Birmanie : 4300 prisonniers libérés après l’annulation des condamnations à mort

Le chef de la junte birmane Min Aung Hlaing a annulé toutes les condamnations à mort, commuées en prison à vie, à l’occasion du Nouvel An birman. Plus de 4300 prisonniers doivent être libérés, dont près de 180 étrangers.
Le dirigeant birman Min Aung Hlaing a ordonné vendredi l’annulation de toutes les condamnations à mort, l’une de ses premières mesures officielles depuis sa récente installation comme président civil, cinq ans après son coup d’État. Célébré toute la semaine, le Nouvel An birman, Thingyan, est marqué par des aspersions d’eau massives symbolisant le renouveau et la purification des péchés. Il est traditionnellement l’occasion de larges amnisties et celles de cette année étaient particulièrement attendues dans un contexte de transition à la tête du pays.
Une semaine après avoir prêté serment en tant que président à l’issue d’un processus électoral décrié à l’étranger, Min Aung Hlaing a notamment fait un geste envers celui qui occupait précédemment le poste. Win Myint avait pris la présidence en 2018, un rôle alors essentiellement symbolique derrière la cheffe du gouvernement et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qui est elle toujours détenue. Cette grâce s’inscrit dans un effort de «reconstruction nationale», a fait savoir dans un communiqué le bureau de Min Aung Hlaing.
Justice opaque
C’est aussi à ce moment-là que Min Aung Hlaing a annoncé sa volonté de lever toutes les condamnations à mort. «Les personnes purgeant des peines de mort verront leurs peines commuées en emprisonnement à vie», a indiqué le dirigeant de 69 ans dans un communiqué. Selon des défenseurs des droits humains, la junte militaire qui a pris le pouvoir en 2021 a alors relancé les exécutions, après des décennies d’interruption, à destination des dissidents.
Plus de 130 personnes ont été condamnées à mort l’année suivante, d’après l’ONU, mais les chiffres précis sont difficiles à établir dans un pays au système judiciaire opaque, en proie à une guerre civile.
La mesure a été annoncée dans le cadre d’une amnistie plus large pour marquer le Nouvel An birman, Thingyan, l’une des nombreuses célébrations nationales à l’occasion desquelles des grâces sont traditionnellement accordées. Plus de 4300 prisonniers doivent être libérés, selon un communiqué, ainsi que près de 180 ressortissants étrangers. Toutes les peines inférieures à 40 ans doivent par ailleurs être réduites d’un sixième.
«Une réalisatrice libérée»
À l’extérieur de la prison d’Insein à Rangoun, des familles attendaient sous une chaleur écrasante de savoir si leurs proches incarcérés feraient partie des graciés. «Mon frère a été emprisonné pour des raisons politiques», a déclaré à l’AFP Aung Htet Naing, 38 ans. «Il n’a pas été inclus dans les grâces précédentes donc on ne veut pas nourrir trop d’espoirs». Selon l’Association d’aide aux prisonniers politiques, plus de 30000 personnes ont été emprisonnées pour des motifs politiques depuis le coup d’État de 2021.
La prisonnière politique la plus célèbre du pays, la prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, purge une peine de 27 ans dans un endroit tenu secret. Min Aung Hlaing a été installé à la présidence la semaine dernière à l’issue d’un processus électoral dénoncé à l’international comme une manœuvre pour prolonger le régime militaire sous un déguisement civil. Cette transition s’est accompagnée de reculs sur certaines mesures de répression mises en place par la junte au cours des cinq dernières années. Des gestes présentés comme des efforts de réconciliation, mais que des observateurs qualifient de mesures cosmétiques destinées à changer l’image du nouveau gouvernement, composé en majorité d’anciens militaires.
(source: lefigaro.fr)