Janvier-Février 2026 : 20 milliards d’ariary envolés en seulement un mois au Fonds souverain malagasy (FSM)
Les révélations du Bureau indépendant anti-corruption mettent en cause un directeur général par intérim, un général de division aérienne à la retraite, propulsé à la tête de cette structure stratégique en janvier 2026 par le régime de la Refondation. Une chute aussi rapide que brutale.
Le scandale est d’une ampleur rare. En à peine un mois, près de 20 milliards d’ariary auraient été siphonnés des caisses du Fonds souverain Malagasy (FSM). L’affaire, déclenchée par un soit-transmis du Pôle anti-corruption d’Antananarivo, dévoile un système de gestion chaotique, affranchi des règles les plus élémentaires de la finance publique. L’absence de gouvernance, un conseil d’administration inexistant et une concentration des décisions entre les mains d’un seul homme sont des circonstances qui ont permis au DG par intérim de siphonner les caisses du FSM. Le préjudice global est estimé à 19,44 milliards d’ariary.

Un pouvoir sans garde-fous. Dès sa prise de fonction, en janvier 2026, le nouveau patron du FSM aurait engagé une série d’opérations financières d’envergure, en totale rupture avec les normes en vigueur. Sans cadre formel, sans mécanisme de contrôle, la gestion du fonds s’est rapidement transformée en zone grise. Les enquêteurs du Bianco décrivent un mode opératoire récurrent, notamment le contournement des procédures, le recours à des circuits informels, les décisions prises en dehors de toute validation institutionnelle. Le directeur général par intérim, pourtant limité à la gestion des affaires courantes en l’absence de conseil d’administration, aurait outrepassé ses prérogatives à répétition.
Premier révélateur des dérives : l’acquisition de véhicules, selon le Bianco. Quatre voitures, dont certaines en état d’usure avancée, voire hors service, ont été achetées pour un montant total de 495 millions d’ariary. Des prix jugés manifestement excessifs. Selon les investigations, ces transactions auraient été réalisées via des intermédiaires proches du dirigeant, dans un schéma laissant apparaître des conflits d’intérêts. Un circuit parallèle, opaque, où les liens personnels semblent primer sur les règles de transparence.
Plus massif encore, un second volet concerne des achats auprès de concessionnaires pour un montant de 12,83 milliards d’ariary. Ici, aucune mise en concurrence. Aucun appel d’offres. Les contrats ont été conclus sur simple devis, en violation flagrante des principes qui encadrent la gestion des fonds souverains. Face à l’accumulation d’irrégularités, ces opérations ont été purement annulées. Les fonds ont été remboursés. Les véhicules restitués. Un rétropédalage qui en dit long sur la fragilité juridique des transactions initiales.
Détournement organisé. L’enquête du Bianco met également en lumière un prêt de 5 milliards d’ariary accordé à une société privée. Une décision controversée, tant par le montant que par les conditions. La société bénéficiaire, en difficulté financière, est liée à un membre du personnel du FSM. Problème : cette même personne aurait joué un rôle actif dans la facilitation de l’opération, tout en étant actionnaire de l’entreprise. Une situation de conflit d’intérêts manifeste.
Dans le sillage de ce prêt, des flux financiers suspects ont été détectés. Plusieurs centaines de millions d’ariary auraient transité au profit d’un haut responsable, sans justification apparente. De quoi renforcer les soupçons de détournement organisé. Les dérives ne se limitent pas aux gros montants. Elles s’étendent à l’ensemble de la gestion quotidienne.
Des achats de mobilier de bureau, pour près de 150,6 millions d’ariary, ont été effectués en dehors de toute procédure réglementaire. Certaines livraisons ont même été suspendues sur instruction de personnes non habilitées, signe d’un pilotage désordonné et informel. Des retraits massifs d’espèces, effectués par chèque, sans traçabilité ni pièces justificatives, constituent des faits plus inquiétants. Un fonctionnement qui ouvre la porte à toutes les dérives et alimente les soupçons de détournement de deniers publics.
Face à la gravité des faits, le Bianco a enclenché une offensive judiciaire. L’organisme tente de stopper l’hémorragie et de récupérer les fonds détournés. Six véhicules ont été saisis, selon le Bianco. Des comptes bancaires ont été gelés pour un montant dépassant 15,58 milliards d’ariary. Une stratégie de gel des avoirs destinée à empêcher toute dissipation supplémentaire des fonds publics.
Le 3 avril 2026, huit personnes ont été présentées devant le Pôle anti-corruption d’Antananarivo. Le lendemain, le juge d’instruction a ordonné l’incarcération de six d’entre elles à Tsiafahy et Antanimora. Deux autres ont été placées sous contrôle judiciaire. Les qualifications pénales envisagées sont lourdes, notamment : détournement de deniers publics, abus de fonction, conflits d’intérêts, faux et usage de faux, blanchiment de capitaux.
Le Fonds souverain malagasy, censé être un levier stratégique de développement, apparaît ici comme vulnérable aux dérives en l’absence de garde-fous solides. L’affaire pose, avec acuité, la question de la gouvernance des entreprises publiques, de l’indépendance des organes de contrôle et du respect des règles de transparence.
(source: Rija R. – Midi M/kara)