emprise des seniors Etats-Unis

Aux Etats-Unis, l’emprise des seniors sur la politique

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Présidence, Sénat, Cour suprême… Aux Etats-Unis, les organes du pouvoir reflètent de moins en moins la société. Alors que près de la moitié de la population américaine a moins de 40 ans, ils ne sont que 5 % au Congrès à représenter cette tranche d’âge.

Le président américain, Joe Biden, à la Maison Blanche, à Washington, le 22 décembre 2022. BRENDAN SMIALOWSKI / AFP

Des ballons accrochés au mur, du jus d’orange dans les verres et un gâteau à la noix de coco, son favori, pour fêter l’événement : le 20 novembre, Joe Biden était entouré de ses petits-enfants pour célébrer son 80e anniversaire. Son épouse, Jill, en a diffusé une photo sur Twitter. L’âge du président n’est pas anecdotique. Il dit une longévité exceptionnelle en politique, lui qui a été élu sénateur pour la première fois en 1972. Il impose aussi un questionnement légitime sur la suite, et la préservation de son entière capacité à gouverner.

Joe Biden aurait 86 ans au terme d’un second mandat. Cette perspective est évidemment l’un des facteurs clés dans sa décision, encore inconnue à ce jour, de se représenter ou pas à l’élection présidentielle de 2024.

Au-delà de cet enjeu, c’est toute la politique qui se trouve soupçonnée de confiscation par la classe senior, alors que le nouveau Congrès doit entrer en session le 3 janvier 2023. L’Amérique serait-elle devenue une gérontocratie ?

Tout juste élu dans la 10e circonscription de Floride, Maxwell Frost, 25 ans, est un militant progressiste d’origine afro-cubaine. Comptant parmi les révélations des midterms, début novembre, il va découvrir le gouffre qui le sépare de la plupart de ses collègues au Capitole. Lorsque Maxwell Frost est monté à la capitale pour chercher un logement, son nouveau statut d’élu n’a pas été suffisant. Ancien chauffeur Uber, il a raconté, sur Twitter, le rejet de son dossier en raison de son endettement passé, dû à sa campagne électorale. A Washington, l’ancienneté, les réseaux et l’argent sont déterminants.

Féminisation et représentation des minorités

Dans le Congrès sortant, l’âge moyen des élus à la Chambre s’élevait à 58,4 ans, contre 64 ans au Sénat. Selon une enquête du site d’information Business Insider, réalisée en septembre, 23 % des membres du Congrès ont plus de 70 ans, un niveau sans précédent dans l’histoire. Alors que près de la moitié de la population a moins de 40 ans, ils ne sont que 5 % au Congrès à représenter cette tranche d’âge.

Une sorte de prime tacite à la longévité paraît exister. Plus on s’accroche à son poste, en l’absence de san-source: lemonde.fr)ction électorale, et moins une autre vie semble possible, dans le secteur privé, sur les plateaux télévisés ou le monde inépuisable des consultants.

Aujourd’hui, la question du renouvellement n’est pas qu’une affaire d’âge, mais aussi de féminisation et de représentation des minorités. Elle ne se limite pas non plus aux cercles politiques. Elle concerne aussi la Cour suprême, dont les neuf membres sont désignés à vie. De nombreux démocrates regrettent que l’icône libérale Ruth Bader Ginsburg n’ait pas voulu démissionner sous la présidence de Barack Obama, pour donner à ce dernier une chance de la remplacer par un magistrat de même bord. Au lieu de cela, elle est décédée fin 2020 sous la présidence Trump, à l’âge de 87 ans, offrant un avantage décisif aux conservateurs, qui dominent à présent la Cour (six contre trois).