Finances publiques: la dette publique sous pression

Après avoir longtemps résisté à l’instabilité politique, les investisseurs étrangers semblent aujourd’hui se détourner peu à peu de Madagascar. Ce repli, qui traduit une perte de confiance envers le climat politique et économique, commence désormais à se faire sentir au niveau des finances publiques.
Le dernier signal en date est venu de l’agence américaine S&P Global Ratings, qui a décidé, le 17 octobre 2025, de placer la note souveraine de Madagascar sous surveillance avec perspective négative. Une décision qui met en lumière la fragilité actuelle du pays.
Une alerte venue des marchés internationaux
Dans son rapport, S&P Global Ratings justifie ce placement sous surveillance par “l’instabilité politique persistante” et “l’incertitude entourant la gouvernance du pays”. En clair, la crise politique qui secoue Madagascar depuis la fin septembre, marquée par la dissolution du gouvernement et la mise en place d’un régime de transition, inquiète les investisseurs et les bailleurs internationaux.
Le mouvement de contestation, né d’une colère sociale liée aux pénuries d’eau et d’électricité, s’est rapidement transformé en crise institutionnelle. Selon l’agence, cette période de transition pourrait affecter la continuité administrative et fragiliser la capacité du futur gouvernement à honorer ses obligations financières. Le maintien de la note à “B-/B”, assortie d’une perspective négative, reflète donc une confiance affaiblie des marchés internationaux.
La notation souveraine est un outil essentiel pour mesurer la crédibilité financière d’un État. Elle évalue sa capacité à rembourser ses dettes, à partir d’analyses économiques, politiques et budgétaires. Les grandes agences mondiales, telles que S&P Global Ratings, Moody’s et Fitch, attribuent ces notes qui servent de référence aux investisseurs. Une bonne notation signifie qu’un pays inspire confiance et peut emprunter à des taux avantageux. À l’inverse, une note faible ou placée sous surveillance négative augmente les coûts d’emprunt et freine l’arrivée de capitaux étrangers.
Dans le cas de Madagascar, cette décision tombe à un moment où le pays dépend fortement de l’appui des bailleurs de fonds internationaux, notamment du FMI, de la Banque mondiale et de l’Union européenne. Une dégradation de la note pourrait ralentir les décaissements de ces appuis budgétaires ou retarder le financement de plusieurs programmes en cours.
Une économie en perte de vitesse
Sur le plan économique, Madagascar peine à retrouver une trajectoire de croissance solide. L’agence américaine anticipe désormais une progression du produit intérieur brut limitée à 3% sur la période 2025-2026, contre 4,1% auparavant. Cette révision traduit la méfiance grandissante des investisseurs et les difficultés d’un pays déjà fragilisé par la faiblesse de ses infrastructures, la dépendance à l’aide internationale et une inflation persistante.
Les investissements directs étrangers, qui constituent un moteur essentiel de l’économie malgache, demeurent faibles. Selon les données de la Banque mondiale, ils représentaient à peine 2,4% du PIB en 2024. Si cette tendance se poursuit, le gouvernement risque de devoir recourir davantage à l’endettement pour financer ses projets, accentuant la pression sur les finances publiques.
La dette publique, un équilibre fragile
La Loi de finances 2025 évoque une dette publique “modérée et soutenable”, mais la tendance reste préoccupante.
Le ratio de la dette par rapport au PIB se situe actuellement entre 39 et 43%, selon les dernières estimations. Cette dette reste en grande partie concessionnelle, c’est-à-dire contractée à des taux faibles et sur des durées longues, principalement auprès des institutions financières internationales. Ce profil permet d’éviter tout risque immédiat de défaut, mais la dépendance vis-à-vis de ces bailleurs représente une fragilité majeure.
Le déficit budgétaire est estimé à environ 5% du PIB pour 2025. Il reste soutenable, mais sa persistance limite la marge de manœuvre de l’État. Si les financements extérieurs venaient à se tarir ou à se retarder, le gouvernement pourrait être contraint d’accroître ses emprunts intérieurs, souvent plus coûteux et plus risqués à long terme.
Des conséquences directes sur l’investissement
La perception du risque pays a un effet immédiat sur les décisions d’investissement. Lorsqu’un État voit sa note dégradée ou placée sous surveillance, les investisseurs étrangers redoutent une instabilité politique, des difficultés administratives ou un manque de prévisibilité économique. Plusieurs projets d’investissement peuvent alors être suspendus ou révisés à la baisse.
Pour Madagascar, cela signifie moins d’entrées de devises, une réduction de l’emploi dans certains secteurs et une pression accrue sur les recettes publiques. Cette situation fragilise davantage une économie qui peine à diversifier ses sources de revenus et à attirer des investisseurs de long terme. Le ralentissement de l’investissement étranger peut également retarder la mise en œuvre de projets structurants dans les domaines de l’énergie, des transports ou de l’agriculture.
Une spirale à éviter
La relation entre notation, dette et investissement forme un cercle étroit. Une dégradation de la note décourage les investisseurs, ce qui réduit les flux de capitaux et pousse l’État à s’endetter davantage. Cette hausse de la dette renforce ensuite la perception de risque, entraînant une nouvelle perte de confiance. Pour Madagascar, briser cette spirale passe par un retour rapide à la stabilité politique et une gestion rigoureuse des finances publiques.
La transparence budgétaire, la continuité des politiques économiques et la relance de la confiance avec les bailleurs de fonds apparaissent comme des priorités immédiates. Sans ces garanties, le pays risque d’entrer dans une phase où l’endettement devient un fardeau plutôt qu’un levier de développement.
Une équation politique et économique
La décision de S&P Global Ratings dépasse la simple question financière. Elle met en évidence la fragilité institutionnelle d’un pays dont la croissance dépend encore largement de la confiance extérieure. Madagascar dispose pourtant d’atouts considérables : une population jeune, un fort potentiel agricole et minier, et une dette publique encore contenue. Mais ces avantages ne pourront être valorisés que dans un contexte politique apaisé et prévisible.
L’agence a annoncé qu’elle réévaluera la note souveraine de Madagascar dans un délai de trois mois. Cette période sera décisive pour déterminer si le pays parvient à stabiliser ses institutions et à rassurer ses partenaires économiques. Une amélioration de la gouvernance et de la continuité administrative pourrait suffire à restaurer la confiance et à relancer les investissements. Dans le cas contraire, Madagascar risque de voir s’installer durablement une méfiance qui pèsera lourdement sur ses perspectives économiques et budgétaires.
(source: Tiana Ramanoelina – newsmada.com)