le Livre de Rakotovao

Le Livre de Rakotovao (1843 – 1906)

Publié le Mis à jour le

« Ny Bokin-dRakotovao »

Né à Tananarive en 1829, Rakotovao apparaît à la fois comme un chrétien convaincu et comme un personnage officiel de la cour de Tananarive.

Éduqué par des maîtres malgaches formés par les missionnaires de la London Missionary Society, il est attiré très tôt par le christianisme alors que les premiers chrétiens sont victimes de graves persécutions sous le règne de Ranavalona I.

En 1847, âgé de dix-huit ans, il participe avec des amis à une réunion de prière clandestine. Sommé d’abjurer sa foi, il fut condamné à travailler dans les ateliers royaux dirigés par Jean Laborde à Mantasoa. Plus tard, en 1864, il fut baptisé et devint prédicateur en 1868, à l’âge de trente-neuf ans. Il remplit fidèlement jusqu’à sa mort ses devoirs de chrétien.

Ayant grandi à Fianarantsoa auprès de son oncle maternel qui avait été nommé dans cette localité, il ambitionnait de devenir secrétaire. Pour remplir cette fonction il fallait être militaire. Il entra dans l’armée en 1845 et commença sa carrière de militaire comme aide de camp de Rainiharo, deuxième personnage du royaume, avec le grade de 4 Honneurs. Il fut dégradé au moment des persécutions. A la mort de Rainiharo, il devint aide de camp de son fils Rainivoninahitriniony.

Sous le règne de Radama II, il récupéra son grade, puis franchit rapidement les échelons et devint Officier avec le rang élevé de 1 0 Honneurs en 1863. Il avait alors trente-quatre ans. L’année suivante, lorsque Rainivoninahitriniony fut évincé par son frère Rainilaiarivony, Rakotovao devint aide de camp du Premier Ministre et secrétaire de palais. Il le sera jusqu’en 1895.

Il put ainsi, en tant qu’observateur placé à un poste privilégié pendant ses cinquante ans de fonction, porter ses appréciations sur les hommes, sur la vie de cour et sur les événements politiques de son temps.

Rakotovao ne fut pas simplement un témoin, il fut également acteur en certaines. C’est ainsi qu’il contribua au travail de législation lors de l’élaboration du Code des 305 articles en 1881. En tant que militaire, il participa notamment à la guerre franco- malgache de 1895. Sans beaucoup d’enthousiasme, âgé de soixante ans, il prit part aux opérations, et dès la fin de la guerre, il fut rendu à la vie civile.

Dans son livre, qui n’est pas seulement un simple journal tenu au jour le jour, Rakotovao consigne les événements qu’il juge importants. Ses observations sont présentées sous forme de paragraphes numérotés allant de 1 à 729, mais, en réalité, au nombre de 539.

Elles s’étendent sur une période d’une soixantaine d’années, allant de 1843 à juin 1906, trois mois avant sa mort. Dans leur suite chronologique, il traite de sujets les plus divers; son livre fourmille de renseignements de toutes sortes. La vie quotidienne en Imerina y apparaît à travers sa vie personnelle et sa vie familiale qui y tiennent une bonne place.

Ce document est destiné à ses nombreux descendants afin de leur permettre d’établir leur généalogie : naissances, mariages, répudiations, rejets, maladies, décès. C’est toute la vie sociale d’une famille merina de la haute société du XIXe siècle qui se trouve ainsi rapportée.

Ce sont ensuite les observations d’un homme instruit sur les événements politiques, administratifs et économiques : décès des souverains ou de personnages célèbres, discours royaux, voyages des souverains, réorganisation de l’armée, le mouvement des troupes lors de la première guerre franco-malgache, sa participation aux opérations de la seconde guerre franco- malgache, dont il décrit les préoccupations et les misères, l’arrivée du général Gallieni, l’exil de la reine Ranavalona III, la colonisation.

Observateur passionné, il dresse une remarquable galerie de portraits des principaux personnages : les souverains, le Premier ministre Rainilaiarivony et ses enfants qu’il ne ménage pas, etc… En tant que chrétien fervent, il note toutes les activités religieuses et on peut écrire à travers son livre l’histoire religieuse du pays à partir des persécutions du début. Il mentionnne la destruction des idoles, son baptême, celui de sa femme, les cérémonies lors de la ou l’aménagement des temples, ses prédications, ses soucis de moralisateur. Très généreux, il tient une véritable comptabilité de l’argent qu’il donne : orphelins, nécessiteux, offices religieux, construction de temples ou d’écoles, etc. A partir du moment où il a cessé ses officielles, ses activités religieuses sont devenues le principal de ses préoccupations.

(Extrait de: Delval Raymond. Cohen-Bessy (Annick) : Journal d’un Malgache du XIXe siècle. Le livre de Rakotovao 1843-1906. In: Revue française d’histoire d’outre-mer, tome 80, n°301, 4e trimestre 1993. pp. 644-645;)