Concertation nationale : L’initiative du FFKM supplantée par le régime de refondation
Le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison avait fait une annonce relative au lancement des concertations nationales le 20 mai prochain.
On s’achemine vers la tenue de deux concertations parallèles. En effet, dans leur déclaration en date du 30 avril, les chefs d’Églises au sein du Conseil des Églises chrétiennes de Madagascar (FFKM) ont annoncé leur initiative qui consiste à organiser, du 18 au 21 mai prochain, un « Fihaonambe » à Antananarivo. Il s’agirait d’une concertation destinée à consulter les fidèles des Églises chrétiennes par rapport aux affaires internes du FFKM, mais aussi sur la vie politique du pays. Et ce, dans l’objectif d’instaurer les conditions propices à la tenue des concertations nationales afin de sortir le pays de cette impasse politique. Dans leur communiqué, les chefs d’Églises ont exprimé leur disponibilité à diriger les concertations. Cependant, pour le moment, le flou subsiste quant à l’organisation du processus de réconciliation nationale destiné à amener le pays vers une véritable refondation, notamment par la concrétisation des réformes institutionnelles et constitutionnelles, mais aussi et surtout afin de mettre en place toutes les bases et structures nécessaires à la tenue d’élections libres, crédibles et acceptées par tous.
En effet, au lendemain même de cette annonce des chefs d’Églises, le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison avait, lui aussi, fait une annonce relative au lancement des concertations nationales le 20 mai prochain, c’est-à-dire pile au moment de ce « Fihaonambe » du FFKM. S’agit-il d’une simple coïncidence ou d’une initiative délibérée visant à supplanter, voire torpiller, la démarche des chefs d’Églises ? Suite à cette cacophonie, bon nombre d’observateurs s’interrogent sur l’état de la relation actuelle entre le régime de refondation et le FFKM, se demandant
s’il n’y a pas de tension ou de désaccord. En tout cas, dans leur communiqué du 30 avril, les chefs d’Églises ont fait savoir que, mis à part le culte de lancement officiel qui s’est tenu au CCI Ivato le 10 décembre 2025, le FFKM n’a pris part à aucune des concertations qui se sont succédé dans le cadre de ce processus. Pourtant, le 19 novembre 2025, le président de la Refondation de la République de Madagascar, le colonel Michaël Randrianirina, avait mandaté les 4 chefs d’Églises pour diriger le processus de concertation nationale.
Nouvelle crise post-électorale
À cette allure, une concertation entre les deux entités, à savoir l’État et l’Église, s’impose afin d’assurer un processus crédible, véritablement inclusif et non entaché de calculs politiques. Nul n’ignore que, pour assurer la crédibilité de la concertation nationale, une implication entière des chefs d’Églises est nécessaire. Le processus serait voué à l’échec si l’on s’entête à les écarter. Force est d’ailleurs de rappeler que le FFKM a toujours joué un rôle crucial dans tous les processus de résolution des crises qui se sont succédé dans le pays depuis 1991, 2002, 2009 et 2018. D’après les informations, à partir du 20 mai prochain, le régime de refondation va lancer les consultations depuis les bases, à savoir les fokontany et les communes. Ce serait une occasion de recueillir les aspirations de la population. La démarche se poursuivra ensuite dans les districts et les régions. Représentants du secteur privé, membres de la société civile, les coopératives et différentes organisations paysannes, les fonctionnaires, les leaders religieux et toutes les entités regroupant des jeunes sont conviés à y participer. Si l’on s’en tient au calendrier déjà établi par le ministère en charge de la Refondation, la concertation au niveau national devrait avoir lieu d’ici la fin de cette année 2026. Les organisateurs disposent donc d’au moins sept mois pour rectifier les imperfections et mettre en œuvre un processus véritablement inclusif, où l’on verra la participation de toutes les forces politiques du pays, conformément aux recommandations de la SADC et de l’Union africaine. Car, censée conduire à la tenue d’élections libres, transparentes et acceptées par tous, une concertation entachée par une exclusion risquerait d’ouvrir la porte à une nouvelle crise post-électorale.
(source: Davis R – Midi M/kara)
