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Patriarche Kirill

Guerre en Ukraine : pourquoi « le discours du patriarche Kirill s’est radicalisé au fil des mois »

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Alors qu’il appelait à la paix il y a un an, le chef de l’Eglise russe a changé de ton, teintant son discours d’une rhétorique de guerre sainte contre « l’Occident dépravé ». La politologue Kathy Rousselet analyse le positionnement et le profil du patriarche de Moscou.

Kathy Rousselet, directrice de recherche à Science Po-Paris, est spécialiste des questions religieuses dans la Russie post-soviétique. Autrice de La Sainte Russie contre l’Occident (Salvator, 172 p., 18,50 €), elle analyse dans un entretien au Monde la position du patriarche Kirill vis-à-vis du Kremlin, notamment depuis le début de la guerre en Ukraine, et le discours toujours plus anti-occidental de l’Eglise russe.

Avez-vous été surprise des accents de guerre sainte des discours de Kirill à propos de l’intervention russe en Ukraine ou de la lutte contre « l’Occident dépravé » ?

En réalité, la première réaction de Kirill à l’invasion de l’Ukraine par la Russie n’a pas été celle-ci. Rappelons que le 24 février 2022, le patriarche, certes sans dénoncer la guerre, a rappelé l’histoire commune des peuples russe et ukrainien, espéré que « cette fraternité » les aiderait à « surmonter les divisions » et invité « le plérôme [l’entièreté] de l’Eglise orthodoxe russe à élever avec insistance les prières ardentes pour le rétablissement le plus rapide de la paix. »

Mais quelques jours plus tard, le ton a changé. Les archives nous expliqueront peut-être précisément un jour pourquoi. Le 6 mars, pour justifier l’injustifiable, il a repris les arguments qui lui sont les plus familiers. Il ne s’agissait pas pour lui de « dénazifier » l’Ukraine, comme l’affirmait Vladimir Poutine ou un autre hiérarque proche de lui et du FSB, le métropolite Tikhon Chevkounov. Son objectif était de lutter contre la globalisation et les valeurs libérales.

Cette rhétorique de Kirill, très proche de celle de mouvements religieux ultra-conservateurs ailleurs dans le monde, est ancienne. La référence à l’homosexualité, par exemple, parle tout particulièrement à la population russe : c’est avec elle qu’a été construite l’opposition à l’Occident dépravé, notamment à partir du début des années 2010. Son discours est enflammé. Il y parle de « combat métaphysique ».

Kirill insiste depuis longtemps sur le devoir messianique de la Russie. Le peuple de la Rous [qui comprend dans ses représentations les peuples russe, ukrainien et biélorusse] aurait une mission dont il devrait rendre compte à la fin des temps. Il parlait en 2009 d’un peuple « porteur de Dieu », une idée qui remonte au moins au XIXe siècle et à Dostoïevski. Le 6 novembre dernier, en droite ligne de ces idées, il a présenté la Russie comme « le pilier et le soutien de la vérité » (en référence à la Première épître de Paul à Timothée, 3 : 15)

Enfin, le discours du patriarche a pris une dimension patriotique aux accents soviétiques, fortement militarisée. Kirill a rappelé combien l’exploit sacrificiel faisait partie du code culturel russe. Dans son sermon du 25 septembre 2022, il est allé jusqu’à dire que « les soldats russes qui mourront dans la guerre en Ukraine seront lavés de tous leurs péchés ». Son discours s’est radicalisé au fil des mois.

 

La rencontre entre le Pape et Kirill en juin annulée

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Le Pape François avec le patriarche Kirill, en 2016.

Dans une interview au quotidien argentin La Nación, publiée jeudi 21 avril, le Pape François a déclaré mettre tout en œuvre pour que cesse la guerre en Ukraine, et a annoncé l’annulation de la rencontre prévue en juin à Jérusalem avec le patriarche de Moscou.

Osservatore Romano

Au quotidien argentin La Nación, François a confirmé qu’il y a «toujours» des efforts pour parvenir à la paix : «Le Vatican ne se repose jamais. Je ne peux pas vous donner les détails car il ne s’agirait plus d’efforts diplomatiques. Mais les tentatives ne cesseront jamais».

François a également évoqué les «très bonnes» relations et une éventuelle rencontre avec le patriarche de Moscou, Kirill. «Je suis désolé que le Vatican ait dû annuler une deuxième rencontre avec le patriarche Kirill, que nous avions prévue en juin à Jérusalem. Mais notre diplomatie a estimé qu’une rencontre entre nous en ce moment pourrait conduire à une grande confusion. J’ai toujours encouragé le dialogue interreligieux. Lorsque j’étais archevêque de Buenos Aires, j’ai réuni chrétiens, juifs et musulmans dans un dialogue fructueux. C’est l’une des initiatives dont je suis le plus fier. C’est la même politique que je promeus au Vatican. Comme vous m’avez peut-être entendu le dire à plusieurs reprises, pour moi, l’accord est supérieur au conflit.»

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Le pape dit au patriarche russe d’éviter « le langage de la politique »

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PHOTO FOURNIE PAR LE MEDIA DU VATICAN, AGENCE FRANCE-PRESSE Le pape François s’entretient avec le patriarche orthodoxe russe Kirill lors d’un appel vidéo sur l’Ukraine.

Cité du Vatican – Le pape François a déclaré que « l’Église ne doit pas utiliser le langage de la politique » au cours d’un appel vidéo sur l’Ukraine mercredi avec le patriarche orthodoxe Kirill, allié du président Vladimir Poutine.

« L’Église ne doit pas utiliser le langage de la politique, mais le langage de Jésus », a affirmé le pape, cité dans un communiqué du Vatican.

Depuis le début de l’offensive de Moscou le 24 février, les chefs des deux Églises ont eu des attitudes foncièrement différentes, le pape se distinguant en multipliant les appels à la paix.

Selon le Vatican, cet entretien a porté sur « la guerre en Ukraine et le rôle des chrétiens et de leurs pasteurs pour tout faire afin de faire prévaloir la paix ».

« Nous devons unir nos efforts pour aider la paix, aider ceux qui souffrent, pour chercher les moyens d’arriver à la paix, pour faire taire les armes », a exhorté le pape.

« Ceux qui paient le prix de la guerre, ce sont les gens, ce sont les soldats russes et les gens bombardés et qui meurent », a affirmé le pape. « La guerre n’est jamais la solution », a-t-il insisté.

Mercredi, lors d’une prière publique, il a demandé à Dieu pardon au nom des humains qui « continuent à boire le sang des morts déchirés par les armes ».

Le patriarche Kirill a de son côté justifié l’opération militaire russe lors d’un sermon le 27 février, y voyant un affrontement contre les « forces du mal » qui « combattent l’unité » historique entre la Russie et l’Ukraine.

Le 13 mars, il a également offert une icône au chef de la Garde Nationale russe (Rosgvardia), en espérant que cette image pieuse « inspire les jeunes combattants » de cette force militaire activement engagée en Ukraine.

Cette attitude a valu à Kirill des protestations d’une partie de son clergé en Ukraine, qui est divisée principalement entre deux Églises orthodoxes, l’une indépendante, et l’autre rattachée au Patriarcat de Moscou.

(source: lapresse.ca)