En Corée du Sud, l’objection de conscience reste un sujet sensible dans un pays toujours officiellement en guerre
Les jeunes hommes doivent servir dans l’armée entre 18 et 22 mois. Sous la pression d’objecteurs de conscience, un service civil de trois ans a été institué en 2020.

Le visage est rond, la voix douce mais les propos tranchants. « Le service militaire forme des gens disciplinés pour la société et les entreprises qui fonctionnent selon les principes militaires et ont besoin de salariés obéissants. La Corée du Sud telle qu’elle apparaît à travers la K-Pop ou les séries télévisées peut sembler splendide et avancée. En coulisses, elle reste médiévale. » Jeong Wook, 23 ans, est objecteur de conscience et rejette par principe la conscription, obligatoire dans un pays qui est toujours officiellement en guerre contre la Corée du Nord.
Ce discours est une exception dans ce pays, où le service militaire est considéré comme une institution. De nombreux Sud-Coréens relaient d’ailleurs avec enthousiasme sur les réseaux sociaux les premiers pas sous les drapeaux de Kim Seok-jin, alias « Jin », chanteur du BTS, un groupe de K-pop mondialement connu. La star planétaire a terminé le 19 janvier ses classes au centre d’entraînement de la cinquième division d’infanterie à Yeoncheon, à 60 kilomètres au nord de Séoul. « Je passe de bons moments », a-t-il lancé sur la plate-forme Weverse, destinée aux fans de K-pop. Le voilà instructeur adjoint jusqu’à la fin de son service, le 12 juin 2024. Les six autres membres du groupe le suivront bientôt.
Chaque jeune Sud-Coréen en bonne santé doit en effet effectuer entre dix-huit et vingt-deux mois de service, selon l’arme choisie. Environ 90 % des hommes d’une classe d’âge se plient à cette obligation. « Je suis pour, en raison de la menace nord-coréenne », confirme Park Sung-chul, étudiant à l’université Koryo, qui déplore pourtant que le service ne soit rémunéré que l’équivalent de 400 euros par mois. Le service alimente aussi les tensions entre les jeunes des deux sexes, les jeunes femmes n’y étant pas soumises, ce qui leur laisse une longueur d’avance pour s’insérer dans un marché du travail tendu. Le refus de servir empêche d’ailleurs d’être recruté par une administration ou par une grande entreprise, le dossier militaire étant exigé pour ces embauches.
(source: lemonde.fr)