L’ONU dénonce les niveaux records de violence des extrémistes juifs en Cisjordanie cette année
Les agriculteurs palestiniens affirment par ailleurs que le projet de Tsahal pour empêcher la contrebande et les attentats terroristes a endommagé leurs infrastructures hydrauliques.

L’ONU a annoncé jeudi que les violences commises par les partisans du mouvement pro-implantations en Cisjordanie avaient atteint des niveaux records, avec en moyenne six attaques par jour, lesquelles font des victimes ou causent des dégâts.
Le nombre de ces attaques a dépassé les 1 000 cette année, a indiqué Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général de l’ONU, citant le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) des Nations unies.
« La seule semaine dernière, les attaques de colons ont fait plus de 30 blessés parmi les Palestiniens. Elles ont également causé des dégâts considérables aux biens, aux infrastructures essentielles ainsi qu’aux moyens de subsistance », a ajouté Dujarric. « Le rythme actuel des attaques de colons causant des victimes ou des dégâts matériels, avec une moyenne de six incidents par jour, est plus élevé que jamais. »
Cette année, plus de 2 200 Palestiniens ont été déplacés en raison de violences commises par des extrémistes juifs ou suite à des restrictions d’accès, et des centaines d’autres ont été déplacés après la démolition de leurs habitations par les autorités israéliennes, a-t-il affirmé.
Ces propos ont fait suite à l’accusation portée deux jours plus tôt par l’organisation de défense des droits humains Amnesty International, qui a attribué à Israël un « nettoyage ethnique orchestré par l’État » en Cisjordanie. Une affirmation rejetée par l’armée israélienne.
Ses adversaires ont accusé le gouvernement et les forces de l’ordre de fermer les yeux sur les attaques violentes perpétrées par des résidents d’implantations extrémistes. Ces attaques, toujours plus meurtrières ces dernières années, se produisent presque quotidiennement. Les arrestations sont rares ; les poursuites judiciaires le sont encore davantage.
L’armée a recensé 867 incidents liés à des crimes nationalistes et à la violence des résidents d’implantations en 2025, contre 682 en 2024.
Par ailleurs, des agriculteurs palestiniens ont déclaré cette semaine à l’AFP que des travaux de construction israéliens avaient détruit plusieurs systèmes d’irrigation dans une plaine agricole proche de Tubas, au nord de la Cisjordanie, provoquant l’assèchement des champs et privant le bétail d’eau.
Trois agriculteurs ont rapporté que l’armée israélienne travaillait depuis plusieurs mois à la construction d’une route militaire de 22 kilomètres entre les villages d’Ein Shibli et de Tayasir. Ce sont ces travaux qui, ont-ils dit, ont détruit les canalisations d’eau qui alimentaient leurs champs et leur bétail.
Ces agriculteurs se sont également plaints que l’armée les empêche souvent d’accéder à leurs terres, et qu’elle a installé une barrière métallique restreignant leurs déplacements.
Selon l’armée, les travaux réalisés dans cette zone s’inscrivent dans le cadre d’un projet motivé par une « nécessité sécuritaire évidente ».
« L’objectif de ce projet est de prévenir la contrebande d’armes et de lutter contre les menaces sécuritaires qui pèsent sur l’État d’Israël », a-t-elle répondu à l’AFP.
« La région a des antécédents d’activités terroristes, avec notamment des fusillades et des incidents ayant entraîné la mort de soldats », a-t-elle ajouté, évoquant une attaque terroriste à l’arme à feu qui avait coûté la vie à Yonatan Deutsch, un civil de 23 ans, en 2024.
Pour les agriculteurs palestiniens, ces mesures n’ont fait qu’aggraver leurs souffrances.
« Depuis février, nous souffrons de pénuries d’eau. Nous ne pouvons pas irriguer nos cultures et nous ne pouvons pas accéder à nos terres », a expliqué Saleh Hamdan, propriétaire d’un vignoble.
« S’il n’y a pas d’eau, il n’y aura tout simplement plus d’agriculteurs », a-t-il continué, montrant des grappes de raisin desséchées.
Sur place, un journaliste de l’AFP a pu constater que des canalisations d’irrigation avaient été endommagées. Des bulldozers étaient par ailleurs stationnés près des terres des agriculteurs.
« Notre principale source de souffrance, c’est le manque d’eau pour notre bétail », a confié à l’AFP Lofti Bani Odeh, un autre agriculteur de la région, qui a précisé que l’approvisionnement en eau des agriculteurs avait été coupé lorsque l’armée avait commencé les travaux sur la route.
« Ici, tous les agriculteurs qui tentent d’accéder à leurs terres sont arrêtés, agressés et humiliés » par les soldats israéliens, a affirmé Dirgham Basharat, un autre agriculteur.
Incapable de fournir de l’eau et du fourrage à ses animaux, il a dit avoir l’impression d’être « en prison ».
En décembre 2025, les autorités israéliennes ont émis des ordres de réquisition militaire portant sur plus de 100 hectares dans le gouvernorat, d’après un rapport du Bureau national pour la défense de la terre et la résistance à la colonisation, un organisme affilié à l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Le projet routier, baptisé « Scarlet Thread » par l’armée, a été suspendu à la fin du mois de janvier 2026 par une ordonnance provisoire de la Cour suprême d’Israël.
En mars, la Cour a autorisé la reprise du projet, invoquant une nécessité urgente en matière de sécurité.
(source: timesofisrael.com)