D-Day

6 juin 1944: Ruiner la paix, «une faute devant l’Histoire, un péché devant Dieu»

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Le cimetière militaire américain de Colleville-sur-Mer, le 2 juin 2024. (ANSA)

Les commémorations du débarquement sur les plages de Normandie sont pour le Pape l’occasion de se souvenir des victimes, tombées hier et aujourd’hui, et d’exprimer son rejet définitif de la guerre. Il juge «inadmissible» qu’on «familiarise à nouveau les peuples à ce type d’éventualité». Dans une lettre lue ce mercredi soir 5 juin par le nonce à Paris,François appelle à prier pour ceux qui veulent la guerre mais aussi pour les artisans de paix, afin que leur persévérance soit couronnée de succès.

Marie Duhamel – Cité du Vatican

Aux côtés des responsables politiques, l’Eglise catholique fait mémoire du D-Day, quand quelque 156 000 hommes essentiellement américains, britanniques et canadiens participèrent à l’opération Neptune de débarquement sur les plages de Normandie, ouvrant un nouveau front à l’ouest contre les troupes allemandes et permettant in fine la libération de la France et de l’Europe.

Des messes seront célébrées jeudi matin à 7h30 sur plusieurs plages des cinq secteurs du débarquement, tandis que sur celles d’Utah et Omaha Beach se dérouleront les commémorations en présence du roi Charles III, des présidents américain, français, ukrainien et du chancelier allemand.

Dès ce soir, en la cathédrale de Bayeux, des évêques français, des pays alliés et d’Allemagne assisteront avec des représentants des Églises anglicane, protestante unie, orthodoxe et évangélique, à une célébration œcuménique à 19 heures, en présence également de vétérans. Le Pape François dit s’unir à l’assemblée, par la pensée et la prière, dans une lettre adressée à l’évêque de Bayeux-Lisieux, Mgr Jacques Habert qui présidera l’office.

NORMANDIE

Le prix de la liberté

«Nous avons en mémoire le souvenir de ce colossal et impressionnant effort collectif et militaire accompli pour obtenir le retour à la liberté», écrit François soucieux de rappeler le coût de cet effort. Il évoque les immenses cimetières où s’alignent des milliers de tombes, celles de soldats «très jeunes pour la plupart, et, pour beaucoup, venus de loin, qui ont héroïquement donné leur vie, permettant ainsi la fin de la Seconde Guerre Mondiale et le rétablissement de la paix». François mentionne aussi l’image «effroyable» de ces villes de Normandie «complètement dévastées» par de «terribles» bombardements: Caen, Le Havre, Saint-Lô, Cherbourg, Flers, Rouen, Lisieux, Falaise, Argentan, et tant d’autres. François fait mémoire «des innombrables victimes civiles innocentes et de tous ceux qui ont souffert».

Se souvenir et condamner

«Plus jamais la guerre !», dans sa lettre, François fait sien le cri de saint Paul VI à la tribune de l’Onu, le 4 octobre 1965. Il juge «inutile et hypocrite» de faire mémoire du débarquement et, plus généralement, du désastre qu’a représenté l’«épouvantable conflit mondial» sans le condamner et le rejeter «définitivement». Or, le Pape constate «avec tristesse» que si durant plusieurs décennies, le souvenir des erreurs du passé a soutenu la ferme volonté de tout mettre en œuvre pour éviter qu’un nouveau conflit mondial ouvert se produise, il n’en est plus de même aujourd’hui. «Les hommes ont la mémoire courte. Puisse cette commémoration nous aider à nous la faire retrouver !»

80 ans après l’opération Neptune qui coûta, à elle seule, la vie à plus de 15 000 soldats, le Saint-Père exprime son inquiétude face à la situation actuelle. Il juge «inquiétant que l’hypothèse d’un conflit généralisé soit parfois de nouveau sérieusement prise en considération» mais aussi que «les peuples soient peu à peu familiarisés à cette éventualité inacceptable». Les peuples veulent la paix, s’exclame François qui se fait

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