William Ruto
William Ruto, président du Kenya : « Les tensions entre Nord et Sud sont tout aussi stériles que celles entre les Occidentaux et la Chine »
Présent à Paris au Sommet pour un nouveau pacte financier mondial les 22 et 23 juin, le président kényan évoque, dans un entretien au « Monde », la guerre en Ukraine, le financement de la lutte contre le changement climatique et le remboursement de la dette.

William Ruto a été élu président du Kenya fin 2022. Il dirige un pays en grande difficulté financière, de quelque 57 millions d’habitants. Cet ancien homme d’affaires était à Paris à l’occasion du Sommet pour un nouveau pacte financier mondial, les 22 et 23 juin, organisé par la France pour tenter de relancer les liens entre pays du Nord et du Sud, mis à rude épreuve par la guerre en Ukraine.
Regrettez-vous que la guerre en Ukraine ait déplacé l’attention des grandes puissances des conflits en Afrique ?
Bien sûr, l’attention des Etats-Unis et des pays européens à nos problèmes a diminué, car ils se concentrent sur la guerre en Ukraine. Par exemple, au sujet du conflit qui se déroule dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), nous manquons de soutien. Le Kenya finance seul la présence de deux mille soldats. Nous entraînons les soldats congolais à nos frais. Cette attitude est offensante car elle nous laisse penser que certains conflits, certaines vies, sont plus importants que d’autres. Au Soudan, les Occidentaux font là aussi preuve d’une attention insuffisante, alors que la situation pourrait dégénérer en génocide.
Kenya : l’élection de William Ruto à la présidence validée par la Cour suprême
Les sept juges de l’institution ont retoqué, lundi 5 septembre, tous les recours présentés par les soutiens de Raila Odinga, éternel opposant.

Près d’un mois après l’élection présidentielle du 9 août, le Kenya a officiellement un nouveau président. La Cour suprême, chargée d’examiner les recours du candidat malheureux Raila Odinga, a validé le scrutin, malgré des accusations d’irrégularités. Le vice-président sortant William Ruto, élu président de la République, avec 50,5 % des voix, devient le cinquième dirigeant depuis l’indépendance du Kenya, en 1962.
La décision des sept juges a été « unanime », a fait savoir la présidente de la Cour, Martha Koome, à l’issue de deux semaines de délibérations. Un arbitrage qui faisait l’objet d’une attention particulière sur le continent africain : le Kenya est non seulement la locomotive économique de l’Afrique de l’Est, mais son système judiciaire a prouvé son indépendance et sa robustesse en invalidant, en 2017, l’élection d’un président sortant. Le pays a toutefois connu plusieurs phases de violences postélectorales, parfois très meurtrières, notamment en 2007-2008.
Après des semaines de controverses, le président élu a appelé à l’unité, disant tendre « une main fraternelle » à ses adversaires. « Nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes des Kényans », a-t-il lancé dans son premier discours, prononcé depuis sa résidence à Nairobi. Le nouveau dirigeant doit être investi président de la République mardi 13 septembre, aux côtés de son futur vice-président, Rigathi Gachagua.
« Aucune preuve crédible »
Le verdict de la Cour suprême a mis fin aux espoirs et aux ambitions de Raila Odinga, éternel opposant qui bénéficiait cette année du soutien du président sortant, Uhuru Kenyatta. Celui que ses partisans appellent affectueusement « Baba » (« papa » en swahili) tentait pour la cinquième fois, à 77 ans, d’entrer à la State House, le palais présidentiel. Ce énième revers ponctue une carrière politique commencée dans les années 1980 dans le militantisme en faveur des droits de l’homme.
Kenya : William Ruto élu président, scènes de chaos à la Commission électorale
Le président de la Commission électorale du Kenya a déclaré William Ruto vainqueur de l’élection présidentielle face à Raila Odinga, après six jours d’attente. Des scènes de chaos et de confusion ont suivi. Quatre des sept commissaires de l’IEBC ont tenu une conférence de presse pour annoncer qu’ils rejetaient ces résultats : « À cause du caractère opaque du processus, nous ne pouvons pas assumer la responsabilité des résultats annoncés ». La Commission a appelé les Kényans au « calme ».
Louée pour son professionnalisme tout au long du processus, la commission électorale s’est désintégrée. Quatre commissaires sur sept ont fait défection en dénonçant « l’opacité » dans la gestion des résultats.
Après six jours de décompte des bulletins, l’élection présidentielle a pris un tour chaotique, lundi 15 août, au Kenya. Au terme d’une journée marquée par la scission de la commission électorale, le vice-président sortant, William Ruto, a été déclaré vainqueur au premier tour du scrutin, avec 50,49 % des votes. Une consécration sur le fil, contestée par le camp adverse, qui envisage d’ores et déjà de déposer un recours auprès de la Cour suprême. L’écart est en effet mince : 233 000 voix séparent l’actuel numéro deux du gouvernement de son principal adversaire, Raila Odinga.
A 77 ans, ce dernier concourait pour la cinquième fois à l’élection présidentielle. Une candidature qui se solde par une nouvelle défaite : donné en avance dans les sondages et soutenu par le président sortant, Uhuru Kenyatta, le vétéran de la politique kényane ne recueille finalement que 48,85 % des voix. Muré dans le silence depuis l’annonce des résultats, il a sept jours pour contester les résultats auprès de la Cour suprême. « Tant que ce n’est pas fini, tout est encore possible », a déclaré sa colistière, Martha Karua, sur son compte Twitter.
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« Pas de place pour la vengeance »
Lundi, le même homme s’en est pris physiquement à trois commissaires qui s’apprêtaient à annoncer les résultats finaux. La scène a viré au chaos généralisé. Deux commissaires ont été blessés et un pupitre jeté du haut du podium.