Le milliardaire de 76 ans purgeait, depuis septembre, une peine d’un an de prison pour corruption. Il porte désormais un bracelet électronique pour les quatre mois restants. Après avoir dominé la scène politique avec sa famille pendant plus de vingt ans, le patriarche laisse planer le doute sur son avenir.
Thaksin Shinawatra, ancien premier ministre thaïlandais, à sa sortie de sortie de prison, à Bangkok, le 11 mai 2026. SAKCHAI LALIT/AP
Thaksin Shinawatra n’a pas perdu le sens de la mise en scène. Les cheveux coupés court, en chemisette blanche, l’ancien premier ministre thaïlandais populiste (2001-2006) âgé de 76 ans est sorti, comme prévu, lundi 11 mai de la prison centrale de Klong Prem, à Bangkok, devant des centaines de partisans, dont plusieurs étaient vêtus de rouge, la couleur de son parti. Il a multiplié les longues accolades, serré les mains et pris les roses rouges qu’on lui tendait, avant de se recueillir devant un drapeau thaïlandais pour écouter l’hymne national.
Thaksin (les Thaïlandais désignent les politiciens par leur prénom) s’est ensuite engouffré dans sa Mercedes–Maybach, d’où il a adressé, un long moment, plusieurs saluts traditionnels, les mains jointes, pour remercier ses supporteurs. Cette libération conditionnelle intervient huit mois après son incarcération, le 9 septembre 2025. Il doit maintenant purger les quatre mois restants de sa peine à domicile, avec un bracelet électronique.
Ce retour à la case prison avait parachevé la chute du clan, après un retour spectaculaire au centre du jeu politique qui aura duré deux ans. Rentré en août 2023, après quinze années d’exil – il avait fui en 2008 pour échapper à une condamnation pour malversation, prise illégale d’intérêts et autres accusations de corruption –, Thaksin Shinawatra avait négocié un pacte avec ses adversaires : ses peines étaient réduites à un an de prison en échange du soutien de son parti, le Pheu Thai (« pour les Thaïlandais »), à un gouvernement de coalition. Mais l’intéressé a purgé la plus grande partie de sa peine dans une chambre VIP de l’hôpital de police, en raison d’ennuis de santé, soupçonnés d’avoir été largement exagérés.
Celle dont le père, Thaksin, et la tante, Yingluck, ont tous les deux été chefs de gouvernement avant d’être évincés par l’armée, a été élue première ministre vendredi lors d’un vote au Parlement.
Paetongtarn Shinawatra, la cheffe du parti Pheu Thai, lors d’une conférence de presse, à Bangkok, en Thaïlande, le 16 août 2024. CHALINEE THIRASUPA / REUTERS
Le clan des Shinawatra est de retour au pouvoir à Bangkok. A l’issue d’un vote au Parlement, Paetongtarn – les Thaïlandais désignent leur politicien par leur prénom – a été élue à 37 ans, vendredi 16 août, à la magistrature suprême, par 319 voix sur 493, en remplacement du premier ministre Srettha Thavisin, destitué l’avant-veille. Mère de deux enfants, elle devient ainsi le plus jeune premier ministre de l’histoire de son pays et la seconde femme, après sa tante Yingluck, renversée par l’armée en 2014, à diriger un gouvernement du royaume.
Fille cadette du patriarche de la dynastie, Thaksin Shinawatra, lui aussi détrôné, en 2006, par un coup d’Etat militaire après cinq ans au pouvoir et rentré d’exil en août 2023, Paetongtarn est la présidente du Pheu Thai (Parti pour les Thaïlandais), le parti des Shinawatra. C’est donc le troisième membre de la famille à devenir premier ministre en vingt-quatre ans.
Paetongtarn avait été la favorite du parti dans les sondages durant la campagne des élections de mai 2023 mais sa formation avait terminé en deuxième position, loin de la majorité absolue espérée. L’autre candidat du Pheu Thai, Srettha Thavisin, lui avait été préféré comme premier ministre dès lors que le parti avait choisi de former une coalition avec les vaincus du scrutin, ces mêmes généraux putschistes qui avaient renversé sa tante neuf ans plus tôt…
L’arrangement conclu permit alors le retour d’exil de Thaksin, installé à Dubaï depuis 2008 : un pardon royal lui fut accordé, réduisant à un an les huit ans de prison auxquels il avait précédemment été condamné par contumace dans diverses affaires de corruption. Imposer une Shinawatra au pouvoir aurait cependant été difficile dans la mesure où Thaksin purgeait encore sa peine. Ce dernier semblait en outre vouloir préserver sa fille pour le coup d’après, d’autant que Paetongtarn était perçue comme manquant de maturité et d’expérience.
Retour par procuration
Un an plus tard, le paysage politique est en pleine recomposition à la suite d’une double décision de la Cour constitutionnelle, une institution au service des forces les plus conservatrices du royaume et qui, depuis des décennies, impose ses diktats à la politique thaïlandaise. Elle a d’abord dissous, le 7 août, le parti Move Forward, arrivé en tête des élections de 2023, au motif que ce dernier avait fait campagne en faveur d’une réforme de la loi de lèse-majesté – critiquée par toutes les organisations de défense des droits de l’homme pour les abus et l’instrumentalisation auxquels elle donne lieu dans cette monarchie constitutionnelle où le roi dispose de pouvoirs importants.