La nouvelle réalité créée par la guerre en Ukraine implique de rendre l’Allemagne plus sûre et plus résistante, l’Union européenne plus souveraine et l’ordre international plus viable, analyse, dans une tribune au « Monde », le chancelier allemand.
Le chancelier allemand Olaf Scholz, à Kiev, le 16 juin 2022. LUDOVIC MARIN / AFP
La politique commence par la contemplation de la réalité. Surtout quand celle-ci ne nous plaît pas. La réalité, c’est notamment le retour de l’impérialisme en Europe. Nombreux sont ceux qui espéraient que les liens économiques étroits et les interdépendances réciproques nous permettraient d’assurer simultanément notre stabilité et notre sécurité. Cet espoir, Vladimir Poutine l’a anéanti aux yeux de tous avec sa guerre contre l’Ukraine.
En outre, l’état de notre Bundeswehr [l’armée allemande] et des structures de défense civiles, mais également notre dépendance trop forte vis-à-vis de l’énergie russe indiquent que nous nous sommes laissé bercer par un faux sentiment de sécurité. La politique, l’économie et de larges pans de notre société n’étaient que trop disposés à tirer des conséquences importantes de la formule d’un ancien ministre allemand de la défense, formule selon laquelle l’Allemagne n’aurait plus que des amis autour d’elle.
Après le tournant historique qu’a constitué l’attaque de Poutine, rien ne sera plus comme avant. De ce tournant résulte un mandat d’action. Nous devons rendre l’Allemagne plus sûre et plus résistante, l’Union européenne (UE) plus souveraine et l’ordre international plus viable.
La nouvelle réalité, ce sont aussi les 100 milliards d’euros dont nous sommes convenus comme fonds spécial pour la Bundeswehr, et qui marquent le revirement le plus important de la politique de sécurité de l’Allemagne. Nous fournissons à nos soldates et nos soldats le matériel et les capacités dont ils ont besoin pour pouvoir défendre vigoureusement, en cette ère nouvelle, notre pays et nos partenaires de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN). Nous apportons notre soutien à l’Ukraine, et ce tant qu’elle en aura besoin : soutien économique, humanitaire, financier et en matière de livraison d’armes. Parallèlement, nous veillons à ce que l’OTAN ne devienne pas une partie belligérante. Enfin, nous mettons fin à notre dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. Nous avons déjà réduit nos importations de gaz russe de 55 % à 30 %.
Un défi sans précédent
Cela n’est pas chose facile, même pour un pays aussi prospère que le nôtre. Nombre de citoyennes et de citoyens souffrent déjà des répercussions de la guerre, en particulier des prix élevés de l’essence et des aliments. Beaucoup appréhendent leurs prochaines factures d’électricité, de fioul ou de gaz. Par conséquent, le gouvernement fédéral a débloqué des aides financières de plus de 30 milliards d’euros afin de soutenir les citoyennes et les citoyens.
L’ancien Président de Pologne de 1990 à 1995 et fondateur du mouvement Solidarnosc, lors d’une manifestation pro-Union européenne à Gdansk dans le nord de la Pologne le 10 octobre 2021. MATEUSZ SLODKOWSKI / AFP
Pour l’ancien président polonais et fondateur de Solidarnosc, interrogé par LCI, la sécurité mondiale passerait par l’organisation d’un «soulèvement des peuples» qui ont été «annexés» par la Russie.
Ancien président de la Pologne et figure historique de la lutte contre l’URSS, Lech Walesa a exhorté l’Occident à aller plus loin que la libération de l’Ukraine, sous offensive militaire russe depuis fin février dernier. Dans un entretien exceptionnel à LCI vendredi, le fondateur du mouvement Solidarnosc a ainsi appelé également à «libérer la Russie».
«Même si l’Ukraine va gagner cette guerre, dans cinq ans nous allons avoir la même chose, dans dix ans on verra un autre Poutine surgir», a-t-il mis en garde. Pour éviter ce scénario, «aujourd’hui, nous devons forcer ce changement de système politique, ou alors, organiser un soulèvement des peuples» russes, suggère alors l’ancien président polonais.
🗣️ Lech #Walesa, ancien président Polonais "Même si l'Ukraine gagne la guerre, dans 5 ans, nous aurons la même chose, dans 10 ans, on aura un autre #Poutine qui surgira."
À moins d’un changement complet de régime politique à Moscou, la sécurité mondiale ne pourrait donc être assurée que par un démembrement de la Russie actuelle, restée impériale à ses yeux : «On compte 60 peuples qui ont été annexés comme les Ukrainiens aujourd’hui. Il faudrait soulever ces peuples qui ont été annexés par la Russie (…). Il faut soit changer le système politique de la Russie, soit la ramener à une population de moins de 50 millions d’habitants». La Fédération de Russie compte à ce jour 144 millions d’habitants. Lire la suite »
Menace sérieuse ou effet d’annonce ? En pleine invasion russe de l’Ukraine, Moscou multiplie les provocations. Mercredi 6 juillet, Viatcheslav Volodine, le président de la Douma – la chambre basse de l’Assemblée russe – et proche de Vladimir Poutine, a menacé les États-Unis de récupérer l’Alaska.
Ce territoire du nord-est Américain, situé à quelques kilomètres de la Russie, au niveau du détroit de Béring, a été cédé par Moscou à Washington en 1867 pour près de 7 millions de dollars.
Sommet de l’Otan. Un sommet de l’Alliance a débuté mardi soir à Madrid. Une première annonce a été faite. Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a d’ores et déjà assuré que la Turquie avait levé son veto à la candidature de la Suède et de la Finlande. Par le passé, Ankara accusait les deux pays nordiques d’abriter des militants de l’organisation kurde PKK, qu’elle considère comme « terroriste ». Finalement, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a indiqué avoir obtenu la « pleine coopération » des deux pays, après d’intenses tractations.
Les essentiels:
1- la Russie est désignée « ennemi public N° 1 » de l’OTAN;
2- tous les pays vont se ré-armer (1.051 milliards de US$ sur 5 ans). L’Allemagne aura la plus grande armée d’Europe.
« En signe de bonne volonté, les forces armées russes ont accompli les objectifs fixés sur l’île des Serpents et ont retiré leur garnison sur place », a indiqué la Russie.
Capture d’écran Google Maps La Russie annonce son retrait de l’Île des Serpents (Capture d’écran Google Maps)
Cette petite île est devenue emblématique dès le premier jour de l’offensive russe lorsqu’un membre de la petite garnison ukrainienne la défendant a intimé au navire russe réclamant sa reddition d’aller “se faire foutre”. Avant finalement de se rendre.
“Le 30 juin, en signe de bonne volonté, les forces armées russes ont accompli les objectifs fixés sur l’île des Serpents et ont retiré leur garnison sur place”, a indiqué le porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, en assurant que ce geste devait faciliter les exportations de céréales d’Ukraine.
“La Russie ne s’oppose pas aux efforts de l’ONU pour créer un couloir humanitaire permettant d’exporter les productions de céréales d’Ukraine”, a-t-il poursuivi. “Cette décision ne permettra plus à Kiev de faire des spéculations sur une crise alimentaire imminente en disant qu’il est impossible d’exporter des céréales à cause du contrôle total exercé par la Russie sur le nord-ouest de la mer Noire”, a ajouté Igor Konachenkov.
L’armée ukrainienne salue “la libération d’un territoire stratégique”
L’armée ukrainienne a de son côté salué jeudi “la libération d’un territoire stratégique” au sujet de l’île des Serpents. “Je remercie les défenseurs de la région d’Odessa qui ont fait le maximum pour libérer un territoire stratégiquement important”, s’est félicité sur Telegram le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Valeriï Zaloujniï.
L’île des Serpents, située dans le nord-ouest de la mer Noire, près des côtes ukrainiennes et roumaines, a été conquise par Moscou dès le début de l’offensive en Ukraine lancée le 24 février.
L’île a ensuite été visée régulièrement par des frappes de drones et de missiles ukrainiens. La Russie avait assuré ainsi le 21 juin avoir repoussé une “folle” tentative des forces de Kiev de reprendre l’île des Serpents.
Le sommet du G7 s’est poursuivi ce lundi dans le sud de l’Allemagne en Bavière. Au cœur des discussions, la guerre en Ukraine. Les sept pays les plus industrialisés de la planète ont réaffirmé leur aide à Kiev. Ils ont promis de continuer à soutenir le pays dans tous les domaines « aussi longtemps qu’il le faudra ». Présent par visioconférence au sommet ce lundi matin, le président ukrainien Volodymyr Zelensky leur a demandé de faire le maximum pour mettre fin à la guerre avant l’hiver.
Quatre dirigeants européens, dont Emmanuel Macron, se sont rendus à Kiev, jeudi, pour affirmer le soutien de l’UE à l’Ukraine. « Le devoir de la France était de venir et dire : “Nous sommes là” », a souligné le président français, dans une interview diffusée sur TF1.
Selon Londres, la Russie « ne prendra jamais le contrôle » de l’Ukraine
Le chef d’état-major des armées britannique, l’amiral Tony Radakin, a livré une analyse sans concessions sur l’état de l’attaque russe en Ukraine, dans des propos rapportés par l’agence britannique PA, vendredi.
Le président Poutine a utilisé 25 % de la puissance de son armée pour engranger des gains territoriaux minuscules. Toute affirmation comme quoi il s’agit d’un succès pour la Russie n’a aucun sens. La Russie est en train de perdre.
« Elle va peut-être avoir des succès tactiques dans les prochaines semaines », a admis le militaire. « Mais la Russie a déjà perdu sur le plan stratégique », a-t-il affirmé, soulignant que « l’OTAN est plus puissante », a fortiori « la Finlande et la Suède cherchant à rejoindre » l’organisation. Selon lui, la Russie « ne prendra jamais le contrôle de l’Ukraine ».
Près de quatre mois après le début de l’invasion russe, l’armée de Vladimir Poutine « est bientôt à court d’hommes et bientôt à court de missiles sophistiqués », a affirmé M. Radakin.
Ces propos interviennent alors que les forces de Kiev sont en difficulté dans le Donbass (est de l’Ukraine), l’Ukraine ne cessant de réclamer « davantage d’armes lourdes » à ses alliés. Mardi, la vice-ministre ukrainienne de la Défense Anna Maliar a affirmé que son pays n’avait reçu qu’« environ 10 % » des armes dont il a besoin. « C’est dur pour l’Ukraine mais ça va être un long combat », a affirmé M. Radakin.
L’amiral a par ailleurs rappelé le soutien du Royaume-Uni à l’Ukraine, se disant « prêt pour le long terme ». Londres a indiqué mercredi livrer de façon « imminente » des systèmes de lance-roquettes multiples guidés dits GMLRS à l’Ukraine, qui réclame ce type d’armement dont la portée et la précision dépassent celles de l’artillerie russe. « Et nous fournissons aussi des armements antichar, il y a d’autres éléments que nous fournissons et ça va continuer », a assuré M. Radakin.
Crise ukrainienne : Le petit-fils du général De Gaulle dénonce la responsabilité des Etats-Unis et le rôle funeste de l’OTAN
Le 14 juin, l’ambassade de Russie en France a organisé une réception officielle à l’occasion de la Journée de la Russie. L’événement a réuni de nombreux invités parmi lesquels figuraient des diplomates étrangers, des personnalités culturelles ou encore des représentants d’associations de compatriotes. Au nombre des intervenants, le petit-fils du général de Gaulle a exprimé son attachement à l’amitié franco-russe, déplorant les multiples facteurs qui, selon lui, pourraient la détériorer.
Longtemps considéré comme un libéral, l’ex-premier ministre et doublure de Vladimir Poutine au Kremlin se pose aujourd’hui en faucon du régime et réclame le rétablissement de la peine de mort.
Le numéro deux du Conseil de sécurité russe, Dmitri Medvedev, à Moscou, le 27 janvier 2022. YULIA ZYRYANOVA / AFP
« Je les déteste. Ce sont des bâtards et des dégénérés. Ils veulent la mort pour nous, pour la Russie. Et tant que je vivrai, je ferai tout pour les faire disparaître. » Lapidaire, le dernier message de Dmitri Medvedev sur le réseau social Telegram, mardi 7 juin, a le mérite de la clarté, même si un doute subsiste quant à ce « ils » à qui l’ancien président russe voue une haine si farouche. Les Ukrainiens ? Peu probable, le discours public russe persistant à présenter le pays voisin comme ami victime, en quelque sorte, d’un malentendu. Les Occidentaux ? Plus sûrement, tant ce discours est devenu une constante chez l’actuel numéro deux du Conseil de sécurité russe, dont la virulence est proportionnelle à l’image de « libéral » qu’il traînait jusque-là.
Le fil Telegram de M. Medvedev, ouvert seulement en mars (pendant des années, les autorités russes ont tenté de bloquer le service de messagerie avant de renoncer), est plein de ces saillies contre l’Occident « odieux, criminel et immoral » et de mises en garde : « La Russie a assez de puissance pour remettre à sa place tous ces ennemis déchaînés contre notre pays. » Ses références à une confrontation nucléaire sont fréquentes et le responsable du Conseil de sécurité, institution qui a pris de l’importance à la faveur du conflit en Ukraine, demande aussi le rétablissement de la peine de mort.
Etonnant parcours pour un homme qui, parce qu’il était féru de rock et adepte des nouvelles technologies, fut longtemps perçu comme un « pro-occidental » et un libéral. Son passage au Kremlin, entre 2008 et 2012, sera marqué par des promesses – non tenues – d’ouverture politique et de libéralisation économique. Eternelle doublure de Vladimir Poutine, promu président du parti au pouvoir Russie unie depuis 2012, il était ensuite rentré dans le rang et avait récupéré son fauteuil de premier ministre, jusqu’à 2020.
Sa transformation en faucon n’est pas entièrement nouvelle. En octobre 2021, il avait publié un article remarqué, reprenant au mot près les thèses de son mentor sur l’Ukraine pour appeler à « cesser les contacts » avec les dirigeants de ce pays. Il mentionnait notamment « certaines racines ethniques » (juive) …
Lors d’une réunion des dirigeants des Etats membres de l’Organisation du traité de sécurité collective au Kremlin, à Moscou, le 16 mai 2022. ALEXANDER NEMENOV / AP
Ni soutien ni condamnation : telle est la position adoptée par les cinq pays d’Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghizistan et Turkménistan) à l’égard de l’ancien suzerain russe et de la guerre qu’il mène en Ukraine. Fin mai, les services de sécurité du Kirghizistan (GKNB) ont porté plainte contre un ressortissant kirghiz combattant dans les rangs des forces ukrainiennes. Le mois précédent, ces mêmes services avaient averti leurs citoyens de s’abstenir d’exhiber la lettre Z, symbole de l’offensive russe, sous peine de poursuites judiciaires.
Aucun chef d’Etat des cinq pays d’Asie centrale ne s’est affiché, cette année, aux côtés de Vladimir Poutine, lors du défilé du 9 mai, sur la place Rouge, célébrant la victoire sur le nazisme. Le Kazakhstan est allé jusqu’à annuler la parade militaire à domicile, pour la première fois depuis l’indépendance, en 1991.
A la place du traditionnel pèlerinage à Moscou, le président kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, s’est rendu en Turquie pour signer des accords de coopération militaire (dont la construction d’une usine de drones d’attaque ANKA au Kazakhstan) et de développement de corridors logistiques (marchandises et hydrocarbures) contournant le territoire russe. Ce geste a ulcéré en Russie, inspirant une série de déclarations agressives, comme un appel à « dénazifier le Kazakhstan » venant d’un député du Parlement de Moscou.
Au-delà des symboles, les chancelleries d’Asie centrale ont toutes refusé de suivre Moscou dans sa reconnaissance, aux dépens de la souveraineté territoriale de l’Ukraine, de l’indépendance des deux républiques autoproclamées de Donetsk et de Louhansk.
« Les pays d’Asie centrale entretiennent de bonnes relations avec l’Ukraine. Ils sont peinés par ce qui se passe », note Michaël Levystone, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) et spécialiste de cette région. Les deux régimes les plus autoritaires, le Tadjikistan et le Turkménistan, maintiennent une chape de plomb sur le sujet.
En revanche, le Kirghizistan s’est montré défiant envers Moscou,