Alors que la prix Nobel de la paix 2025 est reçue à Washington, le président américain réaffirme son soutien à la nouvelle présidente par intérim à Caracas, privilégiant la stabilité politique à une transition démocratique incarnée par l’opposition.
Le président de l’Assemblée nationale du Venezuela, Jorge Rodriguez (à gauche), la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, et le ministre de l’intérieur, Diosdado Cabello, lors d’une conférence de presse, au palais Miraflores à Caracas, le 14 janvier 2026. LEONARDO FERNANDEZ VILORIA / REUTERS
Entre les deux femmes, le cœur de Donald Trump ne balance pas. Alors qu’il s’apprête à recevoir, jeudi 14 janvier, l’opposante vénézuélienne Maria Corina Machado, le président américain a réitéré mercredi son soutien sans faille à Delcy Rodriguez, la nouvelle présidente en place à Caracas. A l’occasion d’une conférence de presse à la Maison Blanche, M. Trump a indiqué avoir eu « une longue et géniale conversation » avec Mme Rodriguez qu’il a qualifiée de « personne formidable ».
Le coup est rude pour Mme Machado. L’opposante qui, en octobre 2025, s’est vu attribuer le prix Nobel de la paix est ouvertement évincée de la transition politique en cours au Venezuela. Depuis que, le 3 janvier, les forces d’intervention spéciales des Etats-Unis ont enlevé le président Nicolas Maduro et son épouse, Delcy Rodriguez – qui était une collaboratrice de confiance de M. Maduro – gouverne sous leur contrôle étroit.
Mercredi, elle a confirmé avoir eu avec le président Trump une conversation « longue et courtoise ». Le propos a de quoi surprendre de la part d’une socialiste qui a longtemps vilipendé l’impérialisme états-unien et qui accuse les Américains d’avoir « injustement séquestré » M. Maduro. Les Vénézuéliens s’étonnent eux aussi de la tournure qu’ont prise les événements. « Nous pensions tous que les Américains allaient amener dans leurs valises Maria Corina Machado », résume une jeune opposante interrogée au téléphone.
La réaction du chef de l’Etat à propos de l’enlèvement de Nicolas Maduro, qui ne dit pas un mot des modalités de l’intervention américaine, semble acter une rupture avec la tradition diplomatique française, observe, dans sa chronique, Solenn de Royer, journaliste au service politique du « Monde ».
D’abord un long silence. Et puis un post sur le réseau social X, samedi en fin de journée, près de neuf heures après les frappes américaines sur le Venezuela et l’annonce de l’enlèvement du président Nicolas Maduro, pour se féliciter de la chute de cette « dictature », en souhaitant que la « transition à venir » soit « démocratique ». Mais pas un mot sur les modalités de l’intervention américaine, qui piétine toutes les règles du droit international, et sans doute aussi celles du droit fédéral américain, illustration saisissante de l’impérialisme prédateur de Donald Trump, qui passe de la menace aux actes. Le président français n’a pas été le seul, sur la scène européenne, à se montrer peu disert, loin de la réaction du président du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, qui a « fermement condamné » l’opération américaine : son gouvernement « ne reconnaîtra pas (…) une intervention qui viole le droit international », comme il n’avait pas reconnu le régime de Nicolas Maduro, a-t-il déclaré sur X. Clarté.
La réaction d’Emmanuel Macron, en rupture avec la tradition diplomatique française, a suscité de vives critiques des responsables politiques, notamment à gauche. Mais c’est l’ancien premier ministre Dominique de Villepin qui, dimanche sur BFM-TV, a eu les mots les plus durs, dénonçant une réaction « aveugle, inconsciente des réalités et irresponsable », doublée d’une « logique de soumission et de vassalisation » : « Nous sommes en train de nier notre propre identité historique. » Celui qui avait représenté Jacques Chirac devant le Conseil de sécurité des Nations unies en 2003, pour dire non à l’intervention américaine en Irak, estime que M. Macron a ménagé M. Trump pour ne pas s’aliéner ce dernier dans le dossier ukrainien, à la veille d’une réunion décisive. Mais il a jugé que « ne pas réagir à ce qu’il se passe au Venezuela, c’est s’affaiblir dans la négociation sur l’Ukraine ». C’est aussi ce que pense François Hollande, selon lequel son successeur « ne veut pas se fâcher avec Trump » dans l’espoir d’infléchir ses choix. Mais, regrette l’ancien président auprès du Monde, « c’est ne rien comprendre à Trump », qui « ne respecte que les forts ». Or, tranche-t-il, « Macron ne l’est pas à ses yeux ».
Avant le post du président, le ministre des affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, avait fait entendre une musique différente, affirmant que l’opération américaine « contrev[enai]t » au « principe de non-recours à la force, qui fonde le droit international ». « La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir », a-t-il écrit sur X. Une position calée avec l’Elysée, s’est empressée de faire valoir la présidence, dimanche, laissant entendre que les deux déclarations étaient complémentaires : le rappel des principes d’abord, la préparation de l’après-Maduro ensuite.
Une vidéo montre un homme cagoulé et menotté, sous escorte du FBI, sortant d’un avion à l’aéroport Stewart International, près de New York, où le président vénézuélien devrait être inculpé pour trafic de drogue. Donald Trump affirme que les Etats-Unis vont « diriger » le Venezuela et y installer des compagnies pétrolières américaines.
Selon qu’ils se situent à gauche ou à droite de l’échiquier politique, les leaders des pays du continent ont exprimé leur indignation ou, au contraire, le soutien à l’opération ordonnée par Donald Trump.
Le président cubain Miguel Diaz-Canel prononce un discours en brandissant un drapeau vénézuélien en signe de soutien au dirigeant Nicolas Maduro, à La Havane, le 3 janvier 2026. ADALBERTO ROQUE / AFP
L’Amérique latine s’est réveillée en état de choc, samedi 3 janvier au matin, avec les images des bombardements américains dans la nuit sur le Venezuela, et l’annonce de la capture du président Nicolas Maduro. « C’est un moment historique, que l’on n’avait pas vu depuis l’enlèvement de l’ex-président [Manuel] Noriega au Panama en 1989 par les Etats-Unis, a réagi Carlos Perez Ricart, professeur en relations internationales au Centre de recherche et d’enseignement économiques, à Mexico. Aussi illégitime et répressif que fut le président Maduro, rien ne peut justifier son enlèvement ni une intervention militaire des Etats-Unis. »
La Cour suprême du Venezuela a ordonné à la vice-présidente, Delcy Rodriguez, d’assurer l’intérim du pouvoir, après la capture par les Etats-Unis du président Nicolas Maduro.
La chambre constitutionnelle de la Cour a statué « que Rodriguez assume et exerce en tant que responsable toutes les attributions, devoirs et pouvoirs inhérents à la fonction de présidente de la République bolivarienne du Venezuela afin de garantir la continuité administrative et la défense intégrale de la nation ».
Les juges n’ont pour le moment pas déclaré M. Maduro définitivement absent, ce qui aurait entraîné la convocation d’élections anticipées dans les trente jours.
Delcy Rodriguez a exigé, lors d’une conférence de presse, la libération de Nicolas Maduro, le qualifiant d’« unique président du Venezuela », avant d’assurer que son pays « ne sera la colonie de personne ». Donald Trump avait pourtant affirmé, lors de sa conférence de presse, que Mme Rodriguez avait dit au secrétaire d’Etat américain être prête à coopérer avec les Etats-Unis après l’éviction de Nicolas Maduro.
Caracas est soumis à une forte pression de Washington qui accuse le président Maduro d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic. Ce dernier a évité de confirmer ou de démentir l’attaque terrestre américaine sur des installations portuaires au Venezuela, évoquée par Donald Trump en début de semaine.
Nicolas Maduro lors d’un rassemblement à Caracas, le 1ᵉʳ décembre 2025. JUAN BARRETO / AFP
Le président vénézuélien, Nicolas Maduro, a ouvert une nouvelle porte à un rapprochement avec les Etats-Unis, rappelant qu’il était toujours « prêt » à discuter avec son homologue américain, Donald Trump.
Caracas est soumis à une forte pression de Washington qui a déployé une flottille de guerre dans les Caraïbes et a durci les sanctions pétrolières contre le pays sud-américain, saisissant au moins deux bateaux transportant du brut vénézuélien. Donald Trump accuse le président Maduro d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic que l’intéressé dément, accusant les Etats-Unis de vouloir le renverser pour s’emparer des réserves de pétrole du pays, les plus grandes de la planète.
« Que cherchent-ils ? Il est clair qu’ils cherchent à s’imposer par la menace, l’intimidation et la force », a déclaré Nicolas Maduro, à la chaîne publique VTV lors d’une interview diffusée jeudi 1er janvier, ajoutant qu’il est temps pour les deux nations de « commencer à parler sérieusement, avec des données concrètes ». Lire la suite »
Edmundo González Urrutia had fled to Spain after Nicolás Maduro declared victory in July elections.
Edmundo González Urrutia speaks to an audience during the Europe Forum Breakfast in Madrid on 23 December 2024. Photograph: Luis Soto/ZUMA Press Wire/REX/Shutterstock
Venezuelan authorities have announced a $100,000 reward for information leading to the capture of exiled opposition candidate Edmundo González Urrutia, who insists he beat President Nicolás Maduro at the polls.
He fled to Spain in September after Maduro claimed victory in the 28 July election and cracked down hard on dissent.
González, 75, vowed to return to his troubled, economically distressed country to be sworn in as president on 10 January instead of Maduro, who is due to take the oath of office that day.
Judicial officials told AFP that the wanted poster with González’s face would be displayed at airports and police checkpoints around the country.
Venezuelan opposition members holed up in Argentine embassy call it ‘prison’
Spain granted González asylum on 20 December after Venezuela announced charges of conspiracy and racketeering against him.
Edmundo Gonzalez Urrutia lors d’un meeting politique à Caracas, au Venezuela, le 18 juin 2024. FEDERICO PARRA / AFP
Les eurodéputés ont invité l’UE et les États membres à reconnaître la victoire du candidat de l’opposition et à faire «tout leur possible» pour qu’il puisse «prendre ses fonctions le 10 janvier 2025».
Les eurodéputés ont décidé ce jeudi 19 septembre à Strasbourg de reconnaître l’opposant Edmundo González Urrutia comme «le président légitime, élu démocratiquement, du Venezuela», dans un texte dénoncé par la gauche et le centre comme une collusion entre la droite et l’extrême-droite. La résolution, sans valeur contraignante, a été adoptée à une majorité de 309 voix contre 201, et 12 abstentions.
Dans ce texte, les députés européens condamnent «la fraude électorale orchestrée par le Conseil électoral national contrôlé par le régime» de Nicolas Maduro, et rappellent que l’élection présidentielle de juillet n’a «pas respecté les normes internationales en matière d’intégrité électorale». Ils invitent l’Union européenne et les États membres à reconnaître à leur tour Edmundo González Urrutia comme président légitime du Venezuela, et à faire «tout leur possible» pour qu’il puisse «prendre ses fonctions le 10 janvier 2025».
«Nous, les Vénézuéliens, souhaitons la même chose que les Européens : vivre dans la liberté et la démocratie», a déclaré sur X Edmundo González Urrutia, remerciant le Parlement européen pour ce vote. Tout en dénonçant «l’autocratie du régime Maduro», Raphaël Glucksmann, le leader de la délégation française des socio-démocrates au Parlement européen, a déploré que cette résolution ait été rédigée et soutenue par le groupe de droite du Parti Populaire Européen (PPE), et les deux groupes d’extrême droite des Conservateurs et réformistes européens (ECR), dont fait partie Marion Maréchal qui a soutenu le texte, et des Patriotes pour l’Europe (PfE), auquel appartient le président du Rassemblement national Jordan Bardella. Ce dernier n’a pas pris part au vote, mais le PfE a soutenu le texte.
La cheffe de l’opposition vénézuélienne Maria Corina Machado a déclaré que le départ du candidat de l’opposition, Edmundo Gonzalez Urrutia, pour l’Espagne dimanche était nécessaire pour « préserver sa liberté et sa vie ».
Le président brésilien Lula (premier plan) et le président vénézuélien, Nicolas Maduro, à Brasilia, le 30 mai 2023. UESLEI MARCELINO / REUTERS
Alors que le chef de l’Etat brésilien réitère ses demandes au Vénézuélien Nicolas Maduro de publier les procès-verbaux du scrutin du 28 juillet, la direction du Parti des travailleurs a reconnu la victoire du chavisme.
Faire respecter la norme démocratique sans s’aliéner un allié historique : voilà la difficile équation que tente de résoudre le gouvernement de Luiz Inacio Lula da Silva face à la crise électorale au Venezuela. Depuis la présidentielle du 28 juillet, dont le président, Nicolas Maduro, revendique la victoire avec 51 % des voix, le chef de l’Etat brésilien multiplie les appels au pouvoir chaviste à publier les procès-verbaux des bureaux de vote. Lundi 5 août, encore, Lula signait avec Emmanuel Macron un communiqué en ce sens, disant soutenir « l’aspiration du peuple vénézuélien à une élection transparente ».
Pourtant, six jours plus tôt, l’ex-métallurgiste ne voyait « rien de grave » dans la situation en cours chez son voisin. A cette date, la répression des soutiens du candidat de l’opposition, Edmundo Gonzalez Urrutia, qui assure avoir obtenu 70 % des suffrages, avait déjà fait 11 morts. Au 8 août, le bilan atteignait 24 tués, selon diverses organisations de défense des droits humains.
Les apparentes oscillations du président brésilien peuvent d’abord s’expliquer par l’impératif de ne pas connaître le même sort que les sept pays (Argentine, Chili, Costa Rica, Panama, Pérou, République dominicaine et Uruguay) qui ont vu leurs ambassadeurs à Caracas renvoyés le 29 juillet, après avoir demandé la preuve des résultats.
« Un réel risque de guerre civile »
Car le Brésil mène, avec la Colombie et le Mexique, une coalition de pays dirigés par la gauche espérant pouvoir profiter de leur relative proximité avec le régime chaviste pour trouver une issue aux tensions en cours. Jeudi, les trois pays ont publié un nouveau communiqué conjoint, rappelant qu’il « est souhaitable de permettre une vérification impartiale des résultats, dans le respect du principe fondamental de la souveraineté populaire ».
Exilé aux Etats-Unis, l’ancien président de l’Assemblée nationale s’était proclamé en janvier 2019 « président intérimaire » après la réélection contestée de Nicolas Maduro en 2018. Il est notamment accusé de trahison et d’usurpation de fonction.
L’opposant vénézuélien Juan Guaido, à Caracas, le 14 mai 2019. MARTIN MEJIA / AP
Le parquet vénézuélien a annoncé, jeudi 5 octobre, avoir émis un mandat d’arrêt contre le chef de l’opposition, Juan Guaido. Les procureurs ont été désignés « pour émettre un mandat d’arrêt contre lui et une demande de notice rouge auprès d’Interpol afin qu’il paie pour ses crimes », a déclaré le procureur Tarek William Saab dans une allocution télévisée.
Aujourd’hui exilé aux Etats-Unis, Juan Guaido est notamment accusé de trahison, d’usurpation de fonctions, de blanchiment d’argent et d’association en vue de commettre un crime. « M. Guaido a utilisé les ressources de PDVSA [le géant public pétrolier Petroleos de Venezuela] pour causer des pertes proches ou supérieures à 19 milliards de dollars [18 milliards d’euros] », a déclaré le procureur vénézuélien, qui a dit s’appuyer sur des « révélations » fournies à la presse « par un tribunal fédéral aux Etats-Unis ».
Ancien président de l’Assemblée nationale, Juan Guaido s’était proclamé en janvier 2019 « président intérimaire » du Venezuela après la réélection du président, Nicolas Maduro, en 2018. M. Guaido avait notamment pu compter sur le soutien de Washington, qui avait adopté une batterie de sanctions contre Caracas, dont un embargo sur le pétrole vénézuélien.
Mais, en décembre 2022, Juan Guaido avait finalement été lâché par une partie de ses alliés sur le plan national, qui avaient considéré que son « gouvernement par intérim » n’avait pas atteint son objectif.