Procès Romy Voos Andrianarisoa
Romy Voos, « blanchie » autoproclamée

L’interview donnée par Romy Voos Randrianarisoa sur TV5 Afrique est loin d’apporter les clarifications sur les conditions de sa libération. La justice britannique évolue dans un état de Droit et une pleine indépendance. On va donc écarter d’emblée toute suspicion de corruption ou de pressions politiques, suspicions qui auraient été de mise si l’affaire avait été gérée par la justice tropicale d’Anosy. La libération s’est donc faite dans le cadre des lois britanniques, reste à savoir lesquelles.
On écartera d’emblée les tentatives d’auto-blanchiment de la concernée sur TV5. Ses explications peu convaincantes sur l’acte de corruption pour lequel elle a été condamnée n’ont pas permis d’y voir plus clair. On préfère donc attendre que la justice britannique s’exprime sur les conditions de cette libération. Jusqu’à preuve du contraire, le jugement ayant condamné Romy Randrianarisoa reste en vigueur, et sa culpabilité établie à l’issue du procès est un fait juridique. Des déclarations télévisées d’absolution, qui plus est faites par la propre intéressée, sont donc à prendre avec des pincettes. Le clan politique auquel elle appartient est loin d’être un bon exemple d’intégrité, et ses réponses évasives au sujet des enregistrements sonores qui ont permis à la justice britannique de la confondre, n’ont convaincu qu’elle-même et le clan des distributeurs et bénéficiaires de cuvettes.
La nouvelle de la libération a en tous cas réjoui les partisans du pouvoir, qui se sont empressés d’y voir une preuve d’innocence de Romy Randrianarisoa. C’est une posture qui arrange le pouvoir, car derrière le prétendu blanchiment de la dame, c’est le pouvoir qui s’affirme propre. Le clan Rajoelina a donc tout intérêt à véhiculer cette thèse de l’erreur judiciaire. Le chœur des nationalistes par corporatisme y est également allé de son petit trémolo : peu importe que Romy Randrianarisoa soit coupable ou non, en tant que Malgache on doit se réjouir de sa libération car sa mise en détention nuisait à l’image du pays. Ici, une rectification s’impose : ça ne nuisait pas à l’image du pays, car les actes de ceux qui profitent de leur position au pouvoir pour des avantages illicites n’engagent qu’eux, et non tous les Malgaches.
La thèse de l’Early Removal Scheme
Procès Romy Andrianarisoa : La Cour exclut toute implication du président Andry Rajoelina

L’acte d’accusation ne plaide pas en faveur de l’ex-Directrice de Cabinet du président de la République au Tribunal de la Couronne britannique chargé des affaires pénales, au 1, English Grounds, sur la rive Sud de la Tamise. Entre London Bridge et Tower Bridge à Londres.
« Guilty or not guilty »
L’accusation demande au jury de la Cour de la Couronne de Southwark à Londres de déclarer Romy Andrianarisoa « coupable ou non coupable », en rappelant qu’elle est poursuivie pour « single offence bribery » ou délit de corruption en août 2023, en se servant de son poste influent de « Chief of staff » du président de Madagascar. Et ce, pour solliciter un pot-de-vin auprès de GEMFIELDS, en échange de l’obtention de permis miniers pour la compagnie britannique.
National Crime Agency
Selon l’accusation, « elle n’avait pas agi seule mais de concert avec Philippe Tabuteau ». Alerté par le « Chief Executive Officer » (CEO) de GEMFIELDS, la « National Crime Agency » (NCA) devait prendre en main l’affaire. Au propre comme au figuré. Un officier du NCA – l’équivalent du FBI au Royaume Uni – s’était fait passer pour un consultant de la compagnie minière dans le but de prendre les deux complices sur le fait.
Conversations enregistrées
Après toute une série de rendez-vous, d’échanges de mails et de conversations sur WhatsApp entre les deux parties, un premier paiement était prévu le 10 août 2023 mais des agents du NCA ont fait irruption dans la salle de réunion pour arrêter Philippe Tabuteau et Romy Andrianarisoa dont les conversations ont été enregistrées à leur insu par l’agent sous couvert de la NCA. Il était, par exemple, question de paiement en francs suisses et/ou en pierres précieuses voire en or à Genève, à travers une société écran basée en Suisse.
« Very clear »
Dans l’« indictment » ou acte d’accusation, la Cour royale exclut toute implication et responsabilité du président qui n’était pas du tout au courant de l’initiative de l’accusée. « Romy Andrianarisoa was very clear, she told that the President did not know ». En fait, les deux complices s’étaient servis du nom du président Andry Rajoelina pour tenter d’arriver à leurs fins. Ils prétendaient pouvoir arranger une rencontre entre les dirigeants de GEMFIELDS et le chef de l’Etat. Et d’assurer même qu’en cas de changement de président au lendemain des élections, il et elle garantissent la continuité des activités de GEMFIELDS en faveur de qui ils vont faire du lobbying auprès du Parlement.
No comment
Lors de sa première audition, Romy Andrianarisoa n’a fait aucun commentaire sur les questions qui lui ont été posées, en présence d’un avocat. « No comment », est-il transcrit dans le dossier d’audience. L’accusée avait juste dit qu’elle était la Directrice de Cabinet du président de Madagascar et qu’elle était au courant du projet de GEMFIELDS d’opérer dans la Grande Ile. Au bout d’une trentaine de minutes d’interrogatoire, elle a demandé un « break ». Après s’être murée dans le silence, elle avait finalement décidé de parler : « Je réfute toute tentative de corruption ou toute implication dans du blanchiment d’argent. Je suis venu au Royaume Uni pour rechercher un contrat avec une compagnie minière soucieuse de l’éthique et Gemfields semblait faire l’affaire (…) ».Mais les deux parties n’ont visiblement pas la même compréhension du mot …affaire.
(source: Midi M/kara)