Turquie
Exercice militaire européen en Méditerranée orientale, sur fond de tensions gréco-turques
La Grèce, la France, l’Italie et Chypre commencent un exercice militaire conjoint en Méditerranée orientale. Le président turc a averti qu’il ne ferait « aucune concession » pour défendre ses intérêts gaziers.
« Chypre, la Grèce, la France et l’Italie se sont mis d’accord pour déployer une présence commune en Méditerranée orientale dans le cadre de l’initiative quadripartite de coopération », a annoncé mercredi le ministère de la défense grec. Cet exercice doit avoir lieu entre mercredi et vendredi en Méditerranée orientale, au sud et au sud-ouest de Chypre, selon une source militaire.
La France a averti mercredi la Turquie que la Méditerranée orientale ne pouvait pas constituer « un terrain de jeu » pour des « ambitions » nationales. « La Méditerranée ne doit pas être un terrain de jeu des ambitions de certains ; c’est un bien commun » où « le respect du droit international doit être la règle et non l’exception », a déclaré la ministre des armées française, Florence Parly, dans un Tweet, confirmant le début de cet exercice militaire conjoint.
Le statut de Sainte-Sophie au Conseil d’Etat turc
Le plus haut tribunal administratif de Turquie doit rendre sa décision d’ici le 16 juillet quant au statut de la basilique Sainte-Sophie, joyau d’Istanbul, aux multiples étiquettes au cours de l’histoire.

Première basilique de l’histoire chrétienne consacrée à la «Sagesse divine» voulue par l’empereur Constantin en 330, mosquée en 1453 après la prise de Constantinople par les Ottomans, puis musée «pour offrir à l’humanité» souhaité par le père de la république turque, Mustafa Kemal Atatürk… les statuts de Sainte-Sophie ont été protéiformes et reflètent l’histoire du pays. Aujourd’hui, le président turc Recep Tayyip Erdogan veut modifier une nouvelle fois le statut de la basilique, pour en faire une mosquée. La demande de conversion a été déposée jeudi 2 juillet au Conseil d’État, qui devra rendre sa décision d’une quinzaine de jours.
Le bijou de l’architecture byzantine fait régulièrement l’objet de polémiques: depuis 2005, des associations ont saisi la justice à plusieurs reprises pour réclamer un retour du statut de mosquée, sans succès jusqu’à présent. Nostalgique de la puissance de l’Empire ottoman et soucieux de rallier un électorat conservateur, Recep Tayyip Erdogan n’a jamais caché son souhait de revenir à l’ancien statut. L’année dernière, il avait qualifié la transformation de Sainte-Sophie en musée de «très grosse erreur».
Sourate récité sous les voûtes
Le 29 mai dernier, après plusieurs semaines de fermeture en raison de la crise sanitaire, l’État a tenu à célébrer l’anniversaire de la chute de Constantinople aux mains des Ottomans, «il est très important de célébrer le 567e anniversaire de la conquête à travers des prières à Hagia Sophia», avait commenté le président turc, alors qu’un imam a récité une sourate du coran sous les voûtes de la basilique, une première depuis 87 ans.
La reconversion de Sainte-Sophie en mosquée ne devrait pas empêcher les touristes du monde entier et de toutes les croyances de s’y rendre, mais modifier le statut d’un lieu aussi emblématique pourrait susciter des tensions. De nombreux pays ont d’ailleurs réagi après l’annonce de Recep Tayyip Erdogan, les États-Unis notamment ont appelé à ne pas toucher au statut de Sainte-Sophie. La France quant à elle a affirmé qu’elle serait attentive «à la préservation de l’intégrité de ce joyau du patrimoine universel», qui doit selon elle «rester ouvert à tous».
La Grèce, dont les relations avec la Turquie sont en dent de scie, a dit surveiller de près le devenir du patrimoine byzantin en Turquie.
(Marine Henriot, avec agences – Cité du Vatican)
La France suspend sa participation à une mission de l’Otan en Méditerranée
L’Égypte menace d’une « intervention directe » en Libye si le GNA progresse
Les ambitions régionales turques risquent-elles d’ouvrir un nouveau front dans le conflit libyen? Après la France, la Grèce et l’Otan, c’est au tour de l’Égypte de tirer la sonnette d’alarme. Paniqué par l’avancée des forces du Gouvernement d’union nationale (GNA), soutenu par Ankara, vers l’Est libyen, chasse gardée de Khalifa Haftar, appuyé par Le Caire, le président Abdel Fattah al-Sissi a menacé la Turquie, samedi 20 juin, d’une intervention «directe» de l’Égypte. Pour lui, Syrte représente une « ligne rouge ».
Could Egypt and Turkey go to war in Libya?
The battlelines of Libya’s civil war are changing quickly. A few weeks ago, Khalifa Haftar’s forces were on the outskirts of the capital Tripoli, battling to remove the UN-recognised Government of National Accord.
But the warlord’s campaign failed, and he’s been in retreat since. GNA troops, reinforced by military support from Turkey, are pushing towards Haftar’s power base in the oil-rich south and east. Egypt, one of Haftar’s foreign backers, is threatening to send in its soldiers if GNA fighters attack the strategic city of Sirte.
Could Egypt and Turkey go to war and further complicate the Libyan conflict?
Paris dénonce des manœuvres « extrêmement agressives » de la Turquie contre un bateau militaire français en Méditérranée
Alors qu’il cherchait à identifier un cargo suspecté de transporter des armes vers la Libye, le bâtiment français a fait l’objet de trois « illuminations radar » de la part d’un navire turc, pourtant allié de l’OTAN.
Un navire français participant à une mission de l’OTAN en Méditerranée a récemment fait l’objet d’une manœuvre « extrêmement agressive » de la part de frégates turques, a révélé, mercredi 17 juin, le ministère des armées français, dénonçant une affaire « très grave » impliquant un partenaire de l’Alliance atlantique.
Alors qu’il cherchait à identifier un cargo suspecté de transporter des armes vers la Libye, le bâtiment a fait l’objet de trois « illuminations radar » de la part d’un navire turc, « un acte extrêmement agressif qui ne peut pas être l’acte d’un allié vis-à-vis d’un navire de l’OTAN », commente-t-on au ministère des armées. Mercredi doit se tenir une réunion des ministres de la défense de l’Alliance.
« Cette affaire est, à nos yeux, très grave. On ne peut pas accepter qu’un allié se comporte comme cela, fasse cela contre un navire de l’OTAN sous commandement OTAN menant une mission OTAN », a fait valoir Paris, en prévenant que la ministre des armées, Florence Parly, allait « mettre les points sur les i », lors de cette réunion, sur « l’attitude turque dans le conflit libyen ».
Opposition sur le conflit libyen
« Ces norias de bateaux entre la Turquie et Misrata, parfois accompagnées par des frégates turques, ne contribuent pas à la désescalade », a souligné le ministère, dénonçant, par ailleurs, le fait que les bâtiments turcs « utilisent des indicatifs OTAN » pour s’identifier lors de ses missions d’escorte.
En Libye, la Turquie soutient militairement le Gouvernement d’union libyen (GNA) de Fayez Al-Sarraj, reconnu par les Nations unies, face aux forces dissidentes du maréchal Khalifa Haftar, l’homme fort de l’Est soutenu notamment par la Russie, l’Egypte et les Emirats arabes unis.
Dans ce contexte de tensions, le ton n’a cessé de monter entre Paris et Ankara ces derniers jours. Lundi, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a condamné « le soutien militaire croissant » de la Turquie au GNA en « violation directe de l’embargo des Nations unies ». La veille, la présidence française avait déjà dénoncé l’interventionnisme « inacceptable » d’Ankara.
La Turquie a rejeté ces critiques sur son soutien armé au gouvernement de Tripoli en Libye, accusant, à son tour, Paris de faire « obstacle à la paix » en appuyant le camp adverse. La France, bien qu’elle s’en défende publiquement, est également accusée de soutenir Haftar, qui a récemment subi de lourdes défaites sur le terrain.
La Libye est en proie au chaos depuis la chute du régime Kadhafi en 2011. Depuis avril 2019, le conflit a fait des centaines de morts, dont de nombreux civils, et poussé plus de 200 000 personnes à fuir leur domicile.
(Le Monde avec AFP)
Le commandant libyen soutenu par la Russie se dit prêt à des pourparlers pour mettre fin à la guerre

LE CAIRE – Le commandant libyen soutenu par la Russie, dont les forces ont subi une série de pertes sur le champ de bataille ces derniers jours, a déclaré samedi qu’il était prêt à arrêter les combats et à entamer des pourparlers pour mettre fin à la guerre civile de son pays riche en pétrole.
Il était peu probable que cette annonce mette fin immédiatement aux combats. Mais il a offert de nouvelles preuves du poids décisif de la Turquie, de l’autre côté de la guerre en Libye, dont l’intervention en faveur du gouvernement soutenu par l’ONU à Tripoli a contrecarré les ambitions de la Russie et changé le cours du conflit.
Le commandant libyen, Khalifa Hifter, a fait une offre de cessez-le-feu au Caire alors qu’il se tenait aux côtés de son allié égyptien, le président Abdel Fattah el-Sisi. L’Égypte, ainsi que la Russie et les Émirats arabes unis, ont investi massivement pour soutenir M. Hifter et s’efforcent maintenant de limiter ses pertes après l’effondrement dramatique de sa campagne de 14 mois pour capturer Tripoli.
L’ampleur et la rapidité des pertes de M. Hifter ont stupéfait les Libyens, et les analystes disent que la retraite marque non seulement la fin de son assaut sur Tripoli, mais qu’elle est susceptible de remodeler le paysage militaire et politique plus large du pays.
« Tous nos points d’appui changent », a déclaré Tarek Megerisi, analyste au Conseil européen des relations étrangères. « On ne sait pas très bien à quoi les choses ressembleront une fois la poussière retombée. Mais c’est Hifter sur les cordes. C’est la première fois que nous le voyons faire un compromis ou une concession depuis son retour en Libye en 2014. »
La Libye, qui possède les plus grandes réserves de pétrole d’Afrique, est plongée dans le chaos depuis l’éviction de son dictateur de longue date, le colonel Mouammar el-Kadhafi, par une coalition soutenue par les États-Unis lors du printemps arabe en 2011. Une éruption de combats entre les factions libyennes en 2014 s’est rapidement transformée en une guerre par procuration régionale alimentée par des puissances étrangères qui ont versé des armes, de l’argent et des mercenaires dans le combat.
En Libye, Khalifa Haftar accumule les revers en Tripolitaine
La perte par le maréchal dissident de sa base militaire d’Al-Watiya à l’ouest de Tripoli confirme la montée en puissance des Turcs dans le pays.

Est-ce le revers de trop ? L’estocade à l’impact potentiellement déstabilisateur pour l’ensemble de sa stratégie militaire ? La perte lundi 18 mai par Khalifa Haftar de sa base militaire d’Al-Watiya dans l’Ouest libyen confirme que le vent a bel et bien tourné dans l’offensive que le maréchal dissident a déclenchée en avril 2019 contre le gouvernement d’accord national (GAN) siégeant à Tripoli. Ce nouveau déboire, qui s’ajoute à l’éviction à la mi-avril des forces pro-Haftar des localités littorales de Sabratha et Sorman, situées à moins de 70 km de la capitale, illustre surtout l’efficacité croissante de l’appui militaire que les Turcs fournissent au GAN de Faïez Sarraj.
Après avoir été très fragilisé en fin d’année par la puissance de feu de l’Armée nationale libyenne (ANL) d’Haftar, activement soutenue militairement et financièrement par une coalition de parrains étrangers – Emirats arabes unis, Jordanie, Egypte, Arabie saoudite et Russie – le GAN de Tripoli a pu reprendre l’avantage grâce à un appui sans précédent d’Ankara.
Ce dernier a en effet installé en Tripolitaine un chapelet de défenses antiaériennes tout en introduisant une nouvelle génération de drones – les Anka-S – qui a permis aux forces anti-Haftar de recouvrer la maîtrise du ciel. L’assistance des Turcs est le produit d’un accord sécuritaire et maritime signé fin novembre entre Ankara et Tripoli en une période critique où le GAN de Sarraj semblait désemparé face aux coups de boutoirs très meurtriers infligés dans certaines poches de la capitale par les mercenaires russes de la compagnie de sécurité Wagner, alliés d’Haftar. Bien que reconnu par les Nations unies, le GAN de Tripoli semblait alors très isolé sur la scène internationale.
Nouvelles données militaires
La reprise d’Al-Watiya indique que le rapport des forces a été renversé. « Avec fierté et honneur, nous déclarons la libération de la base militaire d’Al-Watiya de l’emprise des milices criminelles et des mercenaires terroristes [pro-Haftar] », s’est réjoui lundi Faïez Sarraj. La reconquête d’Al-Watiya est emblématique à bien des égards.
L’Union européenne accuse la Turquie d’aggraver les tensions en Méditerranée orientale

Étant donné la découverte, ces dernières années, d’importants gisements de gaz naturel en Méditerranée orientale, la République de Chypre a autorisé plusieurs groupes pétroliers et gaziers, comme Total, ENI et ExxonMobil, à explorer sa zone économique exclusive [ZEE], divisée en 13 blocs, en vue d’une éventuelle exploitation.
Seulement, la Turquie entend s’inviter dans ces activités, prétextant défendre les intérêts de la République turque de Chypre-Nord [RTCN], une entité créée après son intervention militaire de 1974 [opération Attila], lancée à la suite d’une tentative de coup d’État ayant cherché à rattacher Chypre à la Grèce [Énosis].
L’appétit d’Ankara explique son soutien au gouvernement d’union nationale libyen [GNA], avec lequel elle a signé un mémorandum d’accord sur ses frontières maritimes. Ainsi, ce texte lui permettrait d’étendre la superficie de son plateau continental de plus de 30% et de « torpiller » le projet gazoduc EastMed qui, orienté vers l’Europe, est porté par la Grèce, la République de Chypre et Israël.
En attendant, la Turquie envoie régulièrement des navires dans la ZEE de la République de Chypre afin d’y mener des forages, malgré les avertissements de l’Union européenne [UE] et des États-Unis.
En juillet 2019, l’UE a sanctionné la Turquie en réduisant de 145,8 millions d’euros les fonds européens qui lui étaient destinés en 2020. Cette décision a été sans effet… Comme celle ayant consisté à geler les avoirs et interdire l’entrée à deux ressortissants turcs impliqués dans les opérations de forage dans la ZEE de la République de Chypre. Pour calmer les ardeurs européennes, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, se plaît à rappeler que son pays accueille plusieurs millions de migrants prêts à se rendre sur le Vieux Continent…
La Turquie a-t-elle des ambitions hégémoniques en Libye ?
ISTANBUL, 5 janvier (Xinhua) — Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé dimanche soir que la Turquie allait « progressivement » envoyer des troupes en Libye dans le cadre d’un accord signé avec le gouvernement d’union nationale (GNA), le gouvernement libyen reconnu par l’ONU.
« Nos soldats partiront progressivement », a indiqué M. Erdogan à la chaîne CNNTurk au cours d’une interview télévisée, affirmant que la mission des soldats turcs serait « de faire respecter le cessez-le-feu, et non de se battre ».
« Ce que nous allons faire en Libye, c’est de renforcer le gouvernement légitime », a-t-il ajouté, soulignant qu’un centre des opérations allait être établi dans ce pays d’Afrique du Nord.
La Libye est actuellement déchirée par une guerre civile qui oppose le GNA basé à Tripoli, la capitale libyenne, et l’armée basée dans l’est du pays.
Jeudi, le parlement turc a adopté une motion autorisant le déploiement de troupes en Libye pour soutenir le GNA.
Le chef de l’ONU met en garde la Turquie contre l’envoi de troupes en Libye
Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU), Antonio Guterres, a affirmé vendredi 3 janvier, sans mentionner explicitement la Turquie, que « tout soutien étranger aux parties en guerre » en Libye « ne fera[it] qu’aggraver un conflit et compliquer les efforts pour une solution pacifique ».
Visant clairement une éventuelle intervention militaire turque en Libye en soutien au gouvernement d’union nationale (GNA) installé à Tripoli, Antonio Guterres souligne dans un communiqué que « les violations continues de l’embargo sur les armes imposé par le Conseil de sécurité ne font qu’empirer les choses ».
Les Européens à l’ONU demandent l’arrêt de l’offensive turque en Syrie
Erdogan défie la communauté internationale en s’imposant par la force en Syrie
L’action militaire d’Ankara a provoqué un tollé international, plusieurs pays craignant une résurgence de l’EI. Une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies a eu lieu jeudi.
Les cinq membres européens du Conseil de sécurité de l’ONU ont demandé jeudi à « la Turquie d’arrêter [son] action militaire unilatérale » en Syrie, dans une déclaration à l’issue d’une réunion en urgence à huis clos tenue par cette instance.
A ce stade, France, Allemagne, Belgique, Royaume-Uni et Pologne n’ont pas réussi à entraîner l’adhésion de l’ensemble de leurs partenaires du Conseil à leur déclaration, selon des diplomates.
Dans leur déclaration, les Européens estiment que l’action militaire turque risque « de favoriser une résurgence de Daech [acronyme arabe de l’EI], qui reste une menace significative pour la sécurité régionale, internationale et européenne ».
Dans une déclaration séparée, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Kelly Craft, a affirmé que, si la Turquie, dans ses opérations, ne protégeait pas « les personnes vulnérables » ou « ne garantissait pas que l’EI n’exploitera pas la situation pour se reconstituer », il y « aura[it] des conséquences ». Elle n’a pas précisé lesquelles.
La diplomate américaine a répété la position de Washington, à savoir que le président Donald Trump, en retirant des militaires du nord de la Syrie, n’avait « en aucune manière endossé » l’offensive turque dans ce pays. « La Turquie a la responsabilité de s’assurer que tous les combattants de l’EI arrêtés restent en prison », a aussi déclaré Kelly Craft.
De son côté, Paris a demandé jeudi une « réunion d’urgence » de la coalition internationale sous commandement américain engagée dans la lutte contre l’EI, « parce que le combat contre Daech risque de reprendre », a déclaré le ministre français des affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, sur France 2.
(Le Monde)