Patrick Rajaonary
Patrick Ratsimba Rajaonary, politicien et homme d’affaires malgache : « Madagascar n’a pas eu les dirigeants qu’il lui fallait »
« Dans notre culture malgache, on est fataliste, on dit qu’on attend que Dieu nous éclaire et guide nos dirigeants qui, eux, ont toujours joué sur cette manière de penser. » « On ne peut pas développer un pays comme Madagascar en laissant de côté 80% de sa population. » « Est-ce que si Mamy n’avait pas atterri à Maurice en quittant Madagascar, les autorités mauriciennes auraient ouvert une enquête contre lui ? »

Notre invité de ce dimanche est Patrick Ratsimba Rajaonary, businessman, politicien et observateur de la vie politique malgache. En vacances à Maurice pour les fêtes de fin d’année, il a accepté de répondre à nos questions sur l’évolution de la situation politique dans la Grande Ile et, forcément, sur l’arrestation de son compatriote, l’homme d’affaires Maminiaina Ravatomanga, alias Mamy .
O Commençons par les présentations : qui êtes-vous, Patrick Ratsimba Rajaonary ?
— Un Malgache né et élevé en France qui a choisi, à l’adolescence, de revenir vivre à Madagascar. J’étais heureux de revenir à Madagascar, d’une part, parce que comme beaucoup de jeunes Africains à l’époque en France, j’avais subi le racisme et j’estimais que je serais mieux chez moi, et j’ai juré de ne jamais prendre la nationalité française, et j’ai tenu parole, au grand dam de ma famille. J’ai fait une partie de mes études à Madagascar, puis je suis reparti en France pour faire HEC, après je suis rentré en France et je me suis lancé dans le business.
O En commençant par le papier puisque vous avez racheté les Papeteries de Madagascar que vous avez développées.
— Entre autres. J’ai toujours voulu être dans le monde des affaires, tout en étant mon propre patron parce que j’ai un esprit assez rebelle qui ne supporte pas qu’on lui dise quoi faire. J’ai pu racheter cette société étatique malgache et américaine grâce à l’aide d’un ami mauricien que je ne nommerai pas et qui est parti, qui avait une vision pour le développement de cette partie de l’océan Indien. Les papeteries de Madagascar, Pap Mad, sont devenues la seule industrie de ce genre de la région et le fournisseur de papier pour le pays. Par la suite, j’ai eu et réalisé d’autres projets, parfois en collaboration avec Maurice où j’ai siégé sur différents boards. J’ai failli – avec l’appui de sociétés mauriciennes et le soutien de banques de la Malaisie – racheter la cimenterie de Madagascar, mais le projet a capoté parce que le président Didier Ratsiraka n’était pas d’accord avec le fait qu’en tant que président du syndicat des industries de Madagascar, je critiquais sa politique économique.
O Comment est-ce que vous êtes arrivé en politique à Madagascar ?
— À l’époque, je n’étais pas entré en politique, malgré le fait que j’ai été conseiller du Premier ministre de l’époque. Disons que j’étais beaucoup plus un opérateur qui s’intéressait à la vie publique. L’un des gros problèmes de Madagascar c’est que ceux qui ont fait des études – je n’aime pas utiliser le terme intellectuel –, qui ont des valeurs, des idées, une vision du pays et doivent intervenir dans la vie publique, ne le font pas, ne s’expriment pas de façon permanente. Sans être méchant, je dirais que de par notre culture, les Malgaches ont une personnalité cynique qui respecte les aînés, ceux qui détiennent l’autorité et sont dans un louvoiement permanent. La preuve, en 60 ans d’Indépendance, on a eu des crises politiques tous les 15 ans. Lire la suite »