doctrine de la guerre juste
Vatican: Réévaluer aujourd’hui la doctrine de la guerre juste

Un catholique peut-il prendre les armes? L’Église se pose la question depuis au moins le IVe siècle quand saint Augustin définissait le premier les critères éthiques d’un engagement militaire. Aujourd’hui, dans un contexte de mondialisation, d’extension des conflits et compte-tenu du développement d’armements toujours plus sophistiqués, le Pape interroge la doctrine de la “guerre juste”, selon lui inadaptée. Décryptage avec le père Bourdin, philosophe politique et historiens des religions.
Entretien réalisé par Marie Duhamel – Cité du Vatican
Ardent défenseur d’une culture de la rencontre et de la fraternité comme «fondement et route pour la paix» -titre de son premier message pour la Journée mondiale de la paix en 2014- le Pape François a assisté depuis 2013 à la guerre en Syrie, à l’avancée de Daech en Irak, à l’agression russe en Ukraine, à la guerre des généraux au Soudan, sans oublier aux conflits du Proche-Orient et aux guerres civiles au Yémen ou en Birmanie. Une «troisième guerre mondiale par morceaux» qui pourrait, craint-il, se muer en «véritable conflit mondial».
«On fait facilement la guerre sous couvert de toutes sortes de raison», écrivait-il en 2020 dans son encyclique Fratelli tutti, dénonçant les prétendues justifications des guerres avancées toutes ces dernières décennies. Or, pour lui, au motif que toute guerre est une défaite pour l’humanité, «il n’existe pas de “guerre juste”», comme il le défendra dès le début de son pontificat puis avec force en mars 2022 devant les membres de la Fondation pontificale Gravissimum educationis.
Dans Fratelli tutti, François juge, «très difficile aujourd’hui de défendre les critères rationnels, mûris en d’autres temps, pour parler d’une possible “guerre juste”».
Énoncée par saint Augustin, formalisée par saint Thomas d’Aquin et réenvisagée lors de la conquête de l’Amérique latine ou plus tard à l’aune des deux Guerres mondiales, la doctrine de la “guerre juste” enseigne que, pour entrer en guerre, une autorité légitime doit en prendre la décision en ultime recours, pour le bien commun et non son intérêt propre, et au nom d’une cause juste, telle que la légitime défense -ce que stipule avec précision le Catéchisme- ou pour réparer une injustice. Il faut que des dommages graves et certains soient constatés. Autres conditions nécessaires: une proportionnalité entre les maux évités et les maux provoqués, des chances raisonnables de succès et toujours avoir pour objectif le retour à la paix.
Des conditions que le Pape juge inadaptées au monde actuel, alors que des armes peuvent détruire massivement des populations. «Le concept de guerre juste” est en cours de révision», confirmait début juillet le cardinal Secrétaire d’État Pietro Parolin.