théologiens des cinq rives

Méditerranée: les théologiens à l’écoute des souffrances des cinq rives

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La Croix camarguaise aux pieds de la basilique Notre-Dame de la Garde, près de laquelle le Pape s’est recueilli pour les migrants et marins morts en mer, le 22 septembre 2023.

Après Naples, Bari et Marseille, les théologiens chrétiens de la Méditerranée poursuivent leur démarche d’unité. À présent constitués en un réseau d’une vingtaine d’institutions académiques avec des partenaires de diverses confessions ou laïcs -le RTMed, Réseau théologique méditerranéen-, ils ont publié à l’automne un manifeste et réfléchissent cette année à la problématique de justice et paix au Proche-Orient.

«La théologie doit être enracinée dans la vie; une théologie de laboratoire ne fonctionne pas. Elle doit développer une pensée qui adhère au réel, et pas seulement des données techniques, en mesure de promouvoir avec originalité le chemin œcuménique entre chrétiens et le dialogue entre croyants de religions différentes».

Depuis le 23 septembre, les théologiens du pourtour méditerranéen tentent de correspondre au plus près à cette feuille de route rappelée par le Pape lors de la session conclusive des Rencontres méditerranéennes à Marseille. Un manifeste pour une théologie à partir de la Méditerranée paraissait dans la foulée en arabe, français, croate ou italien, fruit de deux ans de travail de théologiens chrétiens des cinq rives, mais aussi d’autres confessions. Une réponse à la demande de François formulée en juin 2019 lors d’un colloque théologique à Naples. Ces théologiens ont tissé aujourd’hui un réseau, fort d’une vingtaine d’institutions, et prévoient une rencontre fin juin en Sicile. Une chaire « Méditerranée, religions et sociétés » a aussi vu le jour pour féconder ce dialogue. En phase de prédéfinition, elle est pilotée par l’Institut pontifical d’études arabes et d’islamologie (PISAI), l’École française de Rome, l’Institut français d’Islamologie et l’Institut catholique de la Méditerranée, et d’un conseil scientifique renouvelable composé des partenaires de toutes les rives.

Le père Patrice Chocholski, théologien, directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée, développe cette nouvelle manière de penser la mosaïque méditerranéenne, plus que jamais morcelée.

Entretien avec le père Patrice Chocholski, directeur de l’Institut catholique de la Méditerranée


Près de six mois après les Rencontres méditerranéennes de Marseille et la publication d’un manifeste plurilingue pour une théologie à partir de la Méditerranée, comment le réseau théologique méditerranéen avance-t-il?

Le manifeste répond à l’invitation du Pape formulée à Naples en juin 2019 pour réfléchir sur une théologie de l’accueil, de l’écoute, du dialogue et de la miséricorde. Nous avons commencé à travailler avec cette nouvelle méthode du dialogue et donc avec une nouvelle épistémologie. Le manifeste est centré sur l’écoute à hauteur de visage des peuples des cinq rives. La théologie de la Méditerranée est une théologie de l’entre-deux, car entre les rives et il faut toujours traverser un dia grec, le dia du dialogue. Dieu est dialogue et le dialogue est le lieu de Dieu. Plus concrètement, dans la foulée de la venue du Pape, nous avons gagné de nouveaux adhérents, chercheurs et institutions. Nous avons commencé à articuler notre travail théologique avec des centres culturels de Méditerranée et des chercheurs de différentes disciplines et religions nous ont rejoints. C’est une théologie chrétienne de la Méditerranée, mais notre manifeste a aussi donné l’idée à des théologiens musulmans d’en faire de même, pour une théologie musulmane à partir de la Méditerranée.

Comment organisez-vous les rencontres, sur quel thème, et avec quels objectifs cette année?

En vue d’une rencontre du 22 au 26 juin à Palerme, nous allons organiser six rencontres théologiques en visioconférence donnant la parole à des théologiens et des chercheurs des cinq rives. À chaque fois, trois chercheurs s’exprimeront à partir du contexte actuel particulièrement conflictuel en Méditerranée depuis le 7 octobre. Nous percevons en effet à chacun de nos échanges animés combien le rapport à la justice et à la paix diffère selon la rive.

Ainsi afin de nous laisser ballotter sur la Méditerranée par les questions de justice, de paix et de miséricorde, avec un discours ajusté, nous nous sommes accordés sur une clé d’interprétation commune à nos récits pour cette année: le psaume 84, verset 11, «Amour et vérité se rencontrentjustice et paix s’embrassent».

Si les théologiens et les chercheurs ne réussissent pas à se parler en ce temps très conflictuel, si la dimension académique et notre faculté de penser la foi ne nous aident pas à affronter un dialogue serein, qui d’autre pourrait le faire de manière aussi désintéressée? En espérant que cette pensée, dans l’élan de cette nouvelle théologie relationnelle que le Pape François impulse, nous aide à trouver ce logos de la théologie au sein même du dialogue.

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