Daesh
Syrie, vers une nouvelle guerre ?
Quatre mois après la chute de Bachar al-Assad, la terreur se répand dans les villes et villages de Syrie. Les actes de vengeance entre communautés se multiplient, faisant redouter le retour d’une guerre civile.
Bernard Kouchner et Patrice Franceschi : « Si nous laissons la Turquie envahir le Kurdistan syrien, on peut être certain du retour de l’Etat islamique »
Alors que la Turquie multiplie les menaces contre les Kurdes de Syrie, l’ex-ministre des affaires étrangères et l’écrivain Patrice Franceschi demandent à l’Occident, dans une tribune au « Monde », d’adopter une position ferme pour décourager Ankara de lancer une nouvelle opération militaire.
Une fois de plus, nous voilà au Rojava, la patrie charnelle des Kurdes de Syrie. Cette fois, pour fêter avec eux le dixième anniversaire de l’autonomie de leur région conquise en 2012 sur le régime de Damas, lors des « printemps arabes ». Un anniversaire sous haute tension. Si la terre kurde est chauffée à blanc par un soleil implacable, elle l’est davantage encore par les annonces réitérées de la Turquie d’une nouvelle et imminente invasion. Ce serait la quatrième en six ans – et jusqu’à présent, les menaces du président turc, Recep Tayyip Erdogan, ont été toujours suivies d’effet. Tout montre que le dirigeant d’Ankara reste déterminé à en finir avec les Kurdes, tant ils s’opposent avec acharnement à ses projets expansionnistes comme à sa volonté de réinstaller les islamistes sur leur territoire.
Dans chaque ville de l’immense plaine qui court du Tigre à l’Euphrate, ces fleuves mythiques de l’ancienne Mésopotamie, les Kurdes et leurs alliés arabes et chrétiens des Forces démocratiques syriennes (FDS) fêtent cet anniversaire sur fond de désarroi. Si tous se souviennent avec fierté de leur victoire contre Daech [l’acronyme arabe de l’organisation Etat islamique, EI]– quand nous autres, Français, les soutenions pleinement au sein de la coalition internationale –, ils n’en oublient pas pour autant les 36 000 tués et blessés que cela leur a coûté pour vaincre notre ennemi commun. Alors, ils honorent leurs morts avec émotion, mais se demandent quel prix humain il leur faudra encore consentir si, comme à l’automne 2019, nous les abandonnons aux mains de la Turquie, notre allié de l’OTAN qui sait si bien jouer de sa position dans le conflit ukrainien pour nous imposer ses vues immédiates, au détriment de nos intérêts à long terme.
Partout au Rojava, on se prépare avec tristesse mais détermination à une nouvelle guerre meurtrière, dont les prémices sont les innombrables exactions auxquelles se livrent les Turcs depuis leur frontière : bombardement de villages, d’écoles, de cimetières, d’églises et assassinats ciblés de responsables militaires par les drones qui ne cessent de sillonner le ciel. Sept de ces dirigeants, dont une majorité de femmes, ont été tués rien qu’au cours de notre séjour d’une dizaine de jours, fin juillet.
Indifférence
Sur les réseaux sociaux kurdes, ces évènements sont souvent relatés avec un titre teinté d’une ironie tragique, tant ils se déroulent dans l’indifférence du monde entier : « La Turquie achève bien les Kurdes. »
Comment en est-on arrivé là ? Tout avait pourtant bien commencé. Entre la célèbre bataille de Kobané, en 2014, et la chute du califat, fin 2018 – avec l’anéantissement de Rakka, sa capitale, en 2017 –, les territoires conquis sur Daech par les FDS, avec l’appui de la coalition menée par les Américains, s’étaient étendus sur une surface égale à quatre fois celle du Liban. L’été 2019 avait été le point d’orgue de cette épopée libératrice : après des années de combat sans merci, la paix régnait enfin et une nouvelle société s’installait, dirigée par ce qu’on s’était mis à appeler l’« administration autonome du nord et de l’est de la Syrie ».
(source: lemonde.fr)
Maroc : Blinken, le grand absent de la réunion de la Coalition internationale contre Daesh
Antony Blinken, sera le grand absent de la réunion de la Coalition internationale contre Daesh, prévue demain à Marrakech. Le chef de la diplomatie des Etats-Unis, atteint depuis la semaine dernière par la Covid-19, sera remplacé à cet événement par Victoria Nuland, la sous-secrétaire d’Etat chargée des questions politiques, indique ce mardi 10 mai le Département d’Etat dans une note diffusée sur son site. Après le Maroc, la diplomate américaine entamera une visite en France et en Allemagne.
Quelques heures après cette annonce, «Antony Blinken s’est entretenu avec le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita», souligne le porte-parole du Département d’Etat dans un communiqué.
A cette occasion, Blinken a exprimé à son homologue marocain «son regret de ne pouvoir assister à la réunion ministérielle de la Coalition internationale contre Daesh. Le secrétaire d’Etat a remercié le ministre des Affaires étrangères pour l’accueil par le Maroc de la réunion, son engagement dans la lutte contre le terrorisme et son rôle dans la promotion de la sécurité et de la stabilité régionales», ajoute la même source.
A cause de sa maladie, Blinken ne prendra pas part aux entretiens, de ce mardi à la Maison blanche, entre le président Joe Biden et le chef du gouvernement italien, Mario Draghi. C’est Wendy Sherman, la n°2 de la diplomatie des Etats-Unis, qui assistera à ce sommet entre les deux pays, souligne la même source. Antony Blinken s’est contenté d’une réunion virtuelle avec le Premier ministre bulgare, Kiril Petkov.
(source: yabiladi.com/)
L’architecture politique du nouveau Moyen-Orient
Le Moyen-Orient de l’après-guerre contre la Syrie se profile. Tout devrait changer : la Syrie adhérerait à la Coalition militaire conduite par la Russie et serait de facto protégée par elle. Le Liban serait placé sous tutelle conjointe russo-US, mais occupé militairement par la France. L’Iraq remplacerait le Liban en tant que médiateur régional. L’Iran serait admise en Méditerranée.

Moscou et Washington préparent la réorganisation du Levant qu’ils ont dessinée lors de la rencontre de Genève (dite « Yalta 2 »), le 16 juin dernier. Il s’agit de tirer les conclusions de la terrible défaire militaire occidentale en Syrie sans pour autant humilier les États-Unis.
Selon cet accord de paix, la Syrie serait placée en zone russe, tandis que la Liban serait partagé entre Occidentaux et Russes.
Les sommets de Bagdad et du Caire
On se dirige vers un retrait prochain des armées états-uniennes d’Iraq de sorte que ce pays devienne un médiateur, une zone neutre, en lieu et place du Liban. L’Iraq a donc convoqué un sommet à Bagdad avec sept de ses voisins (Arabie saoudite, Égypte, Émirats, Iran, Jordanie, Koweït, Turquie). La France est parvenue à se joindre aux participants à la fois en tant que représentante des Occidentaux et qu’ancienne puissance coloniale.
L’ancien directeur des services secrets iraquiens et désormais Premier ministre, Moustafa al-Kazimi, a montré sa grande connaissance des dossiers régionaux et sa faculté à maintenir l’équilibre entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite. Malgré plusieurs contacts au cours de l’année écoulée et une rhétorique plus conciliante, ces deux puissances ne savent comment régler leurs multiples contentieux, notamment au Yémen.
La réunion de Bagdad a été l’occasion d’afficher une alliance entre le président Abdel Fattah al-Sissi (Égypte) et le roi Abdallah II (Jordanie) pour gérer (et non pas résoudre) le problème Palestinien. Elle a immédiatement été suivie d’une rencontre au Caire des deux chefs d’État avec leur homologue palestinien, le président Mahmoud Abbas. Celui-ci s’est montré d’autant plus conciliant qu’il a conscience que, désormais, aucun pays arabe ne viendra plus au secours de son peuple. Il n’est pas possible de réclamer justice pendant 70 ans tout en trahissant soi-même tous ceux qui vous apportent de l’aide.
La présence française a été interprétée comme l’annonce d’une intervention militaire de Paris après le retrait états-unien. Le président Emmanuel Macron ambitionnerait de déployer des troupes au Liban pour y défendre les intérêts occidentaux alors que le pays passe sous tutelle conjointe des USA et de la Russie.
La Turquie trainait la patte durant tout le sommet. Elle n’entend pas quitter les régions d’Iraq et de Syrie qu’elle a envahies sans encaisser de contrepartie occidentale. Mais elle ne souhaite pas que les mercenaires kurdes, eux aussi alliés des États-Unis, soient traités comme elle. Pourtant, la France continue de penser que les Turkmènes et les Kurdes du Nord de la Syrie pourraient chacun obtenir une forme d’autonomie au sein de la République arabe syrienne. Il semble que la Russie y soit favorable, elle qui est une fédération d’ethnies, mais que Damas ne veuille toujours pas en entendre parler car sa population est intimement mélangée. Avant la guerre, les Turkmènes et les Kurdes n’étaient majoritaires à aucun endroit. Le Rojava, territoire « auto-administré » par les Kurdes de Syrie, n’est qu’une façade masquant la présence militaire états-unienne. Les États-Unis craignent que leur retrait militaire d’Iraq ne signifie la même panique pour leurs Collaborateurs kurdes de Syrie que leur retrait d’Afghanistan pour leurs Collaborateurs pachtouns.
La Syrie était la grande absente du sommet qui bruissait de rumeurs. On aurait vu une délégation syrienne secrète à Washington. Moscou envisagerait de faire adhérer la Syrie à l’Organisation du Traité de Sécurité collective (OSTC) ; l’équivalent russe de l’Otan.
En pointillé, le sommet de Bagdad a été hanté par la question des hydrocarbures en Méditerranée. On a identifié maintenant les champs pétroliers et gaziers. Leur exploitation reste largement impossible car il faut fixer les frontières qui ne l’ont pas été, puis accorder des autorisations à des sociétés capables de forer en profondeur sous une grande quantité d’eau et enfin sécuriser les installations. La répartition entre les pro-USA et les pro-Russie n’est toujours pas clairement établie. Elle dépendra de la docilité de chacun à se fondre dans le moule politique qu’on lui propose.

L’impossible cas du Liban
L’avenir du Liban n’a pas été évoqué à Bagdad, mais il se précise. En théorie, ce pays qui a participé à la guerre contre la Syrie côté occidental, sera le seul où le Pentagone n’appliquera pas la doctrine Rumsfeld/Cebrowski de « guerre sans fin ».
Il semble impossible de réformer la loi électorale actuelle qui divise le pays en multiples circonscriptions liées à chacune des 17 communautés religieuses entre lesquelles le territoire est divisé. Pourtant ce système est à bout de souffle et a montré son inanité. Mais si l’on devait adopter un système démocratique de représentation politique, il ne fait aucun doute qu’Hassan Nasrallah serait élu président de la République et que le Hezbollah serait majoritaire au Parlement. Cela nul ne le veut.
Peut-être pourrait-on cependant toucher au partage du pouvoir entre le président de la République (chrétien), le président du gouvernement (sunnite) et le président de l’Assemblée (chiite). Dans cette optique, le Conseil européen a adopté le 30 juillet un cadre de sanctions contre les leaders politiques libanais qui refuseraient tout changement structurel. Pour le moment, aucune personnalité n’a été désignée, mais cette arme est prête à servir.
La chose est d’autant plus compliquée que, dans l’administration, la division du pouvoir est entre trois super-communautés, mais pas à égalité : 50 % pour les chrétiens, 30 % pour les chiites et 20 % pour les sunnites. Or, la composition de la population n’a cessée d’évoluer depuis la guerre civile des années 80. Aujourd’hui, autant qu’on le sache, les chrétiens ne sont plus que 20 %, les sunnites 35 % et les chiites 45 %. Le président de la République, le général chrétien Michel Aoun, défend ses « prérogatives » bec et ongles, c’est-à-dire la domination historique de sa communauté sur les autres.
Les insolubles contradictions de Daesh et du PKK/YPG

Nous ne comprenons pas ce qui se passe au Nord de la Syrie parce que nous croyons a priori qu’un combat y opposait les méchants jihadistes de Daesh aux gentils Kurdes du PKK/YPG. Or, c’est absolument faux. Cette lutte n’existait que pour limiter leurs territoires respectifs ou par solidarité ethnique, jamais pour des raisons idéologiques ou religieuses.
Par ailleurs, nous ne voyons pas le rôle qu’a joué Donald Trump. La presse passant son temps à insulter le président élu des États-Unis, on ne peut compter sur elle pour analyser et comprendre sa politique au Moyen-Orient élargi. Il a pourtant une ligne directrice claire : la fin de la doctrine Rumsfeld/Cebrowski, héritage du 11-Septembre. Il s’oppose en cela à ses généraux —tous formés sous les mandats Bush Jr et Obama à régenter le monde— et à la classe politique ouest-européenne.
Pour comprendre ce qui se passe, il faut prendre les faits en amont et non pas en aval. Revenons au plan élaboré par le Pentagone au début de l’administration Bush, en 2001 et révélé, deux jours après les attentats du 11-Septembre, par le colonel Ralph Peters dans Parameters [1], la revue de l’Armée de Terre US : le « remodelage » du monde, à commencer par le Moyen-Orient élargi. Ce plan fut confirmé un mois plus tard, par le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, qui nomma son principal concepteur, l’Amiral Arthur Cebrowski, directeur du Bureau de Transformation de la Force. Il fut explicité par l’assistant de ce dernier, Thomas Barnett, en 2005, dans The Pentagon’s New Map [2]. Et illustré par le même Ralph Peters lorsqu’il en publia, en 2006, la carte dans l’Armed Forces Journal du premier épisode : ce que devait devenir le Moyen-Orient élargi [3]. Compte tenu des difficultés rencontrées sur le terrain, elle fit l’objet d’un amendement publié par une chercheuse du Pentagone, Robin Wright, dans le supplément dominical du New York Times [4], en 2013.
Selon ces documents cinq États devaient être démembrés en quatorze entités : la Syrie et l’Iraq, le Yémen, la Libye et l’Arabie saoudite.

- Carte publiée par Robin Wright en 2013, c’est-à-dire un an avant la transformation de Daesh et avant celle du PKK/YPG.
Concernant la Syrie et l’Iraq, ces deux États devaient être divisés en quatre. La carte publiée en 2013 dessine les contours d’un « Sunnistan » et d’un « Kurdistan », tous deux à cheval sur les deux États actuels. L’année suivante, le premier a été créé par Daesh, le second par le YPG. Au moment où cette carte a été publiée, Daesh n’était qu’une minuscule organisation terroriste anti-syrienne parmi des centaines d’autres ; tandis que le YPG était une milice pro-gouvernementale dont les salaires des combattants étaient payés par la République arabe syrienne. Rien sur le terrain ne permettait de prévoir la création du Califat et du Rojava voulue par le Pentagone.
Les Européens à l’ONU demandent l’arrêt de l’offensive turque en Syrie
Erdogan défie la communauté internationale en s’imposant par la force en Syrie
L’action militaire d’Ankara a provoqué un tollé international, plusieurs pays craignant une résurgence de l’EI. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies a eu lieu jeudi.
Les cinq membres européens du Conseil de sécurité de l’ONU ont demandé jeudi à « la Turquie d’arrêter [son] action militaire unilatérale » en Syrie, dans une déclaration à l’issue d’une réunion en urgence à huis clos tenue par cette instance.
A ce stade, France, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni et Pologne n’ont pas réussi à entraîner l’adhésion de l’ensemble de leurs partenaires du Conseil à leur déclaration, selon des diplomates.
Dans leur déclaration, les Européens estiment que l’action militaire turque risque « de favoriser une résurgence de Daech [acronyme arabe de l’EI], qui reste une menace significative pour la sécurité régionale, internationale et européenne ».
Dans une déclaration séparée, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft, a affirmé que, si la Turquie, dans ses opérations, ne protégeait pas « les personnes vulnérables » ou « ne garantissait pas que l’EI n’exploitera pas la situation pour se reconstituer », il y « aura[it] des conséquences ». Elle n’a pas précisé lesquelles.
La diplomate américaine a répété la position de Washington, à savoir que le président Donald Trump, en retirant des militaires du nord de la Syrie, n’avait « en aucune manière endossé » l’offensive turque dans ce pays. « La Turquie a la responsabilité de s’assurer que tous les combattants de l’EI arrêtés restent en prison », a aussi déclaré Kelly Craft.
De son côté, Paris a demandé jeudi une « réunion d’urgence » de la coalition internationale sous commandement américain engagée dans la lutte contre l’EI, « parce que le combat contre Daech risque de reprendre », a déclaré le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur France 2.
(Le Monde)
Afghanistan : la réaction du président Ashraf Ghani aux roquettes tirées sur Kaboul
A la suite des attaques à la roquette survenues dans la matinée du 21 août à Kaboul, premier jour de la fête musulmane de l’Aïd el-Kébir, le président afghan Ashraf Ghani s’est exprimé. «S’ils [les Taliban] pensent que, par des attaques à la roquette, cette nation se rendra, ils doivent revoir leurs plans», a-t-il réagi. «L’Afghanistan est une nation courageuse et forte qui est toujours prête à respecter son indépendance, son honneur et sa tradition islamique», a-t-il ajouté, face aux caméras.
Le président a également affirmé que 93 % de la population afghane souhaitait voir la paix dans le pays et que les forces de sécurité seraient prêtes à traiter cet «incident» comme un autre.
Le 20 août, la Russie a annoncé préparer une rencontre internationale sur l’Afghanistan, décidant d’y convier les Taliban, le mouvement fondamentaliste islamiste. L’ambassadeur d’Afghanistan en Russie, cité par l’agence Interfax, a salué cette initiative, estimant que Moscou souhaitait «utiliser les Taliban contre Daesh» en Afghanistan.
(Russia Today)
Raqqa, la capitale du Califat de l’Etat Islamique libérée
Les forces antidjihadistes soutenues notamment par les États-Unis ont repris ce mardi 17 Octobre le « contrôle total » de Raqqa, chassant Daech de « sa » capitale. Les combattants majoritaires de la coalition anti-daesh, artisans de cette victoire, sont les kurdes syriens. Parmi les questions à suivre est de savoir si leur sort suivra celui réservé à leurs compatriotes d’Irak?
