Le Mercosur adopté à Bruxelles, ces pays qui, comme la France, ont dit non au traité de libre-échange

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Comme la France, quatre autres pays ont voté contre le Mercosur, le plus souvent sous la pression nationale. Le traité a cependant obtenu le feu vert des 27.

LUDOVIC MARIN / AFP Viktor Orban et Emmanuel Macron, ici à Budapest en novembre 2024.

Minorité contre, majorité pour. Comme la France, quatre autres pays ont voté contre le Mercosur ce vendredi 9 janvier. Leur opposition n’a pas été suffisante pour empêcher l’adoption du traité de libre-échange, soutenue par des poids lourds comme l’Allemagne et l’Espagne et poussé par la présidente de la Commission européenne elle-même. Cette dernière devrait se rendre au Paraguay le 17 janvier pour signer le texte.

Pour être adopté, le traité du Mercosur devait obtenir une majorité qualifiée, c’est-à-dire le vote de 15 États membres représentant au moins 65 % de la population de l’Union européenne. Dans ce système de vote où la démographie de chaque pays compte, l’approbation de l’Italie de Giorgia Meloni a été déterminante pour empêcher le rejet du texte comme le voulaient la France et la Pologne, deux des cinq pays les plus peuplés de l’UE avec plus de 105 millions d’habitants en tout.

Outre Paris et Varsovie, l’Irlande, la Hongrie et l’Autriche ont refusé de ratifier l’accord. La Belgique s’est quant à elle abstenue, ce qui équivaut à un vote contre dans le système de la majorité qualifiée.

Pressions nationales contre le Mercosur

En France, Emmanuel Macron a justifié sa décision par le « rejet politique unanime » du traité sur le territoire. Fer de lance de l’opposition européenne, le président de la République s’était attiré les foudres des agriculteurs et de l’ensemble de la classe politique en semblant entrouvrir la porte au mois de décembre. Face aux menaces de censure de son Premier ministre et au mouvement de colère des agriculteurs qui s’est amplifié, il est revenu à sa position initiale, en dépit des « avancées incontestables » qu’il estime avoir obtenues de la Commission européenne. L’Irlande a avancé le même argument, le vice-Premier ministre Simon Harris estimant que les concessions obtenues n’étaient « pas suffisantes pour satisfaire nos concitoyens. » 

L’unanimité politique et du secteur agricole est aussi visible en Pologne, qui produit un tiers du marché européen de la volaille et s’inquiète de la concurrence brésilienne. Du Premier ministre centriste et europhile Donald Tusk au président conservateur et europhobe Karol Nawrocki, tous rejettent l’accord en l’état. En septembre 2025, le Mercosur a même fait partie des discussions entre le président polonais reçu à Paris et son homologue français.

L’Autriche a aussi dû se plier à la pression nationale. Dès 2019, alors que le traité venait de passer la première étape vers sa ratification, les députés autrichiens s’étaient prononcé pour obliger le gouvernement à voter contre l’accord de libre-échange. À l’époque, quatre des cinq partis représentés au Parlement s’y opposaient. Et si de nouvelles élections sont venues rebattre le paysage politique, ce vote engage toujours la parole du Chancelier, les différents titulaires du poste n’ayant pas usé de leur droit de veto sur ce sujet en dépit de pressions y compris dans leurs propres partis. Le Mercosur divise cependant au sein du gouvernement autrichien. La ministre des Affaires européennes et internationales s’est ainsi réjouie du feu vert des 27, tout en déplorant que son pays n’y ait pas contribué.

Pas (encore) la fin de l’histoire ?

Côté Hongrie, le ministre des Affaires étrangères Péter Szijjártó avait annoncé la veille sur X que son pays s’opposerait au traité de libre-échange qui « ouvrirait l’Europe à des importations illimitées de produits agricoles sud-américains au détriment des moyens de subsistance des agriculteurs hongrois. » « Bruxelles ignore une fois de plus les intérêts de nos agriculteurs », avait dénoncé ce membre du gouvernement hongrois connu pour ses positions eurosceptiques.

Les voix de ces cinq pays n’ont cependant pas suffi à faire pencher la balance. Pour autant, la partie n’est pas finie. Comme le veut le protocole européen, le traité de libre-échange doit encore être voté par le Parlement européen pour entrer en vigueur – à moins que la Commission européenne ne propose une mise en application provisoire, court-circuitant le passage devant les eurodéputés. Or ce vote n’est pas acquis au traité de libre-échange. « Le Parlement européen est aujourd’hui vraiment partagé. Ça va se jouer à 10 ou 15 voix sur plus de 700 eurodéputés », estimait sur RTL le 8 janvier l’eurodéputé Renew Pascal Canfin.

En parallèle, 150 eurodéputés issus de plusieurs groupes politiques du Parlement européen tentent de saisir la Cour de Justice de l’UE pour repousser le vote et donc geler, en attendant une décision, le processus de ratification. Une première tentative en novembre 2025 a échoué pour des raisons de procédure. Si les eurodéputés retentent le coup, ils devront obtenir la majorité du Parlement européen pour que la saisie soit effective. Là encore, impossible d’en prédire l’issue.

(source: huffingtonpost.fr)    

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