En Ukraine, la chute inattendue des oligarques
Depuis l’invasion russe, ces hommes d’affaires richissimes, qui régnaient depuis trente ans sur le pays, ont perdu leurs leviers d’influence. Un tournant.

Difficile d’oublier le célèbre propriétaire des lieux, un entrepôt niché au cœur de l’immense complexe sidérurgique de Zaporijstal, dans le sud de l’Ukraine. Le nom de Rinat Akhmetov figure sur tous les cartons que des dizaines d’employés volontaires remplissent de produits de première nécessité.
Depuis l’invasion russe du 24 février 2022, l’homme le plus riche du pays a mobilisé son empire industriel pour aider la population et les forces armées. Alors que l’usine, qui emploie 10 500 ouvriers, ne tourne plus qu’à 50 % de ses capacités, cette initiative humanitaire permet de redorer l’image de celui qui était encore, avant l’offensive, l’oligarque le plus puissant du pays et un farouche opposant de Volodymyr Zelensky.
D’ordinaire si discret, Rinat Akhmetov, 56 ans, s’était opposé publiquement au président après l’adoption, en septembre 2021, d’une loi « anti-oligarques » visant à réduire leur emprise en les étiquetant sous cette appellation infamante. En février 2022, ses priorités ont brutalement changé. Il sait qu’il a désormais tout intérêt à s’afficher dans le camp de Volodymyr Zelensky et à contribuer à la victoire de l’Ukraine : l’offensive à grande échelle de la Russie a pulvérisé une partie de son empire et sapé son influence plus efficacement qu’aucune réglementation n’y était parvenue.

Le sort du milliardaire est emblématique de la chute des oligarques à la faveur de la guerre. En un an, le conflit a considérablement affaibli l’influence de ces hommes d’affaires richissimes, qui règnent sur le pays depuis trente ans et sont accusés d’exploiter sans scrupule les ressources de l’Etat, de corrompre le système politique et d’utiliser les médias pour leur seul profit. Ce tournant historique pourrait préfigurer l’Ukraine de demain, débarrassée de cette caste ayant bâti sa fortune lors des grandes privatisations dans les années 1990, après la chute de l’Union soviétique.