Pourquoi l’adhésion de la Palestine à l’ONU s’annonce difficile

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Des manifestants brandissent des drapeaux de l’ONU et des drapeaux palestiniens, lors d’une manifestation contre la décision américaine de couper les fonds de l’ONU destinés aux Palestiniens. Bethléem le 26 septembre 2018. MUSA AL SHAER / AFP

DÉCRYPTAGE – Ce mardi 2 avril, les dirigeants palestiniens ont officiellement relancé la procédure pour devenir membre à part entière des Nations unies.

La Palestine en quête de reconnaissance sur la scène internationale. Ce mardi 2 avril, les dirigeants palestiniens ont officiellement relancé la procédure pour devenir membre à part entière des nations unies. Cette demande, qui date de 2011, a été renouvelée au secrétaire général de l’ONU par Riyad Mansour, l’ambassadeur palestinien à l’ONU. De nombreux observateurs sont sceptiques sur les chances de voir une telle démarche arriver à son terme. La Palestine peut-elle véritablement obtenir gain de cause ? Qu’est-ce qu’une telle adhésion changerait concrètement pour l’ennemi juré d’Israël ?

Cette demande ne date pas d’hier. Le premier à l’avoir formulée fut le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas en septembre 2011. Mais la procédure pour «l’adhésion de l’État de Palestine à l’ONU» n’est jamais arrivée à son terme. Cependant, en novembre 2012, les dirigeants palestiniens avaient fini par obtenir le statut d’observateur. Un statut à part, dont jouit également l’État du Vatican. Sans oublier les cas particuliers de l’Ordre de Malte et de l’Union européenne, eux aussi membres observateurs, mais en tant qu’entités souveraines et non en tant qu’États.

A priori, la procédure d’adhésion d’un État à l’ONU ne joue pas en faveur de la Palestine. Elle suppose en effet une recommandation positive du Conseil de sécurité, dont les cinq membres permanents – Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie – disposent du fameux droit de veto. «Il est probable que les États-Unis utilisent leur veto», estime David Khalfa, co-directeur de l’Observatoire de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient et spécialiste du Proche-Orient. Quand bien même cette première étape serait franchie avec succès, la démarche devrait encore faire l’objet d’une décision de l’Assemblée générale des nations unies à une majorité des deux tiers.

Une façon de légitimer la Palestine ?

En réalité, l’entrée dans l’ONU de la Palestine comme État membre à part entière pose la question de la reconnaissance sur la scène internationale d’un État palestinien. «Les conditions pour devenir membre à part entière de l’ONU sont juridiquement définies, souligne David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (Iris) et spécialiste du Moyen-Orient. Seul un État souverain peut être admis, ce qui requiert des frontières définies et administré par un gouvernement unifié.»

La Palestine remplit-elle ces critères ? David Rigoulet-Roze est sceptique. «Les accords d’Oslo étaient des accords intermédiaires, en attente d’un accord définitif qui ne s’est jamais concrétisé et qui était censé définir précisément des frontières, rappelle-t-il. Par ailleurs, il y a deux entités territoriales distinctes – la Bande de Gaza et la Cisjordanie – avec deux gouvernances distinctes, la gouvernance légale de l’autorité palestinienne ayant été expulsée manu militari de la Bande de Gaza par le Hamas en 2007. Enfin, le problème demeure posé de savoir par quelle autorité la population se sent représentée.»

En un mot, le problème serait moins celui de la légitimité de la demande d’adhésion à l’ONU que celui de sa légalité. Chercheuse en Science politique et en Relations internationales à l’Institut français des relations internationales (IFRI), Amélie Ferey est moins définitive. «Ce sont à peu près les mêmes arguments qu’on oppose à l’Ukraine pour entrer dans l’Otan, argue la spécialiste du conflit israélo-palestinien. Sans compter que le contexte politique pourrait permettre une certaine souplesse vis-à-vis des règles et des critères d’entrée.»

(source: lefigaro.fr)

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