Shata Devarajan

Le CPIA : un outil pour accompagner la relance économique des pays africains

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Shanta Devarajan – Economiste en chef de la Région Afrique

La Banque mondiale publie chaque année le rapport d’évaluation des politiques et institutions nationales en Afrique (CPIA). Dans une interview exclusive, Shanta Devarajan, économiste en chef de la région Afrique à la Banque mondiale, revient sur l’utilité de l’étude et sur les avantages que ses données offrent aux pays africains dans la conjoncture mondiale actuelle.

Pouvez-vous nous présenter le CPIA, sa vocation, sa structuration et ses objectifs ?

Chaque année, le rapport CPIA (Country Policy and Institutional Assessment) de la Banque mondiale évalue la qualité des politiques et des institutions de ses pays membres. Les informations fournies aident à l’allocation des ressources aux pays les plus pauvres, membres de l’Association internationale de développement (AID) [qui fait partie du groupe de la Banque mondiale]. Il convient de préciser que le CPIA ne constitue pas seulement une mine d’informations utiles pour l’allocation de l’aide, mais permet également aux acteurs locaux de suivre l’évolution des politiques économiques et des institutions dans leur pays, et de nourrir un débat national sur ces questions. Il serait d’ailleurs profitable de renforcer notre effort de vulgarisation de son contenu afin d’en faciliter l’accès au maximum d’acteurs de la société civile. Notre but est de favoriser des initiatives, et une appropriation des données par ces acteurs pour permettre une meilleure auto-évaluation. Nous y avons réfléchi lors des CPIA forums organisés les trois années précédentes (atelier réunissant la société civile, les universitaires, le secteur privé et les représentants de gouvernements). Lors de ces forums, nous leur livrons toutes nos informations et nos critères, et les invitons à évaluer leur propre CPIA. Comparer nos résultats donne lieu à des débats très intéressants et fructueux. Nous nous félicitons de constater beaucoup d’enthousiasme de la part de nos partenaires. Beaucoup de pays ont déjà créé leurs cellules CPIA, la Gambie notamment. À partir de Washington, nous avons eu des échanges avec eux par vidéoconférence pour les aider à améliorer leur CPIA. L’enrichissement est mutuel car, de notre côté, cela nous aide à obtenir plus d’informations de première main pour l’élaboration de notre CPIA Nous y incluons les points de vue et analyses endogènes émanant d’acteurs de la société civile (acteurs associatifs, leaders d’opinions, etc.)
En ce qui concerne la structuration de l’étude, nous avons mis en place 16 critères regroupés en quatre clusters (pôles) : la gestion économique, les politiques structurelles (commerce extérieur, finances publiques), les politiques de l’équité (éducation, santé, égalité de genre) et la bonne gouvernance (redevabilité et transparence). Ces critères font l’objet d’un consensus parmi les économistes qui les considèrent comme fondamentaux pour le développement et forment donc le dessein du CPIA. Il y a une échelle d’appréciation de 1 à 6 que nous donnons et des critères à chaque niveau. Notre démarche ne consiste donc pas tant à émettre un jugement de valeur – bien que placer un pays entre 3,1 et 3.2 puisse donner cette impression – que de proposer des classifications pour lesquelles nous nous basons sur des critères concrets.

En dépit d’un contexte économique difficile en Afrique, les experts soulignent, au mieux, une amélioration, au pire, une stagnation dans la majorité des pays. Partagez-vous cette analyse relativement optimiste ?

L’on a constaté que 13 pays ont effectivement amélioré leur notation globale. 5 ou 6 ont été dégradés, et il est important de mettre ce constat en lien avec la crise globale. Là encore, les avis divergent, certains nous disent que l’Afrique n’est pas connectée au marché financier international, et par conséquent, il n’est donc pas surprenant que ce continent ait subi un impact moindre et continue son essor dans cette turbulence. Selon moi, même si la plupart des pays africains ne sont pas directement liés au marché financier, et donc à son récent retournement, ils restent cependant liés et dépendants du marché du commerce international, surtout pour ce qui est des matières premières. Si la crise de l’euro se traduit par une récession plus profonde que celle que l’on a déjà, cette situation va avoir un impact néfaste sur les pays africains, comme on l’a constaté en 2008/2009.

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