Education
À Harvard, ouverture d’un procès pour discrimination anti-Asiatiques
Une association d’«étudiants pour des admissions justes» reproche à l‘université du Massachusetts de maintenir volontairement un plafond de verre pour les étudiants asiatiques. Le procès s’est ouvert lundi à Boston.

Harvard discrimine-t-elle les étudiants d’origine asiatique? Le processus d’admission de la prestigieuse université américaine est au cœur d’un procès qui s’est ouvert lundi à Boston, avec dans le viseur la politique de «discrimination positive» des universités américaines dénoncée par les conservateurs. Les débats se sont ouverts au tribunal fédéral de Boston devant la juge Allison Dale Burroughs. Ils sont censés durer environ trois semaines, détaillant tous les aspects d’un dossier qui a toutes les chances de remonter jusqu’à la Cour suprême.
Conférence souveraine CCI-Ivato 25 Octobre 2018
Lanonam-pamaranana ny « Conférence souveraine » teny amin’ny Centre de Conférence Internationale d’Ivato, fikaonan-dohan’ireo kandidàn’ny fifidianana ho Filoham-pirenena (Décembre 2018).
Fandraisam-pitenenan’ny Filoha teo aloha Didier Ratsiraka.
La révolte des Germains contre Rome: Arminius
1- Barbares contre Rome
2- La bataille de Varus
3- PAX Romana
4- Sous le signe de la Croix
The Germanic Revolt Against Rome : Arminius
José Andrianoelison: un technicien qui veut développer le pays

Ancien ministre de la Production Agricole et de la Réforme Agraire, ancien conseiller du président Didier Ratsiraka et de l’ancien Premier ministre Jean Ravelonarivo, José Michel Andrianoelison est l’un des 36 candidats à la course à la Présidence pour le 7 novembre prochain.
Technicien, c’est un homme qui ne veut pas mêler politique et développement [ancien du Lycée Jean Joseph. J.J. Rabearivelo]. Mais puisqu’à Madagascar tout dépend de la politique, il veut prendre cette responsabilité pour appliquer sa vision du développement. Portrait.
Né à Morondava, José Andrianoelison est le 5e d’une fratrie de 8 enfants. Marié, il a 3 enfants. Son père était brigadier de police, puis a gravi différents échelons pour devenir commissaire principal de police. Quant à sa mère, elle était infirmière. Il a grandi en suivant ses parents affectés dans les régions de la Grande Île. Il a alors effectué son cursus général à Mahamasina, puis au lycée Rabearivelo, avant de poursuivre ses études en France. Avec comme hobby principal le basket, José Andrianoelison s’y est donné à fond. Il a participé aux matchs de l’OSSUM, devient champion d’Antananarivo dans la section « cadet » en 1972, puis « junior » en 1973. En France, il ne rate pas les rencontres nationales sportives, et remporte la médaille avec l’Ecole Polytechnique lors des championnats des Grandes Ecoles Militaires en 1977 à Lyon. Car José Andrianoelison a obtenu une bourse d’études pour l’Ecole Polytechnique, et de continuer à l’Ecole Nationale du Génie Rural des Eaux et des Forêts. Ses diplômes en poche, il revient au pays. Il intègre alors le ministère du Développement rural dans les années 80, devient conseiller du président Didier Ratsiraka pour les questions agricoles en 1984 puis ministre de la Production agricole et de la Réforme agraire de 1985 à 1991.
Officier du Mérite Agricole de la République Française
José Andrianoelison a donc préféré retourner au pays après ses études en France pour apporter son savoir-faire technique au pays. Il peut ainsi parler fièrement des projets qu’il a menés ou dont il a été le coordonnateur, comme le projet de sucrier d’Analaiva, financé par la Banque Africaine de Développement, l’Agence Française de Développement et la République populaire de Chine de 1981 à 1984. Il s’agit d’une plantation de cannes à sucre sur 2 400 hectares de terrain pour une usine d’une capacité de production de 22 000 tonnes de sucre par an. Il y a eu également la coordination des réformes soutenues par le Crédit d’Ajustement du Secteur Agricole octroyé par l’IDA (Banque Mondiale): libéralisation du commerce du riz, diminution des interventions de l’Etat dans la commercialisation des produits d’exportation agricoles. José Andrianoelison a également apporté ses compétences à l’étranger, notamment en devenant consultant indépendant intervenant sur des projets financés par des bailleurs de fonds dans plusieurs pays d’Afrique. En 1993, il était membre de la mission de supervision du projet d’aménagement du bassin de l’Ananbe, au Sénégal. En 1994, il était membre d’une mission de préparation du projet d’aménagement des bassins versants des îles du Cap-Vert. La même année, il travaillait aussi au Gabon dans la filière hévéicole. De 2002 à 2014 en France, il était consultant indépendant par intermittence pour le compte de bureaux d’études, ou de particuliers, mais aussi enseignant en Mathématiques et réceptionniste de nuit. De mai 2013 à mars 2016, il est devenu actionnaire et manager délégué de la Sarl Webdatis, une agence en télémarketing, traitement de données informatiques et ingénierie web.
Avec toutes ses expériences, José Andrianoelison a été fait Officier du Mérite Agricole de la République Française.
Lutter contre l’insécurité
En étant candidat à la présidence de la République de Madagascar, pour l’ élection du 7 novembre prochain, José Andrianoelison se veut pragmatique. « Pour moi, la priorité des priorités c’est la lutte contre l’insécurité » dit-il fermement. Une analyse très juste pour peindre la situation qui prévaut actuellement dans le pays. Selon lui, plus personne n’est à l’abri de l’insécurité. Que ce soit les petites gens, puisqu’aujourd’hui même les citoyens moyens sont victimes de kidnapping, les paysans toujours en proie aux « malaso », les riches entrepreneurs qui ne peuvent plus faire un pas dehors sans avoir à craindre les kidnappings. En somme, c’est toute la population qui vit dans la terreur de l’insécurité. Et pourtant, que peut-on produire dans cette insécurité ambiante? De même, il est essentiel pour lui que Madagascar puisse être indépendant dans sa gouvernance, dans ses prises de décision. « On se concerte avec le peuple, et on décide » dit-il. « Je ne vais pas vous raconter une utopie. Les choses ne vont pas changer d’un coup de baguette magique, mais le changement, on peut le faire » dit-il. Car bien sûr, tous les secteurs sont mis à mal, de l’éducation aux accès aux soins de base. « Il est temps de mettre en place un technicien« .
Anjara Rasoanaivo (Midi Madagasikara)
Interview José Andrianoelison Radio Ravinala Manakara 28-08-18
José Andrianoelison a exposé les raisons de sa candidature à l’élection présidentielle. Il a présenté au cours de cette émission quelques points essentiels de son projet de société.
The Jeannot Rabeson Group (Madagascar) – Zamanyé
Jazz – Concert à l’Ile de la Réunion
De gauche à droite: Piano: Jeanot Rabeson; Chant: < Ella et Lalao Rabeson; Guitare Basse: Eddy Rabeson; Batterie: Tony Rabeson; Saxophone: Feat. Richard Raux
Lyriques de chansons traditionnelles malagasy sur fond musical de Jazz
In Memoriam à Jeanot Rabeson
Ouragans, typhons et cyclones: Formation
La Floride a été frappée par Michael, l’ouragan le plus puissant jamais observé dans cet état américain, le 10 octobre 2018. Depuis les années 2000, les ouragans, les cyclones tropicaux et les typhons battent régulièrement des records de puissance. C’est le cas d’Irma, en 2017, le cyclone le plus puissant jamais enregistré dans l’Atlantique, ou du typhon Haiyan, considéré comme le plus puissant a jamais avoir touché terre, en 2013. Les données récoltées depuis les années 1970, c’est-à-dire depuis que l’on utilise les satellites pour observer ces phénomènes climatiques, ne permettent pas de constater qu’il y a plus d’ouragans qu’auparavant. En revanche, les météorologues s’accordent pour dire que le réchauffement climatique intensifie leur puissance. En effet, les cyclones ont besoin d’eau chaude pour grossir. Le réchauffement actuel des océans leur offre donc plus de carburant. Explication en vidéo avec l’aide de François Gourand, météorologue de Météo-France.
(Le Monde)
Vatican: Pour M. Raymond Ranjeva, le racisme est un concept de discrimination (Part 3 et fin)
Il a été organisé à Rome du 18 au 20 septembre 2018, la Conférence internationale sur la xénophobie, le racisme et le nationalisme populiste dans le contexte des migrations mondiales. Cette conférence a été une initiative du Dicastère pour le Service du Développement Humaine Intégral et Conseil Œcuméniques des Eglises, COE, en collaboration avec le Conseil pontifical pour l’Unité des Chrétiens.

La problématique de la migration contemporaine trouve son ancrage dans l’instauration d’une gouvernance mondiale. Par ailleurs, l’Eglise dans sa doctrine sociale propose la voix de la reconstruction de la société sur pied de valeurs de justice, de vérité et de solidarité pour la paix et la fraternité. C’est en somme ce que M. Raymond Ranjeva souligne dans la suite de sa réflexion en rapport à la Conférence internationale sur la xénophobie, le racisme et le nationalisme populiste dans le contexte des migrations mondiales.
Les enjeux de pouvoirs, a-t-il estimé, affectent les deux visages du pouvoir politique : le pouvoir politique de décision et le pouvoir politique de relation.
Le pouvoir politique de décision concerne l’exécutif avec la gouvernance mondiale et la régulation avec la normativité. Les lignes qui suivent sont ses idées, ressorties aussi dans l’entretien qu’il a eu avec Vaticannews.
La mise en place d’une gouvernance mondiale est un enjeu majeur de la problématique de la migration contemporaine. Les institutions et organisations internationales contemporaines ont été instituées pour la gestion des flux mais elles n’ont pas été envisagées pour prendre en charge le traitement de la migration. Leur mission a vocation à assurer la coexistence et la coordination d’intérêts souverains menacés par la migration de masse. La sécurisation des intérêts légitimes et la gestion du bien commun ne peuvent être assurées que par une gouvernance investie des compétences pour prononcer des sanctions même contre des Etats souverains. Basée sur une nouvelle éthique des relations internationales relevant du jus cogens, cette gouvernance doit prescrire l’adoption de la solidarité de l’humanité dans son acception verticale et horizontale et avec le monde de la création. L’efficience de l’action implique la responsabilisation de tous les acteurs stratégiques, sans monopole ni exclusion, en un mot : démocratisation de la responsabilité des institutions représentatives. Cette nouvelle gouvernance requiert dialogue et partenariat avec tous les acteurs et non plus avec les seules institutions financières pour aboutir à l’acceptation effective de nouvelles obligations de résultats. Elle est alors annonce de la solidarité humaine universelle sur la base de considérations éthiques de justice, de vérité et de solidarité.
Le second volet des enjeux du pouvoir politique de décision est relatif à la normativité, c’est-à-dire l’adoption d’une convention internationale sur la migration de masse. L’ouverture des négociations implique la réalisation d’un large consensus politique préalable entre les Etats. Sur le plan technique, la résolution de l’Institut de Droit international sur les migrations de masse écarte les questions sensibles. Elle se limite à des règles fondamentales régissant les rapports entre l’Etat et les migrants aux différentes étapes de la migration.
Au fond, il faut avoir le courage politique d’adopter des normes contraignantes de jus cogens avant l’avènement de nouvelles formes de pensées, d’institutions ou de normes politiques dérivées des nouvelles ingénieries juridiques, technologiques et économiques. L’encyclique Laudato Si’ clarifie le discours. Les propositions scientifiques en matière économique et sociale, s’articulent autour de considérations utilitaristes pour la croissance tandis que le discours de l’Eglise se fonde sur la primauté de la solidarité comme impératif catégorique. Les juristes sont concernés par l’affaire du délit de solidarité avec la question : le délit de solidarité est-il constitutionnel. La lucidité doit amener les dirigeants politiques à sonner le tocsin pour avoir bonne conscience et surtout pour organiser le transfert des responsabilités. La carence politique n’aura comme effet que la menace à la paix et à la sécurité internationale voire globale face à la purulence gangreneuse du mal.
L’échec des Sommets mondiaux face au triomphe des pouvoirs et savoirs financiers et économiques illustre les difficultés à s’entendre sur des normes impératives. Malgré les stratégies d’obstruction, les avancées ont été possibles avec une attitude d’écoute, d’humilité, des débats de haut niveau et transparents pour adopter des projets fondés sur la solidarité, la confiance réciproque et l’engagement pour un avenir d’espérance et de progrès.
Le triple volet diplomatique, scientifique et médiatique dans lequel est identifiée la norme pose la question de la validité des options, compte tenu de la représentativité du cercle des ratifiants dans un cadre consensualiste (l’idée de communauté internationale ou des membres permanents du Conseil de Sécurité).
Sur le plan politique, face à la résistance au développement progressif du droit opposée par les grandes puissances, la résignation constitue une fausse solution. L’équilibre des relations entre les parties est valable tant que ces rapports inégaux sont acceptables politiquement pour les partenaires. Lorsque les mentalités et les structures sont dépassées face aux demandes nouvelles, les nouveaux paradigmes imposent le développement progressif du droit. L’efficacité de cette action requiert une gouvernance mondiale dans un esprit de compétence, intelligence et abnégation.
Le pouvoir politique de relation est fortement obéré par l’aliénation exercée par l’imaginaire politique pour refuser la migration. Oppression aisée car le facteur d’extranéité permet de désigner le migrant comme bouc émissaire.
Le préjugé péjoratif à l’égard du migrant a favorisé le développement du mythe, au sens de Georges Sorel. C’est une subversion des esprits avec le rejet systématique des valeurs éthiques et de l’esprit de discernement. Il ne s’agit pas de convaincre mais de faire faire, de façon violente et spectaculaire, par le peuple ce qui a été préalablement défini. Ce peuple représente non pas l’ensemble des citoyens mais une catégorie définie de personnes dont les options idéologiques et l’activisme partisan sont connus.
Les enjeux politiques concernent la libération de l’aliénation exercée par l’imaginaire. La force de l’imaginaire est fragilisée face au concret et au respect de la vérité des faits matériels. La libération de la vérité passe par la « défascination » du mythe, aussi ne peut-on se réduire à la déconstruction laborieuse du discours pervers. C’est l’épistémologie de la doctrine sociale de l’Eglise qui envisage l’immigration en termes à la fois de justice et de dignité de l’homme.
L’idéologie du national populisme est l’expression du mythe dans le phénomène de la migration globale et représente le dernier enjeu de pouvoir peut-être le plus important. La libération de la vérité dans l’imaginaire porte sur l’éducation et la formation. Le discernement entre populisme et peuple démocratique est la première des priorités. L’éducation doit faire comprendre les vrais tenants et les aboutissants de l’interrelation entre peuple démocratique et le populisme et ensuite expliquer comment l’escroquerie du discours populiste est anti-démocratique. Il faut être clair le populisme est inacceptable et inadmissible car fondé volontairement sur le mensonge pour prôner la discrimination, le mépris de l’intelligence ainsi que l’indifférence à l’égard du problème social. Sa victoire électoraliste résulte de l’abstentionnisme et de l’indifférence politique ! Le sursaut civique, face au comportement des électeurs, suscite le réveil de ceux qui s’estiment représentants du « vrai » peuple avec les insurrections, les manifestations agoréennes, etc. La psychorigidité dans le populisme pousse ses leaders à une soif d’absolu en attribuant à leur « peuple véritable » leurs fantasmes .
Principe de subsidiarité et du holisme
L’Eglise doit dispenser une éducation politique pour une maîtrise globale du phénomène migratoire avec l’institutionnalisation en corps collectif de répondants au discours théorique et fécond exposé.
La culture de la doctrine sociale de l’Eglise est avec les derniers enseignements du Pape François le socle de cette reconstruction de la société sur base de vérité, de justice, de solidarité pour la Paix et la fraternité.
La mise en pratique du principe de subsidiarité et de celui du holisme implique la détermination des trois axes de la formation dispensée. En premier lieu le dépassement du sentiment d’impuissance en particulier lorsqu’il faut tout traiter en même temps pour avoir un impact significatif. En deuxième lieu le démantèlement du sentiment d’isolement avec la mise en œuvre du principe de l’holisme c’est-à-dire la coordination horizontale et active des actions pour inculquer aux acteurs et responsables la conscience de l’engagement solidaire et réciproque. En dernier lieu, la culture du résultat.
La neutralisation positive de l’indifférence à l’égard des migrants est le principal enjeu politique. Cette indifférence est le terreau de la subversion. La subversion redoute d’être interpellée à partir des exigences de justice et de vérité sur les faits. Mais à l’inverse est-on disposé à admettre la remise en cause du confort acquis et des solutions de facilité, même et surtout lorsque ces acquis sont obsolètes ?
La neutralisation de la crédulité à l’égard de la propagande idéologique hostile à la migration représente le dernier enjeu . La crédulité liée à la vanité est qui est exploitée à titre d’autorité et de caution. L’objet est non pas de convaincre sur la base de projets mais de plaire.
En conclusion, à la corrélation entre les trois concepts, la mondialisation a amené une super-problématique politique du fait de la dimension du problème, de sa représentation imaginaire. Le choix en faveur du politique justifie la triple audace : oser penser pour créer, oser parler pour partager solidarité, justice et oser agir pour briser le sentiment d’impuissance et d’isolement. Ce défi est global. Nous sommes les acteurs, les témoins et les victimes d’un monde qui s’écroule. La survie de l’humanité est un enjeu! La globalisation des enjeux impose une politique autre : l’annonce d’une parole de libération, de joie, de paix, la confiance en la Parole de Vie. L’Eglise représente un Pouvoir Politique logique du sixième continent l’Internet ! Organiser pour que les citoyens comprennent qu’ils sont libérés et que le migrant est un maillon dans la chaîne de solidarité humaine. Un nouveau monde apparaîtra alors sous nos yeux.
Pour M. Raymond Ranjeva, le racisme est un concept de discrimination (Part 1)
(Part 1)
(Part 2)
(source: vaticannews.va/fr)
Les Andriamasinavalona: une histoire plus « fouillée »
ANDRIAMASINAVALONA ET LES ANDRIAMASINAVALONA
par Jean-Pierre Domenichini 19 février 2007
Membre titulaire de l’Académie Malgache
Quels andriana étaient Andriamasinavalona au 19e siècle du temps de la royauté? Il y avait évidemment des descendants de ce grand roi, mais pas tous. Pour le ventre de l’Imerina, il y avait, depuis Andrianampoinimerina, des Andriantompokoindrindra, des ZanadRalambo et les Andrianentoarivo du Vonizongo, et peut-être d’autres. Il y avait les andriana de l’Andrantsay, les grands Hova d’Avaratr’i Mania, des Betsimisaraka, des andriana d’un peu partout. Il y eut évidemment, tout le monde s’en souvient, cet ingénieur de Ranavalona Ière que fut Jean Laborde. C’est un fait que ce statut ne regroupait pas uniquement des descendants de l’ancêtre éponyme.
Qui étaient-ils donc? Face aux discussions qui ont lieu aujourd’hui, c’est un petit point d’histoire sur lequel il convient de se pencher pour diriger l’éclairage sur le fonctionnement de l’appartenance à ce groupe célèbre dans l’histoire récente de Madagascar.
L’on est actuellement bien obligé de constater que l’exil de la Reine en 1897, l’abolition de ce que Gallieni appelait la « féodalité », et un siècle d’éducation républicaine n’ont pas réussi à effacer des mémoires les anciennes structures hiérarchiques dans la société malgache. Dans le conflit des cultures que Madagascar a vécu depuis le 19e siècle, la culture politiquement dominante, malgré plus d’un siècle de domination, n’a pas réussi à effacer dans la vie quotidienne les modèles de la culture politiquement dominée, tant il est vrai que les cultures, quelles qu’elles soient, ont la vie dure et ne sauraient prendre immédiatement acte d’une défaite militaire. Dans le passé déjà, la culture malgache avait bien emprunté, assimilé et adopté certains traits de la culture arabe, mais avait réussi sur le fond à se préserver du projet d’arabisation de civilisation qui était aussi celui du monde musulman.
L’école missionnaire puis républicaine et l’ensemble des médias coloniaux ont toutefois instauré une méconnaissance de l’ancienne culture et des principes qui régissaient le fonctionnement social. Les disputes qui ont parfois lieu aujourd’hui témoignent de cette méconnaissance, notamment dans les questions qui réglaient l’ordre hiérarchique. Et les réponses qui leur sont données sont parfois d’autant plus éloignées de la compréhension de ce qu’était l’ancienne société qu’elles n’ont plus actuellement d’effectivité, du moins dans le domaine des lois civiles. Il en est ainsi des rapports que ceux de leurs descendants qui sont occidentalisés entretiennent avec leurs ancêtres royaux, comme dans le cas des descendants d’Andriamasinavalona. Comme le caméléon qui regarde vers l’arrière avant de concevoir son avenir, il faut se tourner vers l’histoire pour comprendre le présent. C’est ce que nous allons faire maintenant.
DES MODÈLES FRANÇAIS ET MALGACHE
À l’école, les enfants que furent les septuagénaires d’aujourd’hui, ont assimilé ce qu’était le fonctionnement de l’Ancien Régime français avec ses conséquences dans la société contemporaine. Dans ce modèle, la succession royale est comprise selon une conception qui valorise la primauté du sang. Et beaucoup ici ont oublié ou ne savent pas que les anciennes conceptions malgaches n’accordaient aucune primauté au sang au profit du hasina. Elles n’auraient pas su traduire en malgache le dicton français qui dit que « Bon sang ne saurait mentir » ; ou, même faite, sa traduction n’aurait rien évoqué dans le monde de la culture malgache et aurait été incompréhensible à qui ne serait pas un habitué de la culture française. Dans la culture malgache, le sang d’homme (ran’olona) se distinguait bien du sang des animaux, comme par exemple du sang de poulet (ran’akoho) ; mais l’on ne concevait pas l’existence d’une sorte de sang particulier, comme en France le « sang bleu », qui aurait distingué une catégorie d’hommes. Tous les hommes avaient le même sang qui, selon les conceptions de la création de l’homme de la Genèse ou Genesisy qu’avaient transmise les Ntaolo, venait du Ciel et de Zanahary, le Dieu du monde céleste. Comme le rappelle la tradition d’Ambohimalaza, le sang du roi Ralambo ne se distinguait pas de celui de ses angaralahy ou tandapa qui le servaient dans son palais.
Dans le modèle français, la succession royale est réservée aux garçons par ordre de primogéniture. Par suite, beaucoup à Madagascar ont oublié l’importance des femmes dans la succession à tout fanjakana, qu’il soit royal ou princier et seigneurial. Pour sa succession, un roi ou un seigneur pouvait émettre des préférences, mais il ne pouvait annuler l’ancien principe selon lequel « ny amin’ny zanak’anabavy tsy very ariana ny amin’ ny fanjakana ». Concernant les enfants de sœurs, il ne pouvait, par un rejet, les déposséder de cette succession dont ils étaient les héritiers préférentiels. Et si le fils d’un roi succédait à son père, c’est que sa mère lui en avait transmis le droit. L’on est bien loin d’un modèle qui aurait évoqué les conceptions françaises.
Dans le modèle français toujours, outre les Capétiens dont le grand ancêtre, Hugues Capet, avait été élu roi de France en 787, les plus grandes familles de l’aristocratie, une douzaine au total, font remonter leurs généalogies jusqu’à l’époque carolingienne. Elles bénéficiaient dans la société d’une autorité et d’un prestige plus grands que celles qui avaient été fondées, par exemple, au temps de la croisade des Albigeois au 13e siècle par un chef militaire ou, à un autre moment, par l’achat d’une terre noble par un bourgeois enrichi. Plus l’ancêtre fondateur était ancien et plus la famille était illustre et célèbre, ce qui était le sens du mot latin nobilis, d’où provient le terme de « noble ».
À cet égard, le modèle malgache est tout à fait différent. Si l’on prend la hiérarchie du 19e siècle, il est évident qu’un Andriamasinavalona tient de l’ancêtre Andriamasinavalona, qui régnait à la fin du 17e siècle et au début du 18e siècle, un rang plus élevé et plus honorable qu’un ZanadRalambo dont l’ancêtre régnait dans la seconde moitié du 16e siècle. Ce qui situe la supériorité d’un statut sur un autre, c’est la plus grande proximité généalogique, réelle ou politique, au roi le plus récent. Et les andriana de la période antérieure, comme les Andrianakotrina ou les Andriamanangaona, ou bien avaient été assimilés au groupe des ZanadRalambo ou bien avaient été réunis sous l’appellation de Roandriana, qui les anonymait.
CASTES FERMÉES OU STATUT OUVERT?
Ce qui, pour beaucoup, gêne aussi la compréhension de la société ancienne, c’est l’existence d’un vocabulaire employé par la science coloniale qui utilise des mots qui doivent péjorer les réalités malgaches et les renvoyer à des sociétés de type primitif. Il en est ainsi du terme de « tribu » qui n’a aucune légitimité scientifique. Il désigne, comme dans la Bible pour le peuple d’Israël ou comme en Australie ou dans de nombreuses régions d’Afrique, un ensemble de gens qui se reconnaissent descendre d’un ancêtre commun, ce qui n’est le cas d’aucune des populations régionales de Madagascar. Il en est de même du terme de « caste » utilisé au départ pour désigner une réalité de la société indienne. Dans celle-ci, la caste est un groupe endogame à qui est confiée une fonction dans la société et qui définit cette fonction par des attributions dans le système religieux en usage. L’intermariage, voire de simples relations sexuelles, entre personnes de castes différentes y est strictement interdit, et quiconque transgresse cette interdiction est rejeté du système social et tombe dans le groupe des parias, lesquels sont totalement hors castes. La caste est donc un groupe hermétiquement fermé, depuis ce qui est conçu comme les temps originels et pour toute l’éternité. Aucune décision humaine n’y pouvait rien changer.
Rien de tel n’a jamais existé à Madagascar. Les différents statuts se présentent comme des groupes ouverts auxquels, par décision royale ou seigneuriale, peuvent être adjoints et intégrés des personnes ayant auparavant un autre statut, ou dont, par condamnation, peuvent être retranchées des personnes originellement membres du groupe. Le souverain agit alors comme tompon’ny razana, « maître des ancêtres ». Il peut interdire à une famille ou à tout un groupe de continuer à rendre un culte à des ancêtres bien connus et, parfois pour les éloigner des lieux de sépulture ancestraux, des pierres levées (tsangambato) et des lieux-dits qui rappellent l’histoire des ancêtres, il peut les déporter vers une autre région. En la matière, la politique de Radama II se distingua de celle de ses prédécesseurs, ayant dès le début de son règne proclamé : « Izaho Andriana tsy mahavery razana ». A la différence de ceux de ses prédécesseurs qui avaient été des Andriana nahavery razana, il se voulait le souverain qui ne ferait pas perdre leurs ancêtres à ses sujets. Et beaucoup d’andriana qui avaient été autrefois rabaissés (naetry), vinrent alors lui demander de leur reconnaître le statut que leurs ancêtres avaient eu et qu’ils avaient perdu. Le plus souvent, il leur reconnut leur qualité andriana, mais ne les exempta pas des formes de la corvée royale qu’ils avaient un temps effectuée comme simples sujets ou folovohitra.
Lorsque le souverain accordait le statut andriana, ou quand il le retirait, il agissait en tant que tompon’ny razana, mais aussi en tant que chef d’une grande famille. Le retrait du statut andriana pouvait concerner des groupes entiers, lorsque était mise en pratique la mobilité hiérarchique. On se contente souvent de croire que, partie de rien, l’organisation de la société merina fut l’œuvre de Ralambo et qu’elle fut ensuite modifiée par Andriamasinavalona, n’accordant à cette modification qu’une importance mineure. Or, ce faisant, Andriamasinavalona appliquait une des règles de fonctionnement de l’organisation hiérarchique qui voulait que le nombre des andriana qui, idéalement avec leurs Tandapa mainty, vivaient du travail du peuple, n’imposât pas à ce même peuple une charge insupportable.
Aussi, régulièrement, quand la nécessité s’en faisait sentir et qu’un souverain était suffisamment puissant pour le faire, un nouveau groupe comprenant ses proches parents était surimposé à ceux qui existaient déjà et le groupe le plus bas de la hiérarchie andriana rejoignait les folovohitra. Andriamasinavalona, quant à lui, avait été suffisamment puissant pour mener à bien l’opération.
C’est un fait qu’ignorent totalement l’histoire officielle reconnue par la Cour au 19e siècle et les traditions recueillies par le P. Callet dans le Tantara ny Andriana eto Madagascar, publié à partir de 1873. Le déclassement d’un groupe lui interdisait de rappeler son histoire. Elle n’était donc plus affichée publiquement, mais elle pouvait être conservée au sein des familles comme un bien lova secret. Les enquêtes faites montrent à l’évidence que ces groupes anciennement andriana sont fort nombreux. J’ai même retrouvé, il y a deux décennies, les descendants des andriana qui occupaient le sommet d’Ambohitrikanjaka, aujourd’hui tanan’haolo. Ce sommet, l’un des plus élevés dans la région proche d’Ambohimalaza, puisqu’il culmine à 1.507 m dépassant Ialamanga de 35 m, est bien un site andriana avec ses fossés et ses murailles utilisant des blocs de quartz (vatovelona), et surtout ses tombeaux à l’intérieur des fossés. Ses habitants furent contraints de déguerpir et furent installés à une quarantaine de kilomètres à l’est près de Manjakandriana. Il y a deux décennies, un octogénaire de ce dernier lieu d’installation racontait à son petit-fils, étudiant à l’Université, qu’ils étaient andriana et que les ancêtres habitaient un sommet qu’il situait parfaitement. Le petit-fils n’y voyait qu’une simple prétention relevant du domaine de la seule imagination ! En fait, le grand-père gardait en mémoire ce qui s’était passé quatre siècles plus tôt. Et ce cas est loin d’être unique.
QUI SONT LES ANDRIAMASINAVALONA?
Les Andriamasinavalona sont donc présentés comme étant tous les descendants de ce très grand roi. En fait, il faut nuancer cette affirmation et ne pas la comprendre selon le modèle de la filiation légitime bien connue du droit français dans le code civil de Napoléon ier. Ce qui joue en premier, ce n’est pas une forme du droit du sang, mais celui de l’alliance. Les parents des douze femmes d’Andriamasinavalona et leur descendance avaient, selon leur importance dans la société, soit le statut de Zazamarolahy, soit celui d’Andriamasinavalona.
Il faut également bien voir que, dans sa descendance naturelle, il en était qui avaient au 18e et au 19e siècle le statut de Zanak’Andriana ou celui de Zazamarolahy. Dans sa descendance immédiate, en effet, certains de ses enfants formèrent d’abord les lignages royaux des quatre royaumes issus de l’Imerina efa-toko réunie par ce puissant souverain. Ces lignages comportaient des Andriamanjaka, des Zanak’Andriana et des Zazamarolahy ou leurs équivalents. Ce sont les autres enfants d’Andriamasinavalona qui sont à l’origine du groupe de statut andriamasinavalona. Encore faut-il se souvenir que ce roi eut sans doute des enfants de femmes qui n’étaient pas andriana et dont la progéniture suivait le statut de la mère et n’était donc pas andriana.
Par la suite, tous les Andriamasinavalona ne furent pas, nous diraient les biologistes, des descendants de ce roi. Au moment de l’unification du royaume dans ce qui devint l’Imerina enin-toko, Andrianampoinimerina accorda le statut andriamasinavalona et des terres menakely et lohombitany exemptes d’impôts–, à ceux qui l’avaient aidé dans la conquête. Ces terres étaient concédées pour que les bénéficiaires en vivent et s’y fassent ensevelir (tany ivelomany sy ilevenany). On connaît bien le cas des Andriantompokoindrindra, ZanadRalambo ou ZanadRambavy, qui devinrent des seigneurs andriamasinavalona dans le Nord-Est de l’Imerina. Ces concessions impliquaient qu’ils renonçaient à leur ancien statut et aux droits fonciers qu’ils pouvaient avoir détenus dans leur ancien établissement. Pour l’aide plus que précieuse qu’ils lui avaient apportée, Andrianampoinimerina proposa aux Tsimahafotsy et aux Tsimiamboholahy, ou du moins à certains Grands d’entre eux, de retrouver leur ancien statut andriana et de devenir andriamasinavalona, mais ceux-ci refusèrent. On comprend qu’ils aient préféré continuer à détenir le pouvoir économique des Hova et folovohitra, qu’ils l’aient préféré au pouvoir religieux et politique des andriana, le pouvoir exécutif et administratif étant alors entre les mains des Mainty enin-dreny.
On comprend aussi que ces grands Hova un petit nombre de familles descendants des anciens rois de l’époque antérieure à Andrianjaka aient préféré garder leur rôle de concepteurs de l’administration et de membres de l’entourage royal selon le principe « Ny Andriana manjaka, ny Hova mitondra ».
Il faut comprendre aussi qu’il s’agissait, dans l’organisation des royaumes, d’un statut politique qui fut adapté aux nécessités de l’unification des terres et des seigneuries initiée par Andrianampoinimerina.
Lors de la réunion du Vonizongo au royaume, les descendants d’Andrianentoarivo qui avaient des principautés ou des seigneuries dans cette région, furent dotés du statut andriamasinavalona avec cette différence, dans ce cas, qu’ils n’avaient pas le droit d’édifier de trano manara sur leurs tombeaux. Sans doute cette « différence » ne fut-elle pas comprise comme une amputation, mais plutôt comme le respect de la coutume d’Andrianentoarivo. Issu de la parenté collatérale d’Andriantompokoindrindra, Andrianentoarivo n’était pas un descendant de ce dernier ni d’Andrianjaka. Autorisé par Andrianjaka à se constituer un fanjakana dans le Vonizongo, il ne pouvait lui être vraiment un égal ; il n’avait que dix conseillers et non douze, et n’avait pas le droit d’ériger une maison sacrée sur son tombeau. Les phénomènes de segmentation des fanjakana s’accompagnent toujours de sortes de diminutions imposées aux nouvelles seigneuries, comme on peut l’observer lorsque l’on étudie la hiérarchie des tranobe du pays antambahoaka.
Pour l’ordre hiérarchique de référence, il en fut de même pour les autres régions qui acceptèrent de reconnaître l’autorité d’Ambohimanga et d’Antananarivo. Ainsi, dans la région du Vakinankaratra qui s’étendait jusqu’à la Matsiatra, y avait-il de nombreux Andriamasinavalona qui avaient précédemment appartenu au groupe hovabe du Betsileo. Beaucoup portaient des noms commençant par Raoni et se terminant par arivo, ce qui indiquait bien leur qualité antérieure.
Hors d’Imerina, les souverains qui se reconnaissaient les enfants d’Ambohimanga et d’Antananarivo, recevaient la qualité et le statut de Zanak’Andriana et les seigneurs la qualité et le statut andriamasinavalona. Ce ne fut pas seulement le cas en Imamo et dans l’Andrantsay. Et aujourd’hui encore, beaucoup de familles de la périphérie, de l’Anindrana disait-on dans une compréhension strictement géographique, conservent des archives où est reconnue la qualité andriamasinavalona de leur(s) ancêtre(s) ce qui avait été soigneusement tu pendant la période coloniale et les deux premières républiques, dans un temps où il n’était pas recommandé de présenter des origines aristocratiques en Imerina et de remettre en cause les tribus et castes dont la colonisation avait fait les bases de son système politique.
On sait pourtant que, dès Andrianampoinimerina, étaient mises en œuvre des sortes d’équivalences. Ainsi Andriamahazonoro, qui venait de Vohipeno en pays antemoro et qui y était de statut anakara, fut-il intégré au groupe andriamasinavalona sans restriction : son tombeau à Ankadivato à Antananarivo est surmonté d’une trano manara. Son mariage en Imerina et les choix que firent ses descendants font qu’aujourd’hui ceux-ci peuvent être considérés tantôt comme andriamasinavalona, tantôt comme andriantompokoindrindra, ou encore comme andriandranando.
Si la mémoire collective se souvient toujours que Jean Laborde fut fait andriamasinavalona par Ranavalona I°, c’est à tort qu’elle penserait que le cas fut exceptionnel ou unique et que seuls les sentiments de la Reine en étaient l’explication. Le cas n’est d’ailleurs pas le premier. L’on connaît bien celui de Nicol (ou Lambros Nicolos selon son nom grec). Commerçant installé dans l’Est de l’île, il participa à la conquête de la région de Mananjary sous le règne de Radama ier et fut à la fois, cas relativement rare, officier (Manamboninahitra 10 Voninahitra à une époque où la hiérarchie militaire ne comprenait que douze honneurs) et Andriambaventy, chef (Lehibe) des Andriambaventy de la Mananjara. Nicol fut très apprécié de Ranavalona et celle-ci lui fit faire des funérailles exceptionnelles lors de son décès en 1842.
Sous le règne de Ranavalona 1°, les étrangers qui étaient sujets de la Reine et qui suivaient la loi malgache, étaient relativement nombreux. Des Arabo, des Silamo, des Karana, des Vazaha ou Européens et des Kiriolona ou Créoles avaient accepté de faire la corvée royale (fanompoana), mais beaucoup d’entre eux, qui étaient de grands commerçants, avaient le statut d’Andriamasinavalona et faisaient une corvée à la mesure de leurs moyens et, étant andriambaventy pour certains d’entre eux comme Nicol, avaient à rendre la justice. Quand, à Majunga, la Reine avait besoin de dépêcher des hommes à Fort-Dauphin, les Silamo andriamasinavalona de la ville mettaient un de leurs bateaux à sa disposition pour cette mission. C’était une façon élégante de faire une part de fanompoana. Un autre de ces Grands du Royaume, Napoléon de Lastelle, qui, pour ses industries du sucre et du rhum, était l’associé de la Reine, acheta et importa les fusils dont elle avait besoin, et ce au moment même où les menaces françaises se faisaient pressantes.
Ajoutons encore que les détenteurs de fanjakana avaient eux aussi la possibilité d’intégrer des personnes au groupe andriamasinavalona par un rituel d’adoption demandée à leurs ancêtres et dans les limites imposées par le souverain ; c’est ainsi que dans la seconde moitié du 19e siècle, il leur était interdit d’adopter des ZanadRalambo ce qui interdisait à ces derniers de se maintenir dans le groupe andriana à un niveau supérieur et les préparaient à leur intégration au statut des folovohitra. Mais tous les Andriamasinavalona ne pouvaient user de cette prérogative, seuls ceux qui avaient un fanjakana le pouvaient. C’est là qu’apparaît une différenciation, à l’intérieur du statut, entre ceux qui avaient hérité d’une seigneurie et ceux qui en avaient été écartés. C’est sans doute sur ce point que l’on distinguait à l’intérieur du statut ceux qui étaient communément appelés non pas Andriamasinavalona mais Zanamasy et qui respectaient l’interdit de la chèvre (fady osy), et peut-être ceux qui, comme le souverain et sa proche parenté, ne faisaient pas de famadihana et ceux qui, comme le peuple, en faisaient.
On voit bien que l’on ne peut donner du statut andriamasinavalona une définition simple et lapidaire.
Il en était de même à l’intérieur du statut andriana. Au 19e siècle, la Cour distinguait
1. l’Andriana, le seul, le vrai, qui était le souverain,
2. les Andriana, Teraky Tranofohiloha, c’est-à-dire les Zanak’Andriana, les Zazamarolahy, les Andriamasinavalona et les Andriantompokoindrindra, et
3. les Havan’Andriana, c’est-à-dire, les Andrianamboninolona, les Andriandranando et les ZanadRalambo.
L’existence du groupe des Andrianteloray variable selon les époques obligeait encore à modifier cette nomenclature. Et, en dehors de la liste officielle des rangs andriana, il ne faut pas oublier non plus ceux qui avaient certains privilèges en commun avec ce statut andriana et qui étaient dits Havako hoy ny Andriana.
On le voit, la formation et l’organisation de l’ordre andriana est fondamentalement de nature politique. Chaque rang dans cet ordre est en rééchelonnement intérieur permanent, tant il est vrai que la distinction est un souci constant des personnes vivant dans la culture malgache. Le verbe miavaka revient sans cesse dans les enquêtes de tradition orale, notamment dès qu’il s’agit de fomba. Pour celles-ci, chaque groupe tient à se distinguer de ses voisins, même si, à l’étude, ses us et coutumes apparaissent bien semblables. Dans la hiérarchie andriana, on voit cette préoccupation nettement se manifester au 19e siècle, quand certains Zanak’Andriana portent en outre le titre de Printsy qui, d’une certaine façon, manifeste bien la connaissance que la classe dirigeante malgache avait des réalités européennes. Dès le règne de Rabodonandrianampoinimerina, son fils Rakotondradama portait celui de « Prince », le mot ayant été emprunté sans malgachisation.
Par la suite, pour le titre de Printsy, ce fut le cas, par exemple, de Rajoaka ou Rajoakarivony d’Ambohidrabiby, qui était le petit-fils d’Andrianampoinimerina et de Rasendrasoa. Selon la titulature officielle, il est dénommé Rajoaka Printsy Zanak’Andriana 13 Vtra OffDP, cette dernière qualité d’Officier du Palais lui donnant un accès direct au souverain du moment. Seigneur d’Ambohidrabiby, son fils Barthélemy Rabemaso, qui était le neveu de Rasoherina et avait été élevé avec Razafindrahety, la future Ranavalona 3°, était le premier Zanak’Andriana du Mandiavato au moment de la conquête française et portait également le titre de Printsy. Tout se passe comme si une petite partie des Zanak’Andriana se distinguait des autres membres de ce rang par un nouveau titre.
Le groupe andriana du haut n’avait pas cette rigidité structurale par laquelle on veut souvent le définir. Comme dans les sociétés austronésiennes d’Asie du Sud-Est, il s’agit d’une hiérarchie molle, malléable et en perpétuel réaménagement. Établir les généalogies comme on le ferait aujourd’hui dans un registre d’état civil ne renseignerait pas sur toutes les questions que pose l’examen de l’histoire. La seule généalogie ne permettrait pas de dire que telle famille de Zanak’Andriana au 19e siècle était écartée de l’exercice du pouvoir souverain : ayant reçu le « privilège » de porter elle-même ses défunts dans le tombeau ancestral sans avoir à faire appel à des ray aman-dreny du peuple, elle était donc normalement souillée par ce contact avec les morts et ce n’est qu’amputée qu’elle conservait, en commun avec le souverain, sa qualité de maîtresse de la vie.
LES ANDRIAMASINAVALONA AUJOURD’HUI
Qui sont aujourd’hui les Andriamasinavalona? Ils continuent à bénéficier dans toute l’île d’un prestige et d’une autorité incontestée, même si, fin 19e siècle, la Cour considérait ceux qui n’avaient pas eu de fanjakana en héritage comme de simples mpanatanteraka, des agents d’exécution de la politique royale, et avait fait de beaucoup d’entre eux des manamboninahitra envoyés dans les provinces pour manifester la présence royale.
En milieu malgache au cours du 20e siècle, ils ont formé le rang supérieur de l’ancien ordre andriana, puisque, par la disparition de la royauté, les deux rangs Zanak’Andriana et Zazamarolahy ont de fait disparu. C’est le souverain qui décidait de l’appartenance à ces deux rangs, la même personne pouvant d’ailleurs être Zazamarolahy dans un toko d’Imerina et Andriamasinavalona dans un autre toko. Faut-il aussi rappeler qu’au temps de la royauté déjà, dans une fratrie – c’est-à-dire des frères et sœurs iray tampo de même père et de même mère –, seul l’un d’entre eux pouvait par décision royale détenir le titre de Zazamarolahy qu’avait porté le père? Les descendants des détenteurs de ces titres se sont donc fondus parmi les Andriamasinavalona.
Autre fait important, ils ont, au cours du 20e siècle, assuré l’unité et ce qui pourrait bien apparaître comme la colonne vertébrale de l’ancien ordre andriana. En effet, ils ont alors abondamment utilisé le privilège qui leur était reconnu du milomano amin’Imerina, d’avoir le droit de nager dans l’Imerina – un droit qui leur permettait de s’allier avec les personnes des autres statuts reconnus dans la société. C’est ainsi que, par mariage, ils ont intégré de nombreux Andrianteloray à qui la royauté avait imposé le privilège du lova tsy mifindra, c’est-à-dire du mariage endogamique. De la même manière, ils ont intégré de nombreux ZanadRalambo, alors qu’au 19e siècle, ces derniers avaient été comme enfermés dans leur rang, préparant alors les mesures qui auraient entraîné leur écartement définitif de l’ordre andriana.
Ils ont aussi poursuivi la pratique des alliances avec les Grands des Tsimahafotsy et des Tsimiamboholahy, comme cela se faisait à la Cour des dernières reines. Ce faisant, au 20e siècle, ils ont assuré sociologiquement le maintien du groupe qui dirigeait le Royaume dans la seconde moitié du 19e siècle.
On le sait, les sociétés créent et mettent en branle des mécanismes pour se reproduire. Dans le cas qui nous occupe, la société malgache a bien été obligée de s’adapter aux conditions que lui imposait la pression coloniale. En dehors du système des alliances dans un ensemble social qui déborde largement le système établi au 19e siècle, en dehors de la considération et de la renommée qui lui viennent de son ancêtre éponyme, ce groupe, que garde-t-il en héritage de son ancienne fonction seigneuriale? Qu’en est-il du ministère qu’il assumait auprès du peuple dans la société d’hier?
À cet égard, alors que l’abolition de la « féodalité » un terme bien impropre pour caractériser l’ancien système malgache leur a fait perdre leurs anciens fanjakana, on peut se demander si, dans la nouvelle société, l’on ne peut pas distinguer aujourd’hui les Andriamasinavalona des champs et les Andriamasinavalona des villes. De nombreux Andriamasinavalona de la campagne ne se distinguent pas par leurs « signes extérieurs de richesse », de l’ensemble de la population paysanne, si ce n’est, parfois, parce que leurs maisons ont une varangue comme dans le Vonizongo. Tompon’ny aina comme leurs ancêtres, ils continuent à se préoccuper des conditions de santé et de vie– dans ce monde-ci et dans celui de l’au-delà des habitants de leurs petits pays, souvent une partie de la seigneurie d’un de leurs ancêtres.
Les Andriamasinavalona des villes, quant à eux, et quand ils n’ont pas choisi de changer de seigneurie (mifindra vodivona) en s’établissant dans les pays riches au delà des mers, se sont souvent fondus dans les nouvelles institutions politiques et économiques, beaucoup dans une position de mpanatanteraka.
Un certain nombre, revenus à la campagne après une carrière nationale et soucieux des adidy ancestraux, se sont mis au service de leur commune, soit dans le cadre d’une Ong, soit dans celui d’un mandat électif que les électeurs leur confient préférentiellement, tout comme ceux-ci continuent à demander santé et bénédictions de toutes sortes aux tombeaux, pierres saintes et doany des anciens seigneurs – et ce parfois au grand dam d’Andriamasinavalona chrétiens qui voudraient interdire ces pratiques « païennes ». D’autres, ayant su adapter les conceptions ancestrales au monde dit moderne, se sont consacrés aux nouvelles professions de la santé ou de la religion et sont médecins, pharmaciens, prêtres ou pasteurs, comme d’autres autrefois se formaient pour être ombiasy. Quelques-uns, étendant leur autorité sur des populations allant d’une dizaine de personnes à quelques milliers, se sont recréés des fanjakana à la mesure de ce monde moderne, en fournissant du travail et des salaires, et en vivant des revenus de leurs entreprises qui tiennent lieu des diverses redevances dont vivaient autrefois les seigneurs. J’en connais qui, fidèles au hasina dont ils ont hérité, sont moins animés par la volonté de faire suer le burnous que d’assurer des conditions de vie décentes à leurs salariés, créant au besoin au sein de leur entreprise la crèche qui accueillera les nouveau-nés de leurs employées. S’il s’agit bien d’innovations, il est pour le moins certain qu’elles suivent les orientations que connaissait et valorisait le passé, et qu’elles les mettent en mesure, sans avoir fait une quelconque École d’administration, de prendre leurs responsabilités dans la vie de la cité, comme auraient dit les Grecs ou les Romains de l’Antiquité. Autour de moi, s’il en est qui se débattent pour préserver et faire respecter le renom du statut ancestral, j’en connais quelques-uns qui sont de bons républicains et qui ont œuvré, sous le régime socialiste et dans des circonstances parfois difficiles, à ré-instaurer les conditions d’une vie démocratique.
D’évidence, ces quelques considérations sont celles de l’histoire et d’un historien. Il serait très intéressant de mener une enquête approfondie pour déterminer comment tous ces Andriamasinavalona se conçoivent eux-mêmes, quel rôle ils attribuent à leurs ancêtres dans le passé, quel rôle ils se donnent à eux-mêmes dans la société d’aujourd’hui et quelles responsabilités ils entendent assumer pour justifier le Tsarava Tompoko, quand ils continuent à le revendiquer. À en juger par les étudiants qui ont mené à bien leur cursus universitaire et par ce que l’on peut lire sur certains sites internet, on peut croire qu’il y aura sans doute de jeunes intellectuels malgaches qui, bientôt, abandonneront les préjugés péjorants du discours colonial et se détermineront à faire ce travail et à poursuivre cette réflexion, voire à la corriger, car, dans ce domaine des « sciences molles » que sont les sciences politiques, c’est de la discussion et du contrôle social sur les travaux scientifiques que surgit la vérité.
Jean-Pierre Domenichini 19 février 2007
Membre titulaire de l’Académie Malgache
Jean Paul II 40 ans après
Le 16 octobre 1978, le pape Jean-Paul II apparaissait au balcon de la Basilique Saint-Pierre à Rome, élu à 58 ans par les cardinaux au terme d´un conclave de deux jours. Ses premières paroles au « monde » et aux Chrétiens: « N’ayez pas peur! »
La fête liturgique du saint a été fixée à la date de l´inauguration de son pontificat, le 22 octobre. Quarante ans après, regards croisés sur l´oeuvre et le message au monde et à l´Eglise de ce pape polonais, au cours de 26 années marquées aussi par les tourments. Une émission spéciale présentée par Philippine de Saint Pierre (Directrice Générale de la chaine de Télévision KTO), avec Bernard Lecomte (biographe, journaliste et auteur de Le Monde selon Jean-Paul II, Taillandier), Cathy Brenti.
La fable du « libéralisme qui sauve le monde »
Le chercheur en philosophie politique, Bruno Guigue, critique la sacralisation du libéralisme qui passe en Occident «pour une doctrine indépassable». Il remet ainsi en cause le succès présumé du libéralisme.
A croire ses adeptes les plus enthousiastes, les recettes libérales sauvent le monde ! Un éditorialiste français, par exemple, peut affirmer lors d’un débat télévisé – sans être contredit – que «le libéralisme a éradiqué la pauvreté en Chine». Devant une telle assurance, la raison défaille.
Comment convaincre des croyants aussi fanatisés qu’une doctrine prônant la libre concurrence et prohibant l’intervention de l’Etat dans l’économie, en Chine, est une denrée introuvable ? On y voit en revanche un Etat souverain dirigé par le Parti communiste et chargé de planifier le développement à long terme du pays. Un Etat fort qui s’appuie sur un secteur privé florissant, certes, mais aussi sur un puissant secteur public détenant 80% des actifs dans les industries-clé. Pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, en Chine, l’Etat maîtrise la monnaie nationale, le système bancaire est contrôlé par l’Etat et les marchés financiers sont sous haute surveillance.
« Dans les faits, la réussite économique de la Chine doit davantage à la main de fer de l’Etat »
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Cette économie mixte pilotée par le Parti communiste chinois a porté ses fruits. En trente ans, le PIB a été multiplié par 17 et 700 millions de personnes ont été extraites de la pauvreté.
L’Inde et la Chine, deux pays aux destins différents
Du point de vue des rapports entre libéralisme et développement, la comparaison entre les deux géants asiatiques est également instructive. En 1950, l’Inde et la Chine se trouvaient dans un état de délabrement et de misère extrêmes. La Chine connaissait d’ailleurs une situation pire que celle de son voisin, avec un PIB par habitant inférieur à celui de l’Afrique sub-saharienne et une espérance de vie moyenne de 42 ans.
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Pour qu’un économiste indien (Amartya Sen, Prix Nobel d’économie 1998) dise que l’Inde aurait dû faire comme la Chine – sur le plan économique, s’entend – il faut qu’il ait de bonnes raisons de le penser. Et ce qu’il dit est extrêmement clair : l’Inde, contrairement à la Chine, a manqué d’un investissement massif de la puissance publique dans l’éducation et la santé. L’Inde n’a pas souffert d’un surplus, mais d’un déficit d’Etat.