Le ministère de la Défense a suspendu ses achats d’armes auprès de la France, invoquant une « série » d’actions qui « ont porté atteinte à la sécurité d’Israël »
Des manifestants devant l’exposition Eurosatory, un événement mondial pour la défense et la sécurité, à Villepinte, en banlieue parisienne, le 17 juin 2024. (Crédit : Masha Macpherson/AP)
Israël n’a pas officiellement notifié à la France sa récente décision de suspendre tous ses achats d’armes auprès de ce pays, a déclaré lundi au Times of Israel une source française proche du dossier, tout en critiquant les motifs invoqués pour justifier cette mesure.
Un porte-parole du ministère israélien de la Défense avait indiqué dimanche avoir suspendu tous ses achats d’équipements militaires auprès de la France, en réponse à des mesures françaises qui ont « porté atteinte à la sécurité d’Israël », avec notamment l’interdiction faite aux avions israéliens d’utiliser l’espace aérien français pour participer à la guerre contre le régime iranien, confirmant ainsi des informations récemment relayées par la presse israélienne.
Le porte-parole avait évoqué une « tendance persistante » dans les actions de la France qui « ont porté atteinte à la sécurité d’Israël et aux capacités opérationnelles de son industrie de la défense », dont la plus récente est « l’interdiction faite aux avions israéliens transportant des munitions destinées à des opérations contre l’Iran de survoler l’espace aérien français ».
« La France entrave activement le transfert de munitions vers Israël, qui mène des opérations contre l’Iran – un pays dont les missiles balistiques sont capables d’atteindre des villes européennes, y compris Paris », avait déclaré le porte-parole, reprenant les affirmations des responsables israéliens selon lesquelles l’Iran possède de telles capacités.
« L’interdiction française a été imposée malgré une coordination préalable, malgré des explications claires indiquant que les munitions étaient destinées uniquement à l’Iran, et malgré la prise de conscience que cet effort est également crucial pour la sécurité européenne. »
Le porte-parole avait également cité d’autres griefs, notamment le fait que la France ait empêché « des dizaines » d’entreprises de défense israéliennes d’exposer au salon Eurosatory 2024 à Paris et au Salon du Bourget 2025, le gel des licences d’exportation vers Israël et le fait d’avoir mené une initiative des Nations unies l’an dernier au cours de laquelle Paris et d’autres nations européennes ont reconnu un État « palestinien ».
Une visiteuse passant devant le pavillon israélien fermé d’Israel Aerospace Industries (IAI) lors de la 55ᵉ édition du Salon international de l’aéronautique et de l’espace au parc des expositions du Bourget, à Paris, le 16 juin 2025. La France a bloqué l’accès aux stands de cinq fabricants d’armes israéliens au Salon du Bourget pour avoir exposé des « armes offensives », selon une source gouvernementale française. (Crédit : Alain Jocard/AFP)
En conséquence, le directeur général du ministère de la Défense, le général de division Amir Baram, « a décidé de réduire à zéro tous les achats de matériel de défense auprès de la France », a indiqué le porte-parole, précisant que ces achats seraient remplacés par des achats nationaux ou auprès de « pays alliés », dans le cadre d’une stratégie plus large visant à « construire une autonomie totale en matière de défense, sans dépendre de pays peu fiables ».
Selon la source française proche du dossier, les responsables français « ont découvert [cette décision] dans les médias » et « n’en ont toujours pas été informés directement ».
« Nous ne savons pas exactement ce qui est en jeu », a poursuivi la source, se demandant si cette mesure s’appliquait aux contrats existants, si elle prévoyait des exceptions ou si elle s’inscrivait dans un calendrier précis.
Le ministère de la Défense a refusé de commenter ce prétendu manque de communication, réitérant plutôt ses déclarations antérieures selon lesquelles il avait, en collaboration avec le Conseil de sécurité nationale (NSC), informé la ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, « qu’il n’y aurait plus de nouveaux engagements professionnels avec l’armée française ».ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius (à droite), s’entretenant avec la ministre française de la Défense, Catherine Vautrin, lors d’une réunion du Conseil de l’Atlantique Nord en session des ministres de la Défense, au siège de l’OTAN, à Bruxelles, le 12 février 2026. (Crédit : Geert Vanden Wijngaert/AP)
Cette décision « est un signe clair que les relations bilatérales ne sont pas bonnes », a ajouté la source française, tout en notant que l’impact économique est limité, Israël n’étant pas un client important de la France dans le domaine de la défense.
La source a qualifié de « conneries totales » les critiques du ministère de la Défense selon lesquelles les décisions françaises de ces dernières années auraient nui à la sécurité d’Israël, « car nous avons montré à plusieurs reprises que nous nous soucions de la sécurité d’Israël ».
Israël « a oublié de mentionner que nous avons contribué à la défense israélienne lors de la dernière guerre contre l’Iran, en juin », a déclaré la source.
Si la source a refusé de confirmer que la France avait empêché des avions israéliens transportant des munitions destinées à des opérations contre l’Iran d’utiliser son espace aérien dans le cadre de la guerre actuelle – une raison majeure invoquée par le ministère de la Défense pour suspendre ses achats d’armes -, elle a ajouté que même si de telles restrictions avaient été en vigueur, elles n’auraient pas eu d’incidence significative, car « il existe des itinéraires alternatifs » à la disposition d’Israël pour ces vols.
La source a indiqué qu’Israël et les États-Unis avaient été « très insistants » pour que l’Europe participe à la campagne contre le régime iranien, mais que la position de la France, qui consiste à s’abstenir de toute participation offensive, restait inchangée.
« Si être en désaccord avec Israël signifie… ne pas se soucier des intérêts de sécurité [d’Israël], c’est un argument un peu facile », a déclaré la source.
Malgré la montée des tensions, le dialogue entre Israël et la France se poursuit, a ajouté la source, précisant que « nous continuons à avoir des discussions » tant au niveau diplomatique que militaire.