Chine

Répression des Ouïgours : l’ONU dresse un réquisitoire accablant contre la politique de la Chine au Xinjiang

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« L’ampleur de la détention arbitraire et discriminatoire » de membres de la minorité musulmane dans la région peut constituer « des crimes contre l’humanité », selon le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme publié le 31 août.

Des membres de la minorité musulmane ouïgoure montrent des photos de leurs proches détenus en Chine, lors d’une conférence de presse à Istanbul (Turquie), le 10 mai 2022. OZAN KOSE / AFP

A 23 h 47 le 31 août, treize minutes seulement avant la fin de son mandat, la haut-commissaire aux droits de l’homme, Michelle Bachelet, a publié le rapport tant attendu de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur les droits de l’homme dans la province chinoise du Xinjiang.

Détentions arbitraires, tortures, stérilisations forcées… Les 46 pages du rapport sonnent comme un véritable réquisitoire contre la politique menée par Pékin. Le verdict est sans appel : « L’ampleur de la détention arbitraire et discriminatoire d’Ouïgours et de membres d’autres groupes essentiellement musulmans (…) dans un contexte de restrictions et de privation des droits fondamentaux tant individuels que collectifs peut constituer des crimes internationaux, en particulier des crimes contre l’humanité. »

Pour arriver à cette conclusion accablante, l’ONU dit avoir été informée « fin 2017 » de « disparitions » au Xinjiang, et s’être mise au travail dès 2018. Le rapport est fondé sur les écrits et déclarations des autorités chinoises elles-mêmes, mais aussi sur le travail de chercheurs, sur des images satellites, des informations en libre accès ainsi que sur quarante entretiens approfondis, avec notamment vingt-six personnes ayant été internées ou ayant travaillé dans des camps du Xinjiang depuis 2016.

Témoignages jugés « crédibles »

L’ONU condamne à la fois les fondements juridiques de la politique menée par Pékin – « le système juridique antiterroriste chinois repose sur des concepts vagues et larges » – et sa mise en œuvre. La Chine a longtemps expliqué que les Ouïgours coupables de délits « mineurs » n’étaient pas envoyés en centres de détention mais dans des centres de formation professionnelle. L’ONU fait remarquer qu’aucun des témoignages qu’elle a recueillis n’indique que les « stagiaires » avaient le droit de sortir de ces centres, qu’aucun ne s’était vu proposer une offre alternative, que la plupart avaient auparavant été détenus par la police et qu’ils n’avaient jamais eu accès à un avocat.

Pire : les deux tiers des vingt-six personnes interviewées qui ont été détenues dans ces « centres de formation » ont « reporté avoir subi des traitements qui peuvent aller jusqu’à la torture ». Violences sexuelles notamment, à l’égard des femmes, administration forcée de produits médicamenteux suspects… Ce que les ONG dénoncent depuis des années est confirmé par les témoignages jugés « crédibles

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La Chine connaît la pire vague de chaleur de son histoire, selon ces chercheurs

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Pékin n’avait pas connu une canicule aussi longue depuis 60 ans, et le pays y répond de la pire des manières pour le climat.

WHO La Chine n’a pas connu une telle canicule depuis au moins 60 ans.

ENVIRONNEMENT – « L’intensité, l’impact, l’ampleur et la durée de la vague de chaleur en Chine cet été ont battu tous les records », écrit l’Organisation météorologique mondiale dans un tweet publié ce lundi 22 août. Le pays est frappé par une canicule et une sécheresse extrêmes depuis plus de 70 jours consécutifs, du jamais-vu en Chine.

Depuis que le Centre national du climat chinois a commencé à tenir des registres en 1961, jamais une canicule aussi longue n’avait été répertoriée. Cette semaine, plus de 240 villes ont annoncé des températures supérieures à 40 °C.

100 millions de personnes touchées

De nouveaux records historiques sont tombés dimanche 21 août, notamment dans la province du Sichuan, note Andrew Freedman, journaliste expert des questions climatiques pour le média d’information américain Axios : « Gao a atteint 43,5 °C », « la température record de 41 °C a été enregistrée dimanche à Mianyang », « à Beibei, la température a atteint 45 °C les 19 et 20 août », énumère-t-il.

Le spécialiste ajoute que cette vague de chaleur a également établi des records en termes de portée géographique, puisque près de 40°C ont été enregistrés sur près de 800 000 km² en Chine. « Cela équivaut à la superficie des États du Texas, du Colorado et de la Californie réunis » et touche plus de 100 millions de personnes.

Les chercheurs sont unanimes, cette vague de chaleur n’a pas de précédent : « Il n’y a rien de comparable à la vague de chaleur de l’été 2022 en Chine en termes d’intensité, de durée, d’étendue géographique et de nombre de personnes touchées », a déclaré le météorologue Bob Henson à Axios. Colin McCarthy, expert en sciences atmosphériques, pense même que « l’intensité, la durée, l’ampleur et l’impact combinés de cette vague de chaleur sont sans commune mesure avec ce que l’homme n’a jamais enregistré », écrit-il sur Twitter.

Le plus grand fleuve de Chine à sec

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Taïwan : la Chine annonce la prolongation de ses exercices militaires autour de l’île, en dépit des critiques internationales

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Les manœuvres militaires lancées après la visite de Nancy Pelosi, les plus grandes jamais effectuées autour de Taïwan, devaient prendre fin dimanche. L’armée chinoise n’a pas précisé où se déroulaient les nouveaux exercices, ni s’ils étaient « à tir réel ».

Un homme lit un article de journal concernant les manœuvres militaires autour de Taïwan, à Pékin, le 8 août 2022. NOEL CELIS / AFP

Les manœuvres devaient s’achever dimanche, mais l’armée chinoise a annoncé lundi 8 août, qu’elle poursuivait ses exercices militaires près de Taïwan. « L’Armée populaire de libération (…) continue de mener des exercices pratiques interarmées dans l’espace maritime et aérien autour de Taïwan, en se concentrant sur des opérations conjointes anti-sous-marins et d’assaut en mer », a précisé le commandement du théâtre d’opération est. Il n’a pas précisé dans quelles zones se déroulent ces manœuvres, ni si elles sont « à tir réel ».

La Chine avait fait savoir qu’elle comptait effectuer de nouveaux exercices « à tir réel » jusqu’au 15 août dans la mer Jaune, qui sépare la Chine de la péninsule Coréenne.

L’armée chinoise proche du littoral taïwanais

Pékin a lancé les plus grandes manœuvres jamais effectuées autour de l’île après la visite à Taipei de la présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, Nancy Pelosi, jeudi. L’armée chinoise a envoyé avions de chasse, navires de guerre, drones et missiles balistiques dans ce que les analystes considèrent comme une simulation de blocus et d’invasion de l’île.

Le ministère de la défense taïwanais a dénombré dimanche soixante-six avions et quatorze navires opérant dans le détroit qui sépare la Chine continentale de Taïwan, dont vingt-deux ont traversé la ligne médiane qui coupe en deux cet espace maritime.

Pour prouver à quel point elle s’était approchée des côtes taïwanaises, l’armée chinoise a diffusé ce week-end une photo prise selon elle à partir d’un de ses navires de guerre, où l’on voit un bâtiment de la marine taïwanaise à quelques centaines de mètres seulement. Ce cliché pourrait être le plus proche du littoral taïwanais jamais pris par les forces de Chine continentale. La Chine a aussi envoyé un drone survoler l’île taïwanaise de Kinmen, située à une dizaine de kilomètres de la ville chinoise de Xiamen, obligeant l’armée taïwanaise à tirer des fusées éclairantes, selon les autorités locales.

Le ministère des transports taïwanais avait signalé dimanche midi le retour à la normale de six des sept « zones temporaires de danger » que la Chine avait demandé aux compagnies aériennes d’éviter. « Les vols et les navigations concernés peuvent reprendre progressivement », avait-il précisé.

« Disproportion totale » selon les Etats-Unis
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Visite de Xi Jinping à Hong Kong : la ville « renaît de ses cendres » pour le président chinois

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Hong Kong a surmonté ses défis et « renaît de ses cendres », a déclaré jeudi le président chinois Xi Jinping, à son arrivée dans l’ancienne colonie britannique pour célébrer les 25 ans de son retour sous domination chinoise.

L’activisme diplomatique du Japon face aux réticences de ses voisins d’Asie méridionale à sanctionner la Russie

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A l’issue d’une visite officielle en Indonésie, au Vietnam et en Thaïlande pour amener ces pays à faire chorus avec l’Occident dans la condamnation de Moscou, le premier ministre Fumio Kishida a obtenu de ses homologues la confirmation de leur opposition aux tentatives de changer le statut duo par la force.

Le premier ministre japonais, Fumio Kishida, après une conférence de presse conjointe avec son homologue thaïlandais, Prayuth Chan-ocha, à Bangkok, le 2 mai 2022. SAKCHAI LALIT / AP

La guerre en Ukraine a conduit le Japon, seul pays asiatique du G7, à sortir de sa réserve coutumière lors des crises internationales. Après avoir vivement condamné l’invasion russe, il ambitionne d’apparaître comme le fédérateur d’une Asie « libre et ouverte », « rejetant toute tentative unilatérale de modifier le statu quo par la force ». Le voyage que vient d’effectuer en Asie du Sud-Est le premier ministre, Fumio Kishida, qui a visité successivement l’Indonésie, le Vietnam et la Thaïlande entre le 29 avril et le 1er mai, illustre la volonté de Tokyo d’essayer de rassembler autour du Japon des pays asiatiques aux positions souvent divergentes de l’Occident à propos de la crise ukrainienne.

Tokyo anticipe que la guerre en Ukraine risque d’être l’amorce d’un dérèglement des normes internationales qui, parti d’Europe, ne sera pas sans effet à l’autre extrémité de la planète – ne serait-ce qu’en raison de l’extension du territoire russe jusqu’en Extrême-Orient. Alors qu’en Europe le danger est avant tout russe, pour le Japon il est double : à une Chine aux ambitions hégémoniques s’ajoute une Russie qui « vient de montrer qu’elle peut opérer à la fois à l’ouest et à l’est », a estimé le ministre japonais de la défense, Nobuo Kishi, après les récents exercices de la flotte russe en mer d’Okhotsk, située au nord d’Hokkaido, l’île la plus septentrionale du Japon. Concentrée jusqu’à présent sur le sud-ouest de l’Archipel, face à la Chine, la défense japonaise va devoir renforcer ses positions sous ces latitudes – comme du temps de l’URSS.

« Respecter la souveraineté territoriale »

L’alignement du Japon sur les positions des autres membres du G7, notamment à propos de l’adoption de sanctions économiques lui a valu des mesures de rétorsion du Kremlin, qui a mis fin aux négociations sur le traité de paix entre les deux pays. Celui-ci achoppe depuis plus d’un demi-siècle sur le différend concernant la souveraineté de quatre îles de l’archipel des Kouriles, annexées par l’URSS à la suite de la défaite japonaise de 1945. Mais la détérioration des relations avec Moscou n’est pas, pour l’instant, la préoccupation majeure du premier ministre Kishida

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États-Unis/Chine : l’autre guerre froide ?

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États-Unis/Chine : l’autre guerre froide ? Le dessous des cartes fait un état des lieux de la compétition sino-américaine.

Depuis 2021, Joe Biden et Xi Jinping se font face. La Chine affiche désormais son ambition de prendre la première place dans tous les domaines – économique, militaire, diplomatique, culturel et politique.

« Le dessous des cartes » propose un état des lieux de cette compétition sino-américaine déterminante pour le « monde d’après ». Une confrontation mondiale, avec un centre de gravité clairement identifié dans la zone dite de l’Indo-Pacifique : l’affrontement pourrait-il un jour être militaire, sur la question de Taïwan ?

 

Montée des tensions: La Russie veut contraindre les USA à respecter la Charte des Nations unies

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La Russie et la Chine viennent de demander par écrit aux Etats-Unis de respecter la Charte des Nations Unies et la parole qu’ils ont donné. Cette démarche, dénuée de toute agressivité, remet en question non seulement les fonctionnements de l’Onu, de l’Otan et de l’Union européenne, mais presque toutes les avancées US depuis la dissolution de l’URSS. Elle est évidemment inacceptable pour Washington. Mais l’hyper-puissance US n’est plus ce qu’elle était. Elle va devoir amorcer son retrait.

Le monde actuel est dirigé par les États-Unis d’Amérique et l’Otan qui se présentent comme les seules puissances globales alors que la Fédération de Russie et la République populaire de Chine sont plus puissants qu’eux, aussi bien sur le plan économique que sur le plan militaire.

Le 17 décembre 2021, Moscou a rendu public un brouillon de Traité bilatéral avec Washington apportant des garanties à la paix [1], ainsi qu’un brouillon d’accord pour le mettre en œuvre [2]. Ces documents ne sont pas dirigés contre les États-Unis, ils visent uniquement à leur faire appliquer la Charte des Nations Unies et à respecter leur propres engagements.

Le 23 décembre, lors de la conférence de presse annuelle du président Poutine, une question de la journaliste Diana Magnay de Sky News a donné lieu à une algarade. Vladimir Poutine lui a répondu sèchement que les remarques de la Russie sur le comportement US dataient de 1990 et que Washington non seulement n’en tenait pas compte, mais persistait à aller de l’avant. Désormais, les armes de l’Otan étaient sur le point d’être déployées en Ukraine ce qui constituerait un fait inacceptable pour Moscou [3]. Jamais un dirigeant russe ne s’était exprimé ainsi. Il faut bien comprendre qu’installer des missiles à quatre minutes de vol de Moscou pose une menace extrême et constitue une cause de guerre.

Le 30 décembre, une conversation téléphonique a été organisée entre les présidents Biden et Poutine. La partie états-unienne a émis des propositions pour résoudre la question ukrainienne, tandis que la partie russe a ramené la discussion sur les violations US de la Charte des Nations unies et de la parole donnée.

Les États-Unis envisagent de montrer leur bonne foi en n’accueillant pas l’Ukraine au sein de l’Otan. C’est une manière de voir qui ne répond que marginalement à la question posée et qui n’est susceptible de prévenir la guerre qu’accompagnée de mesures de retrait.

À l’évidence, nous entrons dans une période d’affrontement extrême qui durera plusieurs années et pourra à tout instant dégénérer en Guerre Mondiale.

Dans cet article, nous allons examiner ce conflit dont on ignore tout en Occident.

1- L’extension de l’Otan aux frontières de la Russie

Durant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont délibérément fait peser l’effort maximum sur l’Union soviétique. Entre 22 et 27 millions de Soviétiques sont morts (soit 13 à 16 % de la population) contre 418 000 États-uniens (soit 0,32 % de la population). Lorsque cette boucherie s’est terminée, les États-Unis ont constitué une alliance militaire en Europe occidentale, l’Otan, à laquelle l’URSS a répondu en créant le Pacte de Varsovie. Rapidement, l’Otan s’est révélée être une fédération violant le principe de souveraineté des États énoncé par l’article 2 de la Charte des Nations unies [4], ce que des pays du Tiers-Monde dénoncèrent en 1955 lors de la Conférence de Bandoung [5]. En définitive, l’URSS viola également la Charte des Nations unies en adoptant la Doctrine Brejnev en 1968 et en l’imposant aux membres du Pacte de Varsovie. Lorsque l’URSS fut dissoute et que certains de ses anciens membres créèrent une nouvelle alliance militaire, le Traité de Sécurité collective, ils choisirent d’en faire une confédération dans le respect de la Charte des Nations unies.

Pour être clair sur ce que signifient fédération et confédération, prenons un exemple : durant la guerre de Sécession, les Nordistes formaient une fédération car les décisions de leur gouvernement s’imposaient à tous ses États membres. Au contraire, les Sudistes formaient une confédération car chaque État membre restait souverain.

L’Otan étant une organisation fédérale, Washington et Londres qui la dirigent sont intervenus dans la totalité des États membres. L’Alliance atlantique a organisé des opérations terroristes en Italie allant jusqu’à assassiner le président du Conseil Aldo Moro (opération Gladio). Elle a organisé un coup d’État en Grèce pour renverser le régime démocratique ou financé l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) qui perpétra une quarantaine de tentatives d’assassinat du président Charles De Gaulle [6].

Lorsque le Mur de Berlin et le Rideau de Fer tombèrent, en 1989, les Allemands souhaitèrent réunifier leur nation en un seul pays. Cependant cela signifiait l’extension de l’Otan au territoire de la République démocratique allemande. Dans un premier temps, les Soviétiques s’y opposèrent. On envisagea alors une réunification avec neutralisation du territoire de la RDA. En définitive le Premier secrétaire, Mikhaïl Gorbatchev, accepta l’extension de l’Otan par la réunification des deux Allemagnes à la condition que l’Alliance ne cherche pas à s’étendre à l’Est.

Le chancelier ouest-allemand, Helmut Kohl, son ministre des Affaires étrangères Hans-Dietrich Genscher, et le président français, François Mitterrand, soutinrent ensemble la position russe : l’Otan devait s’engager à ne plus s’élargir à l’Est. Le président états-unien, George H. Bush Sr, et son secrétaire d’État, James Baker, multiplièrent les déclarations publiques et les engagements en ce sens devant tous leurs interlocuteurs [7].

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Russie, Chine, USA : le choc des empires

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Invités: – Pierre HASKI – Chroniqueur international à France Inter et L’Obs – Nicole BACHARAN – Politologue et spécialiste des États-Unis – Clémentine FAUCONNIER – Politologue et spécialiste de la Russie – Alain WANG – Sinologue-enseignant à l’école CentraleSupélec (ECP)

Jusqu’où ira Vladimir Poutine en Ukraine ? Accusé de préparer l’invasion de cette ex-république soviétique désormais pro-occidentale, le chef du Kremlin souffle le chaud et le froid sur ses intentions. Tout en refusant d’exclure formellement une invasion, le président russe juge « positive » la perspective des négociations avec les États-Unis en janvier prochain. 

Après des mois de tensions croissantes entre Moscou, l’Otan et l’Occident, l’invasion de l’Ukraine par les russes semble en effet imminente. Les images de chars alignés et les milliers de soldats russes dans dans la zone laissent en effet peu de doutes. Mais Moscou nie toute intention belliqueuse et affirme que certains soldats sont rentrés. 

Pendant ce temps-là, en Chine, le parti communiste a fait adopté un texte dithyrambique sur ses cent ans d’existence, présentées comme « l’épopée la plus magnifique de l’histoire de la nation chinoise sur des millénaires ». Le président Xi Jinping a profité de cette résolution pour se présenter en héritier incontestable du régime, avec le renforcement à vie de son pouvoir. 

L’armée chinoise effectue en tout cas des « patrouilles de préparation au combat » autour de Taiwan. Et l’île revendiquée par Pékin pourrait vite devenir une véritable poudrière, malgré les mises en garde américaine. La Lituanie, elle, fait déjà face à des tensions diplomatiques avec la Chine. En cause : la décision de Vilnius d’autoriser l’ouverture d’une ambassade taïwanaise de facto sur son territoire.

Enfin, l’Afghanistan, souvent appelé « cimetière des Empires » depuis que les américains, comme les russes et les britanniques avant eux ont échoués. Et la situation dans ce pays est plus que dramatique depuis le départ des troupes US en août dernier. La crise alimentaire que traverse actuellement le pays est décrite comme l’une des pires au monde. Plus de la moitié de la population y est confrontée à la faim, soit plus de 22 millions de personnes. Pour tenter d’échapper à la misère, certains n’hésitent pas à tout vendre, y compris… leurs enfants.

Alors, quel est le véritable projet de Poutine en Ukraine ? Peut-on éviter que la situation à Taiwan explose ? L’Afghanistan peut-elle encore se relever ?

 

 

La Russie prépare le lever de rideau

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La Russie avance à grands pas dans la mise en place des accords de Genève de juin dernier. Elle fait rentrer à nouveau la Syrie dans le concert des nations, se prépare à expulser la Turquie, à réconcilier Israël et l’Iran, prend pied en Afrique et distribue des armes absolues en Asie. Les États-Unis ne sont plus les maîtres du monde. Ceux qui ne suivent pas les bouleversements actuels seront les perdants de la nouvelle ère en préparation.

L’application des conclusions du sommet USA-Russie de Genève (dit « Yalta II »), du 16 juin 2021, se poursuit. Il semble que les concessions faites par Washington à Moscou soient beaucoup plus importantes que l’on a cru. Le président Vladimir Poutine poursuit la remise en ordre du monde non seulement au Moyen-Orient élargi, mais aussi en Afrique et en Asie. Des changement substantiels sont déjà observables en quatre mois. Selon la tradition russe, rien n’est annoncé, mais tout sera révélé en bloc lorsque les choses seront devenues irréversibles.

Les Anglo-Saxons ont accepté leur défaite

Début septembre 2021, les États-Unis ont laissé entendre qu’ils autorisaient le Hezbollah à violer les lois US d’embargo de la Syrie et de l’Iran et à se procurer du fuel iranien via la Syrie. Puis, la Jordanie a rouvert sa frontière avec la Syrie. Enfin, la presse anglo-saxonne a débuté une série d’articles visant à dédouaner le président Bachar el-Assad des crimes dont on l’accusait et à le réhabiliter. Tout a commencé avec un article de The Observer, l’édition du dimanche de The Guardian, titrant « Le paria Assad vendu à l’Ouest comme clé de la paix au Proche-Orient » [1].

De fil en aiguille, Newsweek a carrément affiché le président syrien en couverture sous le tire : « Il est de retour », suivi du sous-titre : « Dans un triomphe sur les États-Unis, le leader syrien Bachar el-Assad réclame une place sur la scène mondiale » [2]. La version informatique de l’hebdomadaire enfonce même le clou avec la légende d’une photographie parlant de l’attaque chimique « présumée » de la Ghoutta, là où les présidents US et français, Barack Obama et François Hollande, avaient accusé nommément le « régime criminel » d’avoir franchi « la ligne rouge ». Adieu donc la rhétorique décennale du « Bachar doit partir ! ».

La défaite militaire que le président Joe Biden avait admise à Genève en juin est désormais assimilée par la presse anglo-saxonne. Le reste de l’Occident ne pourra que suivre.

Le rétablissement de la Syrie sur la scène internationale est en cours : Interpol a pris des mesures correctrices pour mettre fin à sa mise à l’écart, le roi Abdallah II de Jordanie et le cheikh Mohamed ben Zayed des Émirats arabes unis ont fait savoir qu’ils s’étaient entretenus avec le président Assad. Le Haut-commissaire de l’Onu pour les Réfugiés, Filippo Grandi, s’est discrètement rendu à Damas pour discuter, enfin, du retour des expatriés. Les Occidentaux s’y étaient opposés durant une décennie et payaient grassement les pays qui les hébergeaient pour ne surtout pas les laisser retourner chez eux.

Rentrant d’Afrique, le président Erdoğan et son équipe, parlant à la presse à bord de leur avion, ont menacé de renvoyer les ambassadeurs de dix pays dont les États-Unis, la France et l’Allemagne.

La Turquie victime de son double-jeu

Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a présenté à son parlement la reconduction de la mission de son armée pour combattre les terroristes kurdes du PKK en Iraq et en Syrie ; deux pays qu’il occupe illégalement.

Il joue un double jeu : membre de l’Otan, il négocie des armes avec Washington (80 avions de combat F-16 et 60 kits de modernisation de sa flotte), mais il en négocie d’autres avec Moscou auquel il a déjà acheté des S-400 ; un jeu risqué qui touche à sa fin. Washington et Moscou apportent des armes en Syrie et pourraient s’être unis pour remettre Ankara à sa place comme ils le firent, en 1956, avec Londres, Tel-Aviv et Paris lors de l’expédition de Suez. Contrairement aux apparences, la Russie sait qu’elle ne parviendra pas à séparer la Turquie des USA. Elle se bat contre l’armée turque en Libye et en Syrie, se souvient de l’engagement personnel du président Erdoğan en Tchétchénie, et plus généralement de l’opposition entre la Russie et les Ottomans.

L’armée syrienne a clos à son avantage la bataille de Deraa (sud de la Syrie), permettant à la Jordanie de rouvrir sa frontière. Les jihadistes y ont préféré déposer les armes que de se réfugier à Idleb, sous protection de l’armée turque. Désormais, les troupes syriennes se massent devant le gouvernorat d’Idleb occupé (nord du pays), prêtes à libérer leur territoire.

La presse occidentale n’a pas donné d’information sur cette terrible bataille, étant entendu que Deraa n’aurait pas pu être libérée sans le discret retrait d’Israël et des États-Unis. La population, qui a beaucoup souffert, semble pour le moment haïr aussi bien ses compatriotes que ses alliés d’hier qui l’ont abandonnée.

La Turquie se met progressivement tous ses partenaires à dos. Elle rivalise avec les États-Unis et la France en Afrique. Son armée se bat en Libye. Elle dispose d’une base militaire en Somalie, accueille des militaires maliens en formation sur son sol, vend de l’armement à l’Éthiopie et au Burkina, et a signé un accord de coopération avec le Niger (sans parler de sa base militaire au Qatar et de son engagement en Azerbaïdjan).

L’affaire Osman Kavala, du nom de cet homme d’affaire de gauche devenu l’homme de George Soros en Turquie, arrêté en 2017, augure mal. Une dizaine d’États —dont les États-Unis, la France et l’Allemagne— a fait circuler sur les réseaux sociaux une lettre exigeant la libération immédiate du prévenu accusé d’être impliqué dans la tentative de coup d’État militaire du 15 juillet 2016. Le 22 octobre, le président Erdoğan a réagi en apostrophant les ambassadeurs concernés avec son arrogance habituelle : « Est-ce à vous de donner une leçon à la Turquie ? Pour qui vous prenez-vous ? ».

La position personnelle du président Erdoğan semble de plus en plus délicate. Un vent de fronde souffle dans son propre parti politique. Il pourrait être remercié par les siens si les choses tournaient mal pour son pays à Idleb.

Scène de guerre civile à Beyrouth, le 14 octobre 2021.

Le Liban entre lendemain radieux et guerre civile

Le président Joe Biden semble décidé à laisser le Liban à la Russie et à exploiter les réserves de gaz et de pétrole à cheval entre le Liban et Israël. Il a envoyé son conseiller de longue date, l’Israélo-US Amos Hochstein, faire la navette entre Beyrouth et Tel-Aviv. Sa présence atteste l’extrême importance du sujet. Cet officier de Tsahal fut conseiller de Joe Biden lorsqu’il était vice-président des États-Unis. À l’époque, en 2015, il avait déjà géré ce dossier et était presque parvenu à un accord. Il peut réussir, dans la mesure où cet homme d’affaires amoral connaît aussi bien le dossier politique que les contraintes techniques de l’exploitation des hydrocarbures. Il pousse à une exploitation des réserves sans résoudre l’épineuse question des frontières. Les deux pays pourraient exploiter ensemble et se répartir les bénéfices par convention préalable.

Au Liban, les leaders des groupes confessionnels tentent toutes les manœuvres possibles pour conserver leur pouvoir finissant, quitte à détruire l’avenir du pays.

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La Chine affirme que les talibans sont « une force politique et militaire cruciale en Afghanistan »

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Le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, a espéré que les forces du mouvement islamiste puissent « jouer un rôle dans le processus de paix et de reconstruction » du pays lors d’une rencontre à Tianjin.

Le mollah Abdul Ghani Baradar et le ministre chinois des affaires étrangères Wang Yi lors de leur réunion à Tianjin, en Chine, le 28 juillet 2021. LI RAN / XINHUA VIA AP

La photo détonne : trois diplomates chinois en costume sombre sont entourés de neuf dirigeants talibans, en shalwar kameez (longue tunique), turbans et barbe en broussaille. Pas un sourire. La Chine communiste, profondément antireligieuse et engagée dans une répression féroce des minorités musulmanes au Xinjiang, région qui borde l’Afghanistan, où les barbes et autres signes religieux suffisent à faire des habitants des suspects envoyés en camps de « rééducation », est l’un des premiers Etats à tendre la main officiellement à ce groupe islamiste fondamentaliste, dont les derniers succès militaires l’ont propulsé aux portes du pouvoir.

« Les talibans sont une force politique et militaire cruciale en Afghanistan », a déclaré, mercredi 28 juillet, le ministre chinois des affaires étrangères, Wang Yi, ajoutant qu’il espérait les voir « jouer un rôle important dans le processus de paix, de réconciliation et de reconstruction en Afghanistan ». Cette main tendue de Pékin à des talibans en mal de reconnaissance internationale est un exercice de realpolitik pour la Chine, inquiète de la sécurité de ses frontières, et en particulier du risque que l’Afghanistan puisse servir de refuge à des combattants islamistes ouïgours.

La délégation des talibans, arrivée à Tianjin, à l’est de Pékin, pour une visite de deux jours mardi 27 juillet, était dirigée par le mollah Abdul Ghani Baradar, numéro deux dans la hiérarchie des talibans. « L’émirat islamique a assuré à la Chine que le sol afghan ne serait pas utilisé contre la sécurité du pays. Ils ont promis de ne pas interférer dans les affaires de l’Afghanistan, mais plutôt d’aider à résoudre les problèmes et d’apporter la paix », a déclaré à l’Agence France-Presse Mohammad Naeem, porte-parole des talibans. Les chefs des « étudiants en religion » semblent pour l’heure se soucier de projeter une image de modération et, à l’égard de Pékin, d’assurer leur grand voisin qu’ils n’ont nullement l’intention d’aller porter le fer dans la plaie du Xinjiang où les musulmans ouïgours sont l’objet d’une intense répression.

« Au vu des commentaires donnés des deux côtés, on constate que les talibans sont conscients des sensibilités de la Chine, notamment sur le fait que des militants ouïgours puissent opérer depuis leur territoire, (… lire l’intégralité)