président Jakov Milatovic

Au Monténégro, le président Milo Djukanovic essuie une sévère défaite après trente ans au pouvoir

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Le vainqueur de la présidentielle est un jeune économiste de 36 ans, Jakov Milatovic, qui a promis de mener le plus rapidement possible dans l’Union européenne ce pays candidat à l’adhésion depuis 2010.

Le président Milo Djukanovic à la sortie de son bureau de vote, à Podgorica, le 2 avril 2023. SAVO PRELEVIC, SAVO PRELEVIC / AFP

Il était considéré comme le plus ancien dirigeant au pouvoir en Europe avec le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko. Alternativement premier ministre et président du Monténégro depuis 1991, Milo Djukanovic, 61 ans, a subi dimanche 2 avril une défaite historique aux élections présidentielles organisées dans ce petit pays des Balkans connu pour sa pénétration mafieuse. Selon les décomptes des organisations non gouvernementales électorales, il a obtenu seulement 40 % des voix.

A sa place a été élu un jeune économiste de 36 ans, Jakov Milatovic, qui a promis de mener le plus rapidement possible dans l’Union européenne ce pays candidat à l’adhésion depuis 2010. « Ce soir est la nuit que nous attendions depuis trente ans. Nous avons dit adieu au crime et à la corruption », a proclamé cet ancien analyste de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement devant ses partisans. Avant le scrutin, ce codirigeant du parti Europe maintenant ! avait expliqué au Monde « vouloir être le premier président vraiment proeuropéen » du Monténégro en étant « un émancipateur qui va bouger les valeurs de ce pays vers l’Europe et l’Occident ».

Son élection marque de fait la fin du pouvoir ininterrompu du sulfureux M. Djukanovic à la tête du Monténégro. Dominant la scène politique locale depuis les années 1990, lorsque ce pays de 600 000 habitants faisait encore partie de la Yougoslavie, cet ancien socialiste s’était transformé en fervent nationaliste dans les années 2000 en menant son pays vers l’indépendance vis-à-vis de la Serbie, obtenue en 2006. Plus petit Etat des Balkans, le Monténégro s’est ensuite transformé sous sa direction en principale plate-forme des redoutables mafias balkaniques, actives notamment dans le trafic de drogues et de cigarettes.

« Régime mafiocratique »

Brutal rappel de ces dérives, la campagne électorale a notamment été marquée par l’arrestation quelques jours avant le second tour du numéro 2 de la police nationale et de plusieurs de ses subordonnés, accusés d’avoir tabassé des citoyens monténégrins pour le compte d’un des clans locaux. Le chef de la police nationale a ensuite été limogé par le gouvernement. « Nous avions jusqu’ici un régime mafiocratique, mais avec l’aide de l’Europe les choses sont en train de changer », promet M. Milatovic, qui s’appuie sur le fait que les preuves de ces tabassages ont été obtenues grâce à l’infiltration de la messagerie cryptée Sky ECC par les polices françaises, belges et néerlandaises.

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La fonction présidentielle reste surtout symbolique, mais la défaite de M. Djukanovic marque l’aboutissement d’un processus commencé en 2020 avec un premier échec de son Parti démocratique des socialistes aux élections législatives, suivi à l’automne 2022 de la perte de la mairie de Podgorica, la capitale. Créé en juin 2022, le mouvement Europe maintenant (…lire l’intégralité)