Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a espéré que les forces du mouvement islamiste puissent « jouer un rôle dans le processus de paix et de reconstruction » du pays lors d’une rencontre à Tianjin.
Le mollah Abdul Ghani Baradar et le ministre chinois des affaires étrangères Wang Yi lors de leur réunion à Tianjin, en Chine, le 28 juillet 2021. LI RAN / XINHUA VIA AP
La photo détonne : trois diplomates chinois en costume sombre sont entourés de neuf dirigeants talibans, en shalwar kameez (longue tunique), turbans et barbe en broussaille. Pas un sourire. La Chine communiste, profondément antireligieuse et engagée dans une répression féroce des minorités musulmanes au Xinjiang, région qui borde l’Afghanistan, où les barbes et autres signes religieux suffisent à faire des habitants des suspects envoyés en camps de « rééducation », est l’un des premiers Etats à tendre la main officiellement à ce groupe islamiste fondamentaliste, dont les derniers succès militaires l’ont propulsé aux portes du pouvoir.
«Les talibans sont une force politique et militaire cruciale en Afghanistan», a déclaré, mercredi 28 juillet, le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, ajoutant qu’il espérait les voir « jouer un rôle important dans le processus de paix, de réconciliation et de reconstruction en Afghanistan ». Cette main tendue de Pékin à des talibans en mal de reconnaissance internationale est un exercice de realpolitik pour la Chine, inquiète de la sécurité de ses frontières, et en particulier du risque que l’Afghanistan puisse servir de refuge à des combattants islamistes ouïgours.
La délégation des talibans, arrivée à Tianjin, à l’est de Pékin, pour une visite de deux jours mardi 27 juillet, était dirigée par le mollah Abdul Ghani Baradar, numéro deux dans la hiérarchie des talibans. « L’émirat islamique a assuré à la Chine que le sol afghan ne serait pas utilisé contre la sécurité du pays. Ils ont promis de ne pas interférer dans les affaires de l’Afghanistan, mais plutôt d’aider à résoudre les problèmes et d’apporter la paix », a déclaré à l’Agence France-Presse Mohammad Naeem, porte-parole des talibans. Les chefs des « étudiants en religion » semblent pour l’heure se soucier de projeter une image de modération et, à l’égard de Pékin, d’assurer leur grand voisin qu’ils n’ont nullement l’intention d’aller porter le fer dans la plaie du Xinjiang où les musulmans ouïgours sont l’objet d’une intense répression.
«Au vu des commentaires donnés des deux côtés, on constate que les talibans sont conscients des sensibilités de la Chine, notamment sur le fait que des militants ouïgours puissent opérer depuis leur territoire, (… lire l’intégralité)
Avis de tempête sur les relations entre Pékin et l’Union Européenne… Coup sur coup les ambassadeurs chinois en France, en Belgique, en Allemagne et au Danemark se sont vus convoquer pour répondre de sanctions.
De son côté, la Chine a sanctionné 10 personnalités européennes dont l’eurodéputé français Raphael Glucksman, tous coupables aux yeux des autorités chinoises d’être un peu trop sensibles au sort des Ouïghours. Une situation qui a justement incité l’Union Européenne cette semaine à sanctionner quatre dirigeants passés ou actuels du Xinjiang.
La Chine est devenue en moins d’une génération le moteur économique de la planète. Et si ce pouvoir économique, qui, semble-t-il, prime sur le politique et le sociétal, était entre les mains d’un régime dont le seul but serait de développer sa puissance pour continuer d’exister ? Ce documentaire propose de dévoiler le visage réel de la Chine.
Pour la première fois un journaliste-réalisateur français s’est glissé dans un voyage officiel au cœur d’une des régions les plus secrètes de tout le pays : le Xinjiang, une occasion unique de visiter une zone normalement interdite aux touristes car il s’agit de la province la plus instable du pays.