Mexique

«Une expérience kafkaïenne» : au Mexique, 100 millions d’électeurs appelés aux urnes dimanche pour élire les juges et magistrats

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Fruit d’une réforme constitutionnelle promulguée par l’ex-président Andrés Manuel López Obrador (2018-2024), l’«élection du pouvoir judiciaire» risque de favoriser des candidats sous l’influence des narcotrafiquants, d’après ses détracteurs.

Une vue générale du Palais de Justice Fédéral de San Lazaro à Mexico, au Mexique, le 27 mai 2025. Raquel CUNHA / REUTERS

Près de 100 millions d’électeurs mexicains sont appelés dimanche à élire 881 juges, magistrats et membres de la Cour suprême, un exercice unique au monde destiné à assainir le système judiciaire selon la gauche au pouvoir, soupçonnée par ses adversaires de vouloir une justice à ses ordres. Fruit d’une réforme constitutionnelle promulguée par l’ex-président Andrés Manuel López Obrador (2018-2024), l’«élection du pouvoir judiciaire» risque aussi de favoriser des candidats sous l’influence des narcotrafiquants, d’après ses détracteurs.

La réforme suscite la curiosité à l’étranger et l’inquiétude des milieux d’affaires. «Le Mexique  s’embarque dans l’expérience kafkaïenne d’élire les juges», a ainsi titré lundi le Financial Times, agaçant la gauche au pouvoir. «Les investisseurs craignent qu’une refonte radicale (de la justice) ne rende impossible toute victoire contre le gouvernement», ajoute le quotidien de la City.

En septembre, l’ambassadeur des États-Unis de l’époque, Ken Salazar, s’était également inquiété pour la sécurité des investissements privés américains au Mexique. «L’élection directe des juges représente un risque pour la démocratie au Mexique», avait ajouté l’émissaire de l’ex-président de Joe Biden.

«Meilleure façon d’assainir le pouvoir judiciaire»

Comme son prédécesseur et mentor politique Lopez Obrador, la présidente Claudia Sheinbaum défend l’élection du personnel judiciaire, avec la même conviction qu’elle défend la souveraineté du Mexique face aux pressions du président américain Donald Trump.

«La meilleure façon d’assainir le pouvoir judiciaire, c’est la participation du peuple», a insisté mardi matin la présidente, qui a levé ostensiblement les yeux au ciel en citant la référence à Kafka du Financial Times. «Aux États-Unis, on élit» les juges «dans la plupart des États», a-t-elle rappelé. À la veille de l’élection, la présidente bénéficie d’un taux de popularité de 78% d’après l’institut Demoscopia.

Au total, les Mexicains sont appelés à élire 881 responsables de la base au sommet du pouvoir judiciaire, depuis les neuf membres de la Cour suprême jusqu’à 386 juges de district, en passant par 464 magistrats, d’après l’Institut national électoral (INE). D’autres juges locaux seront élus en 2027.

Les partis n’ont pas participé

Les partis n’ont pas participé à la campagne, rappelle l’INE. Des experts estiment que la Cour suprême de justice pourrait se retrouver dimanche avec une majorité de ses neuf membres favorable au gouvernement. Dans le passé, la Cour suprême a censuré des lois du Mouvement pour la régénération nationale (Morena, gauche) et ses alliés au pouvoir depuis décembre 2018.

L’élection est un défi à l’indépendance de la justice, d’après ses détracteurs. «Cela pourrait augmenter le risque que les candidats (…) cherchent à plaire aux électeurs ou aux parrains de leur campagne afin d’augmenter leurs chances de réélection», a averti dans un rapport Margaret Satterthwaite, rapporteure spéciale des Nations Unies sur l’indépendance des juges et des avocats. Dans un pays frappé par la corruption et la violence criminelle, l’élection augmente aussi la crainte que les juges finissent par être soumis soit à la pression de pouvoir, soit aux menaces des narcotrafiquants.

Parmi les candidats figure Silvia Delgado, une des anciennes avocates du narcotrafiquant Joaquín «el Chapo» Guzmán, qui purge une peine de prison à vie aux États-Unis pour trafic de drogue. Sa candidature à un poste de juge pénal à Ciudad Juarez à la frontière avec les États-Unis a été approuvée par le comité d’évaluation prévu par la réforme.

«Confiance dans la réforme»  Lire la suite »

HighTech – « Golfe d’Amérique » : l’agence AP interdite d’accès indéfiniment au Bureau ovale et à Air Force One

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(© AFP)

La présidence des Etats-Unis a annoncé vendredi que l’agence Associated Press était interdite d’accès au Bureau ovale et à l’avion officiel de Donald Trump, « Air Force One », pour une durée illimitée, en raison de son refus d’appeler le Golfe du Mexique « Golfe d’Amérique ».

Les mesures prises pour restreindre la couverture par AP des événements présidentiels en raison de la façon dont nous évoquons un lieu géographique portent atteinte » à « la liberté d’expression, un pilier de la démocratie américaine et une valeur cardinale du peuple américain », a réagi vendredi soir une porte-parole de l’agence, Lauren Easton, dans une déclaration transmise à l’AFP.

« L’accès de l’Associated Press au gouvernement est crucial pour tous les organismes d’information, dont le Washington Post, afin de fournir à des millions d’Américains un journalisme indépendant basé sur les faits chaque jour », a aussi déclaré une porte-parole du Washington Post.

« L’Associated Press continue d’ignorer le changement de nom géographique légal du Golfe d’Amérique », a écrit de son côté sur X vendredi le chef de cabinet adjoint de la Maison Blanche Taylor Budowich.

« Si le Premier amendement » de la Constitution américaine sur la liberté d’expression « protège leur droit à des reportages irresponsables et malhonnêtes, il ne garantit pas leur privilège d’accès sans entrave à des espaces limités, tels que le Bureau ovale et Air Force One », a-t-il ajouté. Lire la suite »

Guerre commerciale de Trump : la Chine, le Mexique et le Canada annoncent répliquer aux droits de douane américains

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Pékin a déclaré porter plainte contre Washington auprès de l’Organisation mondiale du commerce. Mexico a de son côté a annoncé «des mesures tarifaires et non tarifaires en défense des intérêts» de son pays.

La Chine, le Mexique et le Canada ne comptent pas se laisser faire. Pékin a promis dimanche 2 février de répliquer aux nouveaux droits de douane américains sur ses produits officialisés par Donald Trump, en réaffirmant que les guerres commerciales ne faisaient «pas de vainqueurs». Le président républicain a imposé la veille 10% de taxes supplémentaires à celles déjà existantes sur les biens provenant du deuxième plus important partenaire des États-Unis, derrière le Mexique. Ce dernier, qui absorbe plus de 80% des exportations américaines, se voit quant à lui imposer des droits de douane à 25%. Idem au Canada. De quoi agacer les chefs d’État.

Le commerce sino-américain a représenté environ 500 milliards d’euros sur les 11 premiers mois de 2024 mais la balance est grandement en défaveur des États-Unis, avec un déficit de quelque 260 milliards d’euros sur la période, selon les chiffres de Washington. «La Chine est vivement mécontente et s’oppose fermement» au relèvement des taxes, a fustigé le ministère du Commerce dans un communiqué, en annonçant des mesures «correspondantes pour protéger résolument» les «droits et intérêts» chinois. «Il n’y a pas de vainqueurs dans une guerre commerciale ou une guerre de droits de douane», a assuré le ministère des Affaires étrangères dans un autre communiqué.

«La meilleure voie est de s’associer avec le Canada, et non de nous punir»

Pékin a annoncé porter plainte contre Washington auprès de l’Organisation mondiale du commerce pour ce qu’il a qualifié d’«imposition unilatérale de droits de douane en violation sérieuse des règles de l’OMC». Ces taxes ne sont «pas seulement inutiles à la résolution des problèmes des États-Unis, elles sapent aussi une coopération économique et commerciale normale», a dénoncé le ministère du Commerce. «La Chine espère que les États-Unis vont objectivement et rationnellement regarder et s’occuper de leurs problèmes tels que le fentanyl, plutôt que de menacer à tout bout de champ d’autres pays avec des droits de douane», a-t-il poursuivi.

Pékin «exhorte les États-Unis à corriger leurs pratiques erronées, (…) à faire face à leurs problèmes, à avoir des discussions franches, à renforcer la coopération et à gérer les différences sur la base de l’égalité, du bénéfice et du respect mutuels», toujours selon le communiqué du ministère.

De son côté, le Canada va également mettre en place des droits de douane sur les produits américains en représailles à ceux annoncés plus tôt par le président américain. «Si le président Trump veut inaugurer un nouvel âge d’or pour les États-Unis, la meilleure voie est de s’associer avec le Canada, et non de nous punir», a déclaré le premier ministre Justin Trudeau lors d’une conférence de presse au ton très dramatique.

«Des mesures en défense des intérêts du Mexique»
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Le président mexicain propose aux pays latino-américains de s’émanciper de Washington

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La volonté d’« AMLO » de remplacer l’Organisation des Etats américains par un organisme « vraiment autonome » des Etats-Unis rebattrait les cartes de la géopolitique du continent.

Le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador lors d’une parade, à Mexico, le 16 septembre 2021. ALFREDO ESTRELLA / AFP

Les jours de l’Organisation des Etats américains (OEA) sont-ils comptés ? La question devait être au cœur des débats lors du sommet de la Communauté d’Etats latino-américains et caraïbes (Celac), prévu samedi 18 septembre à Mexico.

Le président mexicain, Andres Manuel Lopez Obrador (« AMLO »), propose de remplacer l’OEA par un organisme « vraiment autonome » de Washington. L’initiative émancipatrice rebattrait les cartes de la géopolitique du continent. Mais elle semble hasardeuse et risquée pour le Mexique, très dépendant de son puissant voisin américain.

L’arrivée, vendredi soir à Mexico, du président vénézuelien, Nicolas Maduro, a créé la surprise alors que sa vice-présidente, Delcy Rodriguez, confirmait, quatre heures plus tôt, qu’elle représentait son pays.

« AMLO » avait accueilli, la veille, en grande pompe le président cubain, Miguel Diaz-Canel, invité d’honneur des festivités patriotiques mexicaines du 16 septembre, une première. L’occasion pour « AMLO » d’appeler son homologue américain, Joe Biden, à « lever l’embargo contre Cuba, car aucun Etat n’a le droit de soumettre un autre pays ». Le président de centre gauche  demande la création d’un nouvel organisme régional qui ne soit « le laquais de personne ». Son offensive diplomatique désavoue l’OEA, dont le siège est à Washington, au nom de « la défense de la souveraineté des nations et de l’équité entre elles » face à l’interventionnisme américain.

(source: Le Monde)

Trump envoie plus de 5.000 soldats à la frontière avec le Mexique

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Répondant aux demandes de Donald Trump, l’armée américaine a annoncé lundi l’envoi de plus de 5.000 militaires à la frontière mexicaine pour bloquer l’entrée sur le territoire d’une caravane de migrants centraméricains fuyant la violence et la misère dans leurs pays.

Un groupe de migrants honduriens arrive au Mexique après avoir traversé le fleuve sur un radeau de fortune, à Ciudad Hidalgo, le 20 octobre 2018. — MOISES CASTILLO/AP/SIPA

« D’ici à la fin de la semaine, nous allons déployer plus de 5.200 soldats à la frontière sud-ouest » qui s’ajouteront aux quelque 2.100 membres de la Garde nationale déjà mobilisés, a affirmé lors d’une conférence de presse le général Terrence O’Shaughnessy. « C’est seulement le début de cette opération », a ajouté le commandant de la zone militaire nord-américaine, en confirmant un chiffre bien plus élevé que les 800 évoqués la semaine dernière.

Cette opération, baptisée « Patriote fidèle », doit permettre de renforcer les postes-frontières du Texas à la Californie et apporter un soutien logistique aux agents du service des douanes et de la protection des frontières (CBP) sur d’autres zones moins bien protégées.

« C’est une invasion de notre pays et notre armée vous attend »

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Mexique : « AMLO » face aux défis de la corruption, de la pauvreté et des tensions commerciales

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Andres Manuel Lopez Obrador, nouveau Président du Mexique

Le 1er juillet 2018 fera date dans l’histoire du Mexique. Andres Manuel Lopez Obrador (« AMLO ») a remporté, dimanche, l’élection présidentielle. La victoire écrasante de l’éternel opposant de 64 ans marque un virage à gauche inédit depuis des décennies. Le pourfendeur de la corruption a annoncé « un changement profond » du pays, avant de rejoindre une immense foule en liesse sur la place principale de Mexico. Des défis colossaux l’attendent pour soigner les maux d’une nation, minée par les inégalités et l’insécurité.

Celui que les Mexicains surnomment « AMLO » est crédité entre 53 % et 53,8 % des suffrages, selon une première estimation officielle à la sortie des urnes. Ses deux principaux adversaires, Ricardo Anaya (22 %), à la tête d’une coalition droite-gauche, et José Antonio Meade (16 %), candidat du Parti révolutionnaire institutionnel (centre, au pouvoir), ont reconnu leur défaite avant même l’annonce des estimations de l’Institut électoral (INE).

 

Les Mayas, de -2600 à 1521, Mexique

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Le Code Maya décrypté

Une fascinante civilisation: du Sud du Mexique, au Belize, au Guatemala, au Honduras et au Salvador.

Les Mayas sont demeurés ignorés des chercheurs jusqu’au début du XIXe siècle. La forêt avait repris ses droits sur la plupart de leurs cités, et, peu après la conquête espagnole, aux XVIe et XVIIe siècles, les prêtres européens avaient brûlé la quasi-totalité des livres (codices) en écorce de figuier laissés par les Mayas. Seuls quatre d’entre eux ont été retrouvés.

C’est une des plus anciennes civilisations d’Amérique : ses origines remontent à la préhistoire. La sédentarisation de populations est attestée, dans l’aire maya, à l’époque archaïque, entre le VIIe et le IIIe millénaire av. J.-C., les villages les plus anciens ayant été retrouvés sur les côtes de la mer des Caraïbes et de l’océan Pacifique. Les premiers indices de stratification sociale remontent à l’époque préclassique ancienne, au IIe millénaire av. J.-C., et se multiplient à l’époque préclassique moyenne, entre 1000 et 400 av. J.-C., avant l’émergence progressive d’États au préclassique récent. D’importantes cités-États mayas des Basses-Terres du sud, telles que Copán, Tikal ou Palenque, connurent leur niveau de développement le plus élevé à la période classique, entre le VIe et le IXe siècle de notre ère, avant d’être rapidement abandonnées entre la fin du VIIIe et du IXe siècle. D’autres cités subsistèrent ou se développèrent alors dans les Basses-Terres du nord ainsi que dans les Hautes-Terres du sud, avant d’entrer en décadence puis d’être quasiment toutes abandonnées ou refondées par les Espagnols peu après la conquête de l’Amérique au XVIe siècle. Les spécificités culturelles mayas ont alors été profondément modifiées par la colonisation espagnole, aboutissant à la culture maya moderne caractérisée par un fort syncrétisme (religieux, notamment).