce qu’il veut, si une femme veut travailler, elle travaille. Une ouverture totale, c’est ce qu’il m’a dit. Vous le savez-vous-même, vous travaillez. Il y a aussi la partie religieuse, l’ouverture. J’ai été frappé par la quantité de chrétiens, de Philippins, d’Indiens du Kerala qui sont ici et qui vivent dans le pays et travaillent dans le pays.

Fatema Alnajem

Ils vous aiment beaucoup.

C’est l’idée, j’ai trouvé quelque chose de nouveau et cela m’aide à comprendre et à interagir davantage avec les gens. Le mot clé est dialogue, dialogue, et pour dialoguer, il faut partir de sa propre identité, avoir une identité.

Fatema Alnajem

Merci, Sainteté. Je prierai Allah le Tout-Puissant de vous bénir avec une bonne santé, du bonheur et une longue vie. 

Oui, priez pour moi, pas contre (rires)

2)   Imad Atrach

Saint-Père, de la signature du « Document sur la fraternité humaine » il y a trois ans, à la visite à Bagdad, puis récemment au Kazakhstan: ce chemin porte-t-il des fruits tangibles à votre avis? Peut-on s’attendre à ce que cela aboutisse à une rencontre au Vatican? Ensuite, je voudrais vous remercier d’avoir mentionné le Liban aujourd’hui, parce qu’en tant que Libanais je peux vous dire que nous avons vraiment besoin d’un voyage urgent de votre part, aussi et surtout parce que maintenant nous n’avons même pas de président, donc iriez-vous embrasser le peuple directement?

Merci. J’ai beaucoup réfléchi ces jours-ci – et nous en avons parlé avec le Grand Imam – à la manière dont est née l’idée du Document d’Abu Dhabi, ce Document que nous avons réalisé ensemble, le premier. Lui était venu au Vatican pour une visite de courtoisie: après notre entretien protocolaire, c’était presque l’heure du déjeuner et il partait, et alors que je l’accompagnais pour lui dire au revoir, je lui ai demandé:  » Mais où allez-vous déjeuner ? « . Je ne sais pas ce qu’il m’a dit. « Mais venez, on va déjeuner ensemble ». C’était quelque chose qui venait de l’intérieur. Puis, assis à table, lui, son secrétaire, deux conseillers, moi-même, mon secrétaire, mon conseiller, nous avons pris le pain, l’avons rompu et nous nous le sommes donné. Un geste d’amitié, offrir le pain. C’était un déjeuner très agréable, très fraternel. Et vers la fin, je ne sais pas qui a eu l’idée, nous nous sommes dit: mais pourquoi n’écririons-nous pas sur cette réunion? C’est ainsi que le document Abu Dhabi est né. Les deux secrétaires se sont mis au travail, avec un brouillon qui a fait des aller-retours, et finalement nous avons profité de la rencontre d’Abu Dhabi pour le publier. C’était une chose inspirée par Dieu, vous ne pouvez pas le comprendre autrement, parce qu’aucun de nous n’avait cela en tête. Elle a émergé lors d’un déjeuner amical, et c’est une grande chose.

Puis j’ai continué à réfléchir, et le document d’Abu Dhabi a servi de base à « Fratelli Tutti » ; ce que j’ai écrit sur l’amitié humaine dans «  Fratelli Tutti  » est basé sur le document d’Abu Dhabi. Je crois qu’on ne peut pas penser à un tel chemin sans penser à une bénédiction spéciale du Seigneur sur ce chemin. Je veux le dire par soucis de justice, il me semble juste que vous sachiez comment le Seigneur a inspiré cette route. Je ne savais même pas comment s’appelait le Grand Imam, puis nous sommes devenus amis et avons fait quelque chose comme deux amis, et maintenant nous parlons chaque fois que nous nous rencontrons. Le Document est actuel, et l’on travaille pour le faire connaître.

En ce qui concerne le Liban… Le Liban est une douleur pour moi. Parce que le Liban n’est pas un pays en soi, un Pape l’a dit avant moi, le Liban n’est pas un pays, c’est un message. Le Liban a une très grande signification pour nous tous. Et le Liban souffre en ce moment. Je prie, et je profite de cette occasion pour lancer un appel aux politiciens libanais: laissez les intérêts personnels de côté, regardez le pays et mettez-vous d’accord. D’abord Dieu, puis la patrie, ensuite les intérêts. Mais Dieu et la patrie. Pour l’instant, je ne veux pas dire « sauver le Liban » parce que nous ne sommes pas des sauveurs, mais s’il vous plaît, il faut soutenir le Liban, aider afin que le Liban arrête dans cette chute, afin que le Liban retrouve sa grandeur. Il y a des moyens, il y a la générosité du Liban, combien de réfugiés politiques a le Liban! Un pays si généreux et qui est en train de souffrir. Je profite de cette occasion pour demander une prière pour le Liban, la prière est aussi une amitié. Vous êtes des journalistes, regardez le Liban et parlez-en pour sensibiliser les gens. Merci.

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