Mines – Sumitomo quitte le projet Ambatovy
Sumitomo Corporation, actionnaire majoritaire d’Ambatovy, met les voiles. La firme japonaise a annoncé hier son désengagement du projet minier. Elle cède l’intégralité de ses actifs à une compagnie de droit britannique, Ambatovy Mineral Resource Investment (AMRI). Une annonce qui a fait l’effet d’un séisme sur les marchés financiers.

C’était à prévoir. Sumitomo Corporation, actionnaire à hauteur de 54,17 % dans le projet Ambatovy, se retire de l’exploitation. L’annonce, validée hier par son conseil d’administration, a provoqué une onde de choc à la Bourse de Tokyo.
Quelques heures après la nouvelle, le cours de l’action a atteint un record. Les titres cotés à Tokyo ont bondi de plus de 17 %, pour s’établir à 6 840 yens, leur plus haut niveau historique. « L’action a progressé alors que les investisseurs ont salué le retrait stratégique d’un actif problématique qui a pesé sur les résultats ces dernières années », confirme Zonebourse, plateforme de suivi des transactions boursières.
Concrètement, les investisseurs ont poussé un ouf de soulagement après la cession de ces parts, dans un contexte d’incertitude persistante sur les marchés du nickel et du cobalt. Les analyses disponibles indiquent que la transaction comporte une valeur négative de 418 millions de dollars, soit environ 66,9 milliards de yens. La société s’attend également à enregistrer une perte d’environ 70 milliards de yens dans ses résultats du trimestre avril-juin.
Perte immédiate
Shingo Ueno, directeur général de Sumitomo Corp, a déclaré lors d’un point de presse que le groupe avait identifié un acquéreur disposant d’une expertise dans le nickel, après avoir conclu que la vente constituait la meilleure option pour l’avenir du projet. Il a reconnu que la série d’incidents opérationnels, culminant avec les dégâts majeurs causés par le cyclone Gezani en février 2026, avait pesé lourdement dans la décision.
Selon un communiqué, Sumitomo Corp prévoit de finaliser le transfert au cours du premier semestre de l’exercice clos en mars prochain. Le groupe précise que l’impact de cette cession
a déjà été intégré dans ses prévisions de résultats consolidés. La société a donc choisi d’assumer une perte comptable immédiate, plutôt que de prolonger son exposition à un marché devenu particulièrement instable ces trois dernières années.
Le ministère des Mines a pris acte de cette transaction et a détaillé la nouvelle structure de l’actionnariat du projet Ambatovy. « À ce titre, Sumitomo Corporation a cédé l’intégralité de sa participation de 54,17 % à AMRI. Les 45,83 % de participation restants demeurent en conséquence détenus par la société sud-coréenne Korea Mine Rehabilitation and Mineral Resources Corporation (KOMIR) », indique le département ministériel. Celui-ci explique également que « cette dynamique s’inscrit dans une perspective de consolidation et de relance des activités, soutenue par un apport en capital de 180 millions USD par AMRI visant à renforcer les opérations minières du projet ».
Derrière AMRI, le nouvel acquéreur, se trouve un consortium conduit par Essenwood Partners Limited, en partenariat avec Zungu Investments, société sud-africaine d’investissement. Selon Reuters, Jason Kluk, ancien responsable du négoce du nickel chez Glencore, figure parmi les dirigeants d’Essenwood Partners et apparaît dans des documents d’enregistrement à Jersey et au Royaume-Uni liés à la structure de reprise. Les parts respectives d’Essenwood Partners et de Zungu Investments dans AMRI n’ont toutefois pas été précisées.
Les deux dernières années ont été marquées par une forte incertitude pour la firme japonaise, déjà confrontée à des pertes considérables. En 2024, Sumitomo avait évoqué une perte de 89 milliards de yens dans ses opérations à Ambatovy. À cela s’ajoutaient des pertes exceptionnelles de 150 milliards de yens liées à d’autres activités du groupe.
Le bilan est lourd pour une société qui a investi des sommes importantes dans ce projet, dont elle était devenue l’actionnaire principal en 2020, après le départ de Sherritt du capital. La firme japonaise avait initialement rejoint l’actionnariat en 2005.
Pour AMRI, cette reprise s’accompagne désormais d’obligations. Ambatovy affirme que le nouvel actionnaire entend s’appuyer sur les fondations existantes en matière de sécurité, de performance opérationnelle et de dialogue avec les parties prenantes. Le ministère des Mines a, pour sa part, rappelé « l’importance de préserver les acquis du projet et d’assurer la continuité de ses activités dans des conditions stables ».
(source: Itamara Otton – lexpress.mg)